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12 septembre 2012 3 12 /09 /septembre /2012 17:16

 

 

    En fin d’article mon analyse, mais d’abord ce conte méconnu que nous devons aux frères Grimm.


le récit

Un paysan avait un fils qui n'était pas plus gros que le pouce; il ne grandissait nullement, et en plusieurs années sa taille ne s'accrut pas d'un cheveu. Un jour que le père allait aux champs labourer, le petit lui dit : « Père, je veux sortir avec toi.
— Sortir avec moi? dit le père; reste donc ici ; tu ne ferais que nous gêner dehors, et de plus on pourrait bien te perdre. »
Mais le petit nain se mit à pleurer et, pour avoir la paix, son père le prit dans sa poche et l'emmena avec lui. Quand on fut arrivé sur la pièce de labour, il l'assit au bord d'un sillon fraîchement ouvert.
Comme ils étaient là, parut un grand géant qui venait de l'autre côté des monts. « Vois-tu le grand croquemitaine? dit le père qui voulait faire peur à son fils, afin de le rendre plus obéissant ; il vient pour te prendre. » Mais le géant, qui avait entendu cela, arriva en deux pas au sillon, prit, le petit nain et l'emporta sans dire un mot. Le père, muet de frayeur, n'eut pas même la force de pousser un cri. Il crut son enfant perdu, et n'espéra pas le revoir jamais.
Le géant l'avait emmené chez lui; il l'y allaita lui-même, et le petit nain prit tout à coup sa croissance ; il grandit et devint fort à la manière des géants. Au bout de deux ans le géant alla avec lui dans le bois, et pour réprouver il lui dit : « Cueille-toi une baguette. » Le garçon était déjà si fort qu'il arracha de terre un jeune arbre avec ses racines. Mais le géant jugea qu'il avait encore des progrès à faire, et, le remmenant avec lui, il l'allaita encore pendant deux ans. Au bout de ce temps, sa force avait tellement augmenté qu'il arrachait de terre un vieil arbre. Ce n'était pas assez pour le géant : il l'allaita encore pendant deux autres années, au bout desquelles il alla au bois avec lui et lui dit : « Cueille-toi un bâton de grosseur raisonnable. » Le jeune homme arracha de terre le plus gros chêne de la forêt, qui fit entendre d'horribles craquements, et un tel effort n'était qu'un jeu pour lui. « C'est bien, dit le géant, ton éducation est faite, » et il le ramena sur la pièce de terre où il l'avait pris.
Son père était occupé à labourer quand le jeune géant l'aborda et lui dit : « Eh bien, mon père, votre fils est devenu un homme. »
Le paysan effrayé s'écria : « Non, tu n'es pas son fils; je ne veux pas de toi Va-t'en.
— Oui, je suis votre fils. Laissez-moi travailler à votre place, je labourerai aussi bien et mieux que vous.
— Non, non, tu n'es pas mon fils, et tu ne sais pas labourer. Va-t'en. »
Mais comme il avait peur du colosse, il quitta sa charrue et se tint à distance. Alors le jeune homme, saisissant l'instrument d'une seule main, appuya dessus avec une telle force, que le soc s'enfonça profondément en terre. Le paysan ne put s'empêcher de lui crier : « Si tu veux labourer, il ne faut pas enfoncer si avant ; cela fait un mauvais travail.
Alors le jeune homme détela les chevaux, et s'attela lui-même à la charrue en disant à son père : « Allez à la maison et recommandez à ma mère de m'apprêter un dîner copieux; pendant ce temps-là je vais achever de labourer cette pièce. »
Le paysan, de retour chez lui, transmit la recommandation à sa femme. Quant au jeune homme, il laboura le champ, qui avait bien quatre arpents, à lui tout seul ; et ensuite il le hersa en traînant deux herses à la fois. Quand il eut fini, il alla au bois, arracha deux chênes qu'il mit sur ses épaules, et suspendant à l'un les deux herses et à l'autre les deux chevaux, il emporta le tout chez ses parents, aussi aisément qu'une botte de paille.
Lorsqu'il fut entré dans la cour, sa mère qui ne le reconnaissait pas, s'écria : « Quel est cet affreux géant?
— C'est notre fils, dit le paysan
— Non, dit-elle, notre fils n'est plus. Nous n'en avons jamais eu un si grand ; il était tout petit »
Et s'adressent à lui encore une fois : « Va-t'en, cria-t-elle, nous ne voulons pas de toi. »
Le jeune homme ne disait pas un mot. Il mit ses chevaux à l'écurie, leur donna du foin et de l'avoine, et fit pour eux tout ce qu'il fallait. Puis, quand il eut fini, il entra dans la chambre, et s'asseyant sur un banc : « Mère, dit-il, j'ai faim ; le dîner est-il prêt?
— Oui, répondit-elle, en mettant devant lui deux grands plats tout pleins, qui auraient suffit à les nourrir pendant huit jours, elle et son mari.
Le jeune homme eut bientôt tout mangé, et il demanda s'il n'y en avait pas encore. « Non, c'est, tout ce que nous avons.
— C'était pour me mettre en appétit; il me faut autre chose. »
Elle n'osa pas lui résister, et mit au feu une grande marmite pleine de lard, qu'elle servit dès qu'il fut cuit. « A la bonne heure, dit-il, voilà une bouchée à manger. » Et il avala tout, sans que sa faim en fût encore apaisée.
Alors il dit à son père : « Je vois bien qu'il n'y a pas chez vous de quoi me nourrir. Procurez-moi seulement une barre de fer assez forte pour que je ne la brise pas sur mon genou, et je m'en irai courir le monde. »
Le paysan était ravi. Il attela ses deux chevaux à sa charrette et rapporta de chez le forgeron une barre de fer si grande et si épaisse, que c'était tout ce que les chevaux pouvaient porter. Le jeune homme la prit, et ratch ! il la brisa sur son genou comme un fétu et jeta les morceaux de côté. Le père attela quatre chevaux, et rapporta une autre barre de fer qu'ils avaient peine à traîner. Mais son fils la brisa encore sur son genou en disant : « Celle-ci ne vaut rien encore; allez m'en chercher une plus forte. » Enfin, le père mit huit chevaux, et en rapporta une que l'attelage transportait à peine. Quand le fils l'eut prise dans sa main, il en cassa un petit bout à l'extrémité et dit à son père : « Je vois bien que vous ne pouvez pas me procurer une barre de fer comme il m'en faut. Je m'en vais de chez vous. »
Pour courir le monde, il se fit compagnon forgeron. Il arriva dans un village où il y avait un forgeron avare, ne donnant jamais rien à personne et voulant toujours tout garder pour lui tout seul. Il se présenta dans sa forge et lui demanda de l'ouvrage. Le maître était ravi de voir un homme si vigoureux, comptant qu'il donnerait un bon coup de marteau et gagnerait bien son argent, « Combien veux-tu de gages? lui demanda-t-il.
—Rien, répondit le garçon ; seulement, à chaque quinzaine, quand on payera les autres, je veux te donner deux coups de poing que tu seras obligé de recevoir. »
L'avare était enchanté du marché, qui épargnait son argent. Le lendemain, ce fut au compagnon étranger à donner le premier coup de marteau : quand le maître eut apporté la barre de fer rouge, il frappa un tel coup que le fer s'écrasa et s'éparpilla; et l'enclume en fut enfoncée en terre si profondément, qu'on ne put jamais la retirer. Le maître, en colère, lui dit : « Tu ne peux pas faire mon affaire, tu frappes trop fort. Que veux-tu que je te paye pour l'unique coup de marteau que tu as donné?
— Je ne veux que te donner un petit coup, pas davantage. »
El il lui donna un coup de pied qui le fit sauter par-dessus quatre voitures de foin. Puis il chercha la plus grosse barre de fer qu'il put trouver dans la forge, et la prenant à sa main comme un bâton, il continua sa route.
Un peu plus loin, il arriva à une ferme et demanda au fermier s'il n'avait pas besoin d'un maître valet. « Oui, dit le fermier, il m'en manque un. Tu m'as l'air d'un vigoureux gaillard, qui entend déjà la besogne. Mais combien veux-tu de gages ? » Il répondit qu'il ne demandait pas de gages, mais le pouvoir de donner tous les ans au fermier trois coups que celui-ci s'engagerait à recevoir. Le fermier fut ravi de ce marché, car c'était encore un avaricieux.
Le lendemain matin, il fallait aller chercher du bois dans la forêt; les autres valets étaient déjà debout, mais notre jeune homme était encore couché dans son lit. Un d'eux lui cria : « Lève-toi, il est temps; nous allons au bois, il faut que tu viennes avec nous.
— Allez devant, répondit-il brusquement, je serai encore de retour avant vous. »
Les autres allèrent trouver le fermier et lui racontèrent que son maître valet était encore couché et ne voulait pas les suivre au bois. Le fermier leur dit d'aller l'éveiller encore une fois et de lui donner l'ordre d'atteler les chevaux. Mais le maître valet répondit de nouveau : « Allez devant, je serai de retour avant vous.
Il resta couché encore deux heures ; au bout de ce temps, il se leva, alla cueillir deux boisseaux de pois, et s'en fit une bonne bouillie qu'il mangea paisiblement, après quoi il attela les chevaux pour conduire la charrette au bois. Pour arriver à la forêt, il fallait prendre un chemin creux; il y fit d'abord passer sa charrette, puis, arrêtant les chevaux, il revint par derrière et boucha la route avec un abatis d'arbres et de broussailles, si bien qu'il n'y avait plus moyen de passer, Quand il entra dans la forêt, les autres s'en retournaient avec leurs charrettes chargées. Il leur dit : « Allez, allez toujours, je serai à la maison avant vous. » Et, sans pousser plus loin, il se contenta d'arracher deux arbres énormes qu'il jeta sur sa charrette, puis il prit le chemin du retour. Quand il arriva devant l'abatis qu'il avait préparé, les autres y étaient arrêtés et ne pouvaient pas passer. « Eh bien! leur dit-il, si vous étiez restés comme moi ce matin vous auriez dormi une heure de plus, et vous n'en seriez pas rentrés plus tard ce soir. » Et comme ses chevaux ne pouvaient plus avancer, il les détela, les mit sur une charrette, et, prenant lui-même le timon à la main, il entraîna tout cela comme une poignée de plumes. Quand il fut de l'autre côté : « Vous voyez, dit-il aux autres, que je m'en tire plus vite que vous; » et il continua son chemin sans les attendre. Arrivé dans la cour, il prit un arbre dans sa main et le montra au fermier, en disant : « N'est-ce pas une jolie bûche?» Le fermier dit à sa femme : « C'est un bon serviteur; s'il se lève plus tard que les autres, il est de retour avant eux. »
Il servit le fermier pendant un an. Quand l'année fut expirée et que les autres valets reçurent leurs gages, il demanda aussi à se payer des siens. Mais le fermier, terrifié de la perspective des coups à recevoir, le pria instamment de lui en faire la remise, lui déclarant qu'il aimerait mieux devenir lui-même son valet, et le faire fermier à sa place. « Non, répondit-il, je ne veux pas être fermier; je suis maître valet et je veux rester tel; mais ce qui a été convenu doit être exécuté. »
Le fermier offrit de lui donner tout ce qu'il demanderait; mais ce fut en vain; il répondit toujours: « Non. » Le fermier, ne sachant plus à quel saint se vouer, réclama un répit de quinze jours pour chercher quelque échappatoire; l'autre y consentit. Alors le fermier rassembla tous ses gens et leur demanda conseil. Après y avoir longuement réfléchi, ils répondirent qu'avec un tel maître valet personne n'était sûr de sa vie, et qu'il tuerait un homme comme une mouche. Ils étaient donc d'avis qu'il fallait le faire descendre dans le puits, sous prétexte de le nettoyer, et, une fois qu'il serait en bas, lui jeter sur la tête des meules de moulin qui étaient déposées près de là, de façon à le tuer sur la place.
Le conseil plut au fermier, et le maître valet s'apprêta à descendre dans le puits. Quand il fut au fond, ils lui jetèrent des meules énormes, et ils lui croyaient la tête écrasée; mais il cria d'en bas : « Chassez les poules de là-haut ; elles grattent dans le sable et m'en envoient des grains dans les yeux; j'en suis aveuglé. » Le fermier fit : « Chou ! chou ! » comme s'il avait chassé les poules. Quand le maître valet eut fini et qu'il fut remonté : « Voyez, dit-il, mon beau cellier. » C'était la plus grande des meules qu'il avait autour du cou.
Le maître valet exigeait toujours ses gages, mais le fermier lui demanda encore quinze jours de réflexion. Ses gens lui conseillèrent d'envoyer le jeune homme au moulin enchanté pour y faire moudre son grain pendant la nuit; personne n'en était encore sorti vivant le lendemain. Cet avis plut au fermier, et à l'instant même il commanda à son valet de porter huit boisseaux de blé au moulin et de les faire moudre pendant la nuit, parce qu'on en avait besoin tout de suite. Le valet mit deux boisseaux de blé dans sa poche droite, deux dans sa poche gauche, en chargea quatre dans un bissac, deux par devant et deux par derrière, et ainsi lesté, il se rendit au moulin. Le meunier lui dit qu'on pouvait bien moudre pendant le jour, mais non pendant la nuit, et que ceux qui s'y étaient risqués avaient été tous trouvés morts le lendemain. « Je n'y mourrai pas, moi, répondit-il; allez vous coucher et dormez sur les deux oreilles. » Et entrant dans le moulin, il engrena son blé comme s'il ne se fût agi de rien.
Vers onze heures du soir, il entra dans le bureau du meunier et s'assit sur le banc. Mais au bout d'un instant, la porte s'ouvrit d'elle-même, et il vit entrer une grande table, sur laquelle se posèrent tout seuls des plats et des bouteilles remplis d'excellentes choses, sans qu'il parût personne pour les apporter. Les tabourets se rangèrent aussi autour de la table, toujours sans que personne apparût; mais à la fin le jeune homme vit des doigts, sans rien de plus, qui chargeaient les assiettes et s'escrimaient dessus avec les fourchettes et les couteaux. Comme il avait faim et que les plats fumaient, il se mit aussi à table et mangea à son appétit.
Quand il eut fini de souper et que les plats vides annoncèrent que les invisibles avaient fini également, il entendit distinctement qu'on soufflait les lumières, et elles s'éteignirent toutes à la fois; alors, dans l'obscurité, il sentit sur sa joue quelque chose comme un soufflet. « Si l'on recommence, dit-il tout haut, je m'y mets aussi. » Il en reçut cependant un second, et alors il riposta. Les soufflets donnés et rendus continuèrent toute la nuit, et le jeune géant ne s'épargna pas à ce jeu. Au point du jour tout cessa. Le meunier arriva et s'étonna de le trouver encore en vie. » Je me suis régalé, lui dit le géant; j'ai reçu des soufflets, mais je les ai bien rendus. »
Le meunier était plein de joie, car son moulin était délivré; il voulait donner au géant beaucoup d'argent pour le remercier. « De l'argent! dit celui-ci, je n'en veux pas; j'en ai plus qu'il ne m'en faut. » Et, prenant ses sacs de farine sur son dos, il retourna à la ferme et déclara au fermier que sa commission était finie et qu'il voulait ses gages.
Le fermier était bien effrayé; il ne pouvait tenir en place, il allait et venait dans la chambre et les gouttes de sueur lui tombaient du front. Pour respirer un peu, il ouvrit la fenêtre; mais, avant qu'il eût le temps de se méfier, le maître valet lui donna un coup qui renvoya par la fenêtre dans les airs, où il monta toujours jusqu'à ce qu'on le perdît de vue. Alors le maître valet dit à la fermière : « A votre tour, le second coup sera pour vous.
— Non, non, s'écria-t-elle, on ne frappe pas les femmes! » Et elle ouvrit l'autre fenêtre, car la sueur lui coulait aussi du front ; mais le coup qu'elle reçut l'envoya dans les airs encore plus haut que son mari, parce qu'elle était plus légère. Son mari lui criait : « Viens avec moi, » et elle lui répondait: « Viens avec moi, toi; je ne peux pas y aller, moi. » Et ils continuèrent à flotter dans l'air sans parvenir à se rejoindre; et peut-être y flottent-ils encore.
Quant au jeune géant, il prit sa barre de fer et se remit en route.

FIN

 

(source : le site web "grimmstories")

Ma tentative de décryptage

Bien entendu ce conte fait penser à la légende alsacienne de Wolfdietrich (devenant surhumain en étant  adopté et élevé par des loups dans la nature, ses exploits surhumains sur des troncs d’arbres, etc..). Mon article sur Wolfdietrich est lisible ici : http://www.benoitreveur.info/article-la-legende-de-wolfdietrich-63551200.html

Dans une plus faible mesure l’histoire peut aussi évoquer le conte « jean de l’ours » (ce surhomme élevé par un ours mes articles sur jean de l’ours ici http://www.benoitreveur.info/article--conte-provencal-jean-de-l-ours-1ere-partie--39257257.html ou encore ici http://www.benoitreveur.info/article-32802318.html ).

Les frères Grimm ont souvent nié les influences non germaniques de leurs contes, pourtant elles sont souvent présentes.

Jean de l’ours fait penser souvent penser à Hercule, et le travail de bûcheron de wolfdietrich semble assez clairement évoquer les symboliques agricoles contenues dans le mythe greco-romain d’Hercule/Hérakles. D’autres articles de mon blog détaillent davantage ces symboliques agricoles d’Hercule (lisibles par exemple ici http://www.benoitreveur.info/article-quand-hercule-picolait-du-muscat-106560723.html ou ici  http://www.benoitreveur.info/article-36240388.html ), et je crois clair que dans ce conte des frères Grimm le jeune géant passe lui aussi de dominé par la nature à transformateur de la nature : son travail et sa force lui permettent de tirer des richesses de la nature.

Il s’agit d’un conte des frères Grimm, il y a donc une morale sur l’argent. Ce conte semble expliquer que l’argent ne remplace pas la nourriture ni d’autres formes de richesse/talent, mais aussi certains  patrons avares/exploiteurs en prennent pour leur grade au contact du jeune géant. (leur embarras est grand quand le jeune géant veut être payé autrement que sous forme d’argent).

Le jeune géant semble mépriser l’argent, se contentant de ce dont il a réellement besoin : manger et avoir un toit. Il a besoin de ses patrons pour manger, mais eux ont besoin de lui pour effectuer les travaux. Cela est d’autant plus visible que lui seul peut accomplir les plus durs travaux agricoles et forestiers.

Ce conte fait partie des « contes de l’enfance et du foyer » (publiés par les frères Grimm entre 1812 et 1815). Hegel a publié en 1807 la « phénoménologie de l’esprit » dans laquelle il expose sa « dialectique du maitre et de l’esclave » dont ce conte me semble empreint.

Le rapport de forces existant entre le jeune géant et son patron me semble relativement illustrable par cette analyse wikipédienne :

« Selon une interprétation particulière de la dialectique du Maître et de l'Esclave exposée par Hegel dans La Phénoménologie de l'Esprit, l'esclave est l'être qui, transformant laNature, accède à l'objet dans son côté actif et passif. Le maître, qui pour sa part ne travaille pas mais fait réaliser vit immédiatement dans la jouissance de l'objet consommable : il ne connaît que son aspect passif. Il apparaît que l'esclave, travaillant (réalisant) à transformer le monde humain, se transforme lui-même et revendique son autonomie au monde naturel dans sa transformation humaine du monde, tandis que le maître se rend étranger à son monde, qu'il ne reconnaît plus dans la reconnaissance qu'en fait l'esclave. En effet, celui-ci, s'appuyant sur le produit de son travail, peut renverser le rapport de domination pour se retrouver dans l'accomplissement du monde humain : l'égalité.  «  (source wikipédia)

(le texte original allemand  de Hegel dit « Herr und Knecht » qui signifie en fait « sieur et valet » et il est ici question , comme par hasard, d’un valet de ferme…..)

En cours universitaire de philosophie allemande, j’avais entendu une interprétation un peu plus rare de la dialectique du maître et de l’esclave : Herr/Sieur/Patron/maitre et esclave/valet/Knecht sont chacun spécialiste de leur propre domaine.     Cette idée me semble à la fois corrolaire et cause de la recherche d’égalité évoquée dans l’analyse wikipédienne.     Je crois davantage à ce rapport d’égalité et non à un rapport inversé faisant alors du géant le véritable dirigeant de la ferme : l’esclave/géant/valet fournit un travail dont le patron de la ferme a besoin, Mais le géant a besoin de nourriture (fournie par le patron fermier/maitre) pour gagner et récupérer des forces.

 

Selon Alexandre Kojève, l’esclave devient maitre de la nature grâce à son travail. Je crois que le jeune géant de ce conte est spécialiste de son domaine : la nature et les difficultés qu’elle peut poser à l’homme, tandis que le patron fermier est spécialiste dans la  dimension  socio-économique de sa ferme.Y compris à la fin du conte le géant semble encore avoir un cynisme insouciant semblant le rendre peu apte à se créer une place dans le domaine socio-économique. Bien entendu si le fermier savait vraiment diriger sa ferme il ne jouerait pas les exploiteurs.   Ce patron de ferme me semble a peu près aussi débrouillard qu’Otto : le patron du ranch dans lequel travaille Francis dans la série « Malcolm »…-).

 

Voilà du moins comment je crois comprendre ce conte, en espérant ne pas trop m’être trompé. 

 

 


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Published by Benoitreveur - dans Contes
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30 août 2012 4 30 /08 /août /2012 21:21

 

 

Le récit :

Il était une fois un roi. Où il régnait et comment il s'appelait, je n'en sais plus rien. Il n'avait pas de fils, mais une fille unique. Elle était toujours malade et aucun docteur ne pouvait la guérir. Quelqu'un dit au roi qu'elle retrouverait la santé si elle mangeait des pommes. Le roi fit savoir dans tout le pays que celui qui apporterait à sa fille des pommes qui la guériraient la recevrait en mariage et serait fait roi. Parmi ceux qui en entendirent parler se trouvait un paysan qui avait trois fils :
- Va sur nos terres, remplis un panier de belles pommes aux joues rouges et porte-les au château. Peut-être la fille du roi en guérira-t-elle ; tu l'épouseras et deviendras roi.
Le jeune homme fit ce qu'on lui disait et se mit en route. Au bout de quelque temps, il rencontra un petit homme vêtu de gris. Celui-ci lui demanda ce qu'il portait dans son panier. Uli - c'est ainsi que se nommait le jeune homme - lui répondit :
- Des cuisses de grenouilles !
Le petit homme dit alors :
- Eh bien ! qu'elles le soient et qu'elles le demeurent !
Et il s'en alla. Finalement, Uli arriva au château et se fit annoncer. Il avait des pommes, dit-il, qui guériraient la princesse si elle en mangeait. Le roi se réjouit fort et fit amener le jeune homme aussitôt. Mais, oh ! surprise, quand il ouvrit le panier, il était plein de cuisses de grenouilles et non de pommes. Et les cuisses remuaient encore. Le roi se mit en colère et le fit chasser du château. Quand Uli fut de retour à la maison, il raconta à son père ce qui lui était arrivé.
Le père envoya alors son second fils, qui s'appelait Samuel. Il lui arriva la même chose qu'à Uli. Il rencontra également le petit homme en gris qui lui demanda ce qu'il avait dans son panier. Samuel dit : - Des soles de porc.
Le petit homme gris dit :
- Eh bien ! qu'elles le soient et le demeurent !
Quand Samuel arriva au château et qu'il eut fait annoncer qu'il apportait des pommes susceptibles de guérir la princesse, on ne voulut tout d'abord pas le laisser entrer. On lui dit qu'il était déjà venu quelqu'un qui les avait pris pour des fous. Samuel insista. Il avait vraiment des pommes ; il fallait le laisser entrer. Mais quand il ouvrit son panier, il était plein de soles de porc. Le roi se mit tellement en colère qu'il fit jeter Samuel à la porte à coups de cravache. Quand le garçon fut rentré chez lui, il raconta ce qui lui était arrivé.
Le plus jeune, celui qu'on appelait Jeannot le Bêta, s'approcha d'eux. Il demanda à son père s'il ne pourrait pas lui permettre de porter lui aussi des pommes au roi.
- Toi, dit le père, tu es vraiment l'homme qu'il faut pour cela ! Si ceux qui sont intelligents n'y arrivent pas, que pourrais-tu bien faire !
Mais le jeune homme insista.
- Père, j'aimerais essayer moi aussi !
- Tais-toi donc, imbécile ! attends d'être devenu plus malin ! répondit le père en lui tournant le dos.
Jeannot le tira par les basques :
- Père, je voudrais essayer moi aussi !
- Eh bien ! si tu veux, vas-y ! Tu finiras bien par revenir. Le garçon en sauta de joie.
- C'est ça, fais le fou ! dit le père. Tu deviens plus stupide de jour en jour !
Mais Jeannot s'en moquait. Rien ne pouvait ternir sa joie.
Comme la nuit allait bientôt tomber, il décida d'attendre le lendemain. D'abord il ne trouva pas le sommeil. Finalement, il s'assoupit et rêva de jolies jeunes filles, de château d'or, d'argent et de bien d'autres choses encore. Dès l'aube, il se mit en route et avant peu rencontra le petit homme morose dans son habit gris qui lui demanda ce qu'il portait dans son panier. Jeannot lui répondit que c'était des pommes qui devaient redonner la santé à la fille du roi.
- Eh bien ! dit le petit homme, qu'elles le soient et le demeurent !
Au château, on ne voulut pas le laisser entrer. On lui dit qu'il en était déjà venu deux autres qui prétendaient apporter des pommes. Le premier avait des cuisses de grenouilles, le second des soies de porc. Jeannot affirma solennellement qu'il apportait bien des pommes et pas des cuisses de grenouilles, les plus belles pommes du royaume. Comme il semblait sincère le portier finit par se dire . « Celui-là ne ment pas ! » Et il le laissa entrer. Il avait eut raison. Quand Jeannot ouvrit son panier devant le roi, il était plein de pommes jaune d'or. Le roi était très content. Il fit aussitôt porter des pommes à sa fille et attendit avec impatience de savoir ce qui en résulterait. Bientôt quelqu'un vint lui donner des nouvelles. Et qui était-ce, à votre avis ? La fille du roi elle même ! À peine avait-elle goûté aux pommes qu'elle avait bondi hors de son lit, guérie ! Combien fut grande la joie du roi, on ne peut le décrire.
Cependant, le roi ne voulait pas encore donner tout de suite sa fille en mariage à Jeannot. Il lui demanda de construire d'abord une nacelle qui naviguât sur terre encore mieux que sur l'eau. Jeannot n'y trouva rien à redire. Il rentra à la maison et raconta aux siens ce qui s'était passé. Le père envoya Uli au bois pour qu'il y construisit la nacelle demandée. Tout en sifflotant une chanson, le garçon y mit beaucoup de zèle. Vers midi, quand le soleil fut au plus haut, le petit homme en gris arriva et lui demanda ce qu'il faisait là. Uli lui répondit :
- Des ustensiles en bois !
Le petit homme dit :
- Eh bien ! qu'il en soit ainsi et que cela le reste !
Le soir, Uli pensa qu'il avait construit une nacelle. Mais quand il voulut s'y asseoir, elle vola en éclats et des ustensiles en bois se répandirent partout.
Le lendemain, ce fut au tour de Samuel d'aller à la forêt. Il ne lui arriva rien d'autre qu'à Uli. Le troisième jour, Jeannot le Bêta s'y rendit à son tour. Il travailla d'arrache-pied. La forêt résonnait tout entière des coups qu'il assenait. En même temps, il chantait et sifflait joyeusement. Quand arriva midi, le petit homme apparut de nouveau et lui demanda ce qu'il faisait :
- Une nacelle qui aille encore mieux sur terre que sur l'eau, répondit Jeannot.
Et il expliqua que quand il aurait réussi à la construire, il obtiendrait la fille du roi pour épouse.
- Eh bien ! dit le petit homme, qu'il en soit ainsi et que cela le reste !
Le soir, quand le soleil se coucha, brillant comme de l'or pur, Jeannot avait achevé de construire sa nacelle et tous les accessoires nécessaires. Il y prit place et rama en direction du château royal. La nacelle filait comme le vent. Le roi le vit arriver de loin, mais il n'accepta pas encore de lui donner sa fille. Il lui demanda de garder auparavant un troupeau de cent lièvres du matin jusqu'au soir. S'il s'en échappait un seul, il n'épouserait pas sa fille. Jeannot, là encore, se déclara d'accord. Dès le lendemain, il partit par les prés avec son troupeau, en prenant bien garde qu'aucun lièvre ne s'échappât. Bientôt arriva une servante du château qui le pria de vite lui en donner un. On attendait un invité de marque. Mais Jeannot comprenait fort bien où l'on voulait en venir. Il répondit qu'il ne donnerait pas de lièvre. Le roi n'avait qu'à attendre le lendemain pour offrir un civet à son hôte. Mais la servante n'en démordait pas. Jeannot lui dit alors qu'il ne donnerait un lièvre que si le roi venait en personne le lui demander. La servante fit part de cette réponse au château. La fille du roi vint alors elle-même. Entre-temps, Jeannot avait rencontré le petit homme qui lui avait demandé ce qu'il faisait là. Il lui fallait garder cent lièvres, lