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23 janvier 2012 1 23 /01 /janvier /2012 18:29

 

 

Dans la mythologie japonaise Ryujin (parfois nommé "Rinjin") est le dieu dragon roi des mers et des eaux.

Ryujin, source image : vector-clipart-eps.com

Ryujin possède un palais sous-marin, rempli de trésors.

Il a pour fille Otohime, une éternelle jeune femme (se changeant parfois en dragon)  dont certains exploits ont déjà été contés ici http://benoitreveur.over-blog.com/article-omukade-74182513.html

DESCRIPTION :

Il existe divers dragons dans la mythologie japonaise, mais certains points semblent communs à tous les dragons japonais:

 avoir trois griffes, une moustache, une barbiche, 81 écailles sur le dos et 49 écailles sous la gorge (les toucher donnerait une mort certaine vu la façon dont ces écailles sont taillées), sous leur menton se trouve une « meishu » : perle leur donnant une sorte de vision infrarouge. On peut aussi mentionner la perle ryuju (« perle du dragon ») permettant de se réchauffer quand il fait froid.

Parmi les différentes sortes de dragons, certains les considèrent comme des espèces distinctes et d’autres pensent que plus un dragon prend de l’âge plus il monte en catégorie draconique.

Je suppose que Ryujin fait partie des « shinryu » (dragons divins, dragons spirituels) puisqu’il est dieu de la mer.

Shigeru Mizuki, dans son dictionnaire des yokai,   écrit « Ryu » le roi des dragons, roi des mers ». Il existe d’autres (dragons) dans la mythologie japonaise, mais je présume, vu la similitude, que Mizuki parle très probablement de Ryujin. Mizuki explique que ce dragon est aussi parfois nommé « Ryugu sama » (dieu du palais du roi des dragons), Ryugu-jo désignant le nom de là où habite le roi dragon. Les pécheurs lui vouaient un culte, lui offrant du sake quand ils déploraient des pertes matérielles en mer. Mizuki explique ensuite qu’en Chine les trombes d’eau sont interprétées de la manière suivante : il s’agit du roi dragon effectuant une montée dans le ciel.

ATTRIBUTIONS

Ce dieu dragon semble souvent bénéfique aux gens, il contrôlait aussi la pluie et donc le faire fâcher pouvait constituer une bonne façon de mettre fin à une période de sécheresse (dans certains temples shintô,  Ryujin est vénéré, mais aussi invoqué en cas de sécheresse). Ryujin commande les créatures de la mer et des eaux : poissons , pieuvres, crabes, etc, . Il existe une légende où  Ryujin lança toute la faune aquatique, armée jusqu’au dents, pour prendre en chasse  une fugitive dont il voulait récupérer la perle magique. (il s’agit de la légende avec la lignée des Fujiwara).

 Cette « armée de Ryujin » me paraît très flippante. J’imagine le truc si Ryujin lance toutes les créatures de la mer contre quelqu’un :  pieuvres, requins, et aussi sans doute  les diverses créatures  yokai de la mer et de l’eau (je ne sais pas si les créatures naga et kappa sont sous ses ordres, je sais du moins que les kappa font des offrandes à Ryujin. En tout cas Umi bozu, ce bonze géant de la mer  (il reste célèbre pour faire couler les navires et annoncer les tempêtes) vit dans le château sous-marin de Ryujin (du moins selon certaines versions sur Umi Bozu), ce géant bonze marin ferait donc très probablement  partie du corps d’armée commandé par Ryujin.

Etrangement je n’ai lu nulle part de rapport entre le royaume mythologique de la mer et les tsunamis, je me demande si la puissance terrifiante de Ryujin ne peut pas aussi symboliser ce pouvoir dévastateur des tsunamis (à moins que cette fonction ne soit remplie par Umi Bozu ou par des démons Oni … je n’en sais rien).

 Ce dragon ne semble pas cracher le feu (sauf information contraire que j’ignore à ce jour), je  sans doute trop influencé par les dragons occidentaux cracheurs de feu,  mais selon certaines versions, le roi dragon commande aussi la pluie et le tonnerre. 

HISTOIRES

Il existe diverses histoires avec le dieu roi des dragons :

Mizuki relate une histoire d’un homme regardant la mer et vers qui le dieu dragon vint en lui donnant une bouteille d’eau spirituelle. La femme de l’homme fit tomber et brisa la bouteille. le roi dragon expliqua le lendemain à l’homme que là où se trouvent les morceaux se tient une plante au vertus désormais médicinales puisqu’imbibées de cette eau. Cette légende explique ainsi la création de la thérapie par moxibustion.

 

Un jour Otohime était malade. Le seul remède censé la guérir était le foie de singe. Son père Ryujin envoya donc une pieuvre ( à l’époque dotée de vertèbres) sur la terre ferme afin de dégotter un singe. La pieuvre trouva donc un singe qui monta sur son dos pour naviguer et être conduit dans le palais sous-marin de Ryujin. En questionnant finement la pieuvre, le singe finit par découvrir qu’en fait son foie était convoité. Le singe dit donc qu’il avait oublié son foie chez lui et demanda à la pieuvre de faire demi tour en vue d’aller chercher le foie. La pieuvre accepta.  Bien entendu le singe en profita pour échapper définitivement à la pieuvre. Ryujin  fut si mécontent de l’échec de la pieuvre qu’il lui infligea une raclée la privant de ses os. Depuis ce jour les pieuvres ne possèdent pas d’os.

 

Ryujin donna à l’impératrice Jingu des joyaux de marée haute et de marée basse. Elle s’en servit contre la flotte coréenne en faisant d’abord échouer leurs bateaux grâce aux joyaux de marée basse puis les engloutit en utilisant les joyaux de marée haute. (Cette histoire , que je n’ai pas vérifiée est trouvable sur wiki)

La légende confrontant les Fujiwara à Ryujin (cf précédemment dans l’article) , pour résumer, la jeune fille proie de la fameuse course-poursuite survécut et ramena la perle.

 

Urashima Taro fait l’objet d’un célèbre conte. Un jour il sauva la vie d’une tortue (des enfants sur la plage la maltraitaient, il leur donna de l’argent pour qu’ils fichent la paix à cette tortue). Il fut récompensé le jour suivant par la tortue géante qui vint sur la plage pour l’emmener dans le palais sous-marin de Ryujin. Il y vit Otohime qui lui dit de profiter de ce que le palais lui offrait de délices. Mais au bout de quelques jours, il craignait de manquer à ses proches et voulut rentrer chez lui. A son retour au pays natal,  plus personne ne le reconnaissait car ce qui avait duré environ trois jours sous la mer avait duré trois cent ans sur la terre ferme.  Voilà, en gros, ce que je crois avoir retenu de  la version du bouquin de Jolivalt (je reviendrai plus loin dans cet article sur d’autres versions de ce conte).

 Un jour un homme donna du bois au roi dragon. Une femme sortit de l’eau  (ou bien une naga ou autre yokai ?? ) et lui donna un enfant qui pouvait réaliser tous ses vœux à condition que le gamin reçoive des langoustines trois fois par jour. L’homme vécut donc rapidement dans une certaine aisance matérielle. Mais un jour il en eut marre de devoir aller chercher à chaque fois des langoustines pour obtenir et garder tout ça. Il tira donc un trait sur toutes ces choses en acceptant d’abandonner ses richesses et demandant à l’enfant de partir.

D’autres versions du conte d’Urashima nous donnent de plus amples détails sur le palais du roi dragon :

Dans la version relatée dans « contes japonais » (celui éditions Grund, cf biblio en fin d’article),  Urashima pêche une superbe brême qu’il relâche dans l’eau. Le lendemain une tortue géante vient le chercher pour l’emmener en récompense dans le palais sous marin du roi dragon, Il apprend que la brême était la fille du roi métamorphosée poisson et la tortue géante la gouvernante de la princesse.  De dehors , la porte du château subaquatique était de corail rouge somptueux, le toît en nacre et les colonnes serties de perles immenses et limpides,  une lumière bleue ou violette émanait du château. Les diverses pieuvres, poissons et crustacés qui déambulaient nombreux devant l’entrée du château. Une fois dans le sas d’entrée du château prenaient forme humaine (avec sur leur kimono un dessin discret de l’animal marin qu’ils étaient en dehors du palais). Dans le château les membres de toutes les espèces étaient amis , même si en dehors , en pleine mer il redeviennent ennemis. Le palais contenait des pièces luxueuses, avec des murs ou colonnes faits de la pierre bleue ou violette qui émanait de dehors. Un banquet fut donné, il y avait de nombreux serviteurs et membres de la cour. Le roi dragon restait caché derrière une cloison car personne n’avait le droit de le voir. Toutefois il parlait à travers la cloison. Urashima aperçoit des couloirs avec un nombre interminable de pièces (pas ou peu d’entre elles sont décrites dans le conte…. Mais je viens seulement de faire un résumé approximatif de cette description du château sous-marin)

 Le scenario de la suite du conte est similaire aux autres versions, la différence  étant qu’en plus d’une boite avec perle d’immortalité/jeunesse éternelle (cf autres versions), Otohime lui avait donné un coffret avec une perle qui réalisait tous ses souhaits. Mais il ne devait pas ouvrir la boite. Lorsqu’Urashima découvrit sa région natale 700 ans après, il vécut d’abord dans la richesse (la perle lui donnait tout ce dont lui et les autres avaient besoin, il partageait avec eux). Mais un jour les gens de l’administration allèrent le trouver, obtinrent de l’argent grâce à la perle et ouvrirent la boite : en un instant Urashima vieillit tant qu’il mourut en quelques secondes, et tout le village et ses habitants périrent recouverts par le sable.

-Dans la version expliquée par Masahiro Inoue, Urashima, pécheur du pays de Tango,  épargne une tortue qu’il avait péchée, puis une jeune femme naufragée vient à lui. Urashima la ramène dans son pays sur une île lointaine. Il y découvre sa demeure : le palais du roi dragon (elle est la fille du roi dragon). Il s’agit ici d’un palais sur la terre ferme et non sous la mer. le mur d’enceinte était en argent et les tuiles de la porte d’entrée en or. A l’intérieur si ils regardaient les points cardinaux, ils y voyaient une saison différente par point cardinal ( paysage d’été au sud, paysage d’automne à l’ouest,  etc..). Le dénouement est à peu près le même que dans les autres versions, la différence tenant au fait qu’Urashima apprend avant son départ que la jeune femme s’était en fait métamorphosée en tortue et est revenue à lui pour le récompenser de l’avoir épargnée. Avant les séparations,  elle lui remit une boite qu’elle le pria de ne surtout pas ouvrir. Dépité de voir que tous ses proches de son village natal avaient péri depuis des siècles, Urashima ouvrit la boite. Il devint vieillard en un instant car c’était  en fait cette boite qui lui assurait jeunesse et longévité. Dans cette version Urashima fut ensuite métamorphosé en grue et vécut heureux.

 Le web regorge d’autres versions du conte d’Urashima.

Selon le Sayuki, il est expliqué que le bouddhisme chinois recenserait 4 rois dragons des mers (Est, ouest nord, sud).

A ma grande surprise, Shigeru Mizuki classe Ryujin à la fois comme dieu et comme créature yokai.

Mizuki et d’autres ont maintes fois expliqué que les créatures yokai possèdent à la fois une partie visible/concrète dans la nature mais aussi une partie abstraite et cachée (si j’ai bien compris). Qu’y a-t-il à découvrir dans la partie mystérieuse dissimulée concernant Ryujin ? 

J’ignore quels peuvent être les points communs et différences entre Ryujin et le dragon chinois (dont Ryujin semble provenir en partie si j’ai bien compris certains manuels sur les Yokai)

Je vous souhaite une bonne année 2012, année du dragon (depuis ce lundi)

NB  : je suis loin de maîtriser la culture et la mythologie du Japon. Il y a donc une très probable marge d’erreur  dans cet article et je prie les lecteurs de m’en excuser

 

Fichier:Tamatori being pursued bya dragon.jpg

Tamatora est poursuivi par Ryūjin et d'autres créatures marines, par Utagawa Kuniyoshi (1798 - 1861)

source image : wikipedia

biblio m’ayant permis d’écrire cet article :

Shigeru Mizuki «  Yokai dictionnaire des monstres japonais, volume 2 » (pika edition)

Sylvain Jolivalt : « esprits et créatures du Japon : rencontres à l’heure du bœuf » (éditions You-Feng)

Michael Dylan Foster : “Pandemùonium and parade, japanese monsters and the culture of yokai » (University of California press).

Masahiro Inoue et Monique Sabbah “contes japonais, l’homme au miroir” (collection “neuf” de l’école des loisirs)

Miroslav Novak et Zlata Cerna  « Contes japonais » (éditions Grund-Paris)

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Published by Benoitreveur - dans Mythes
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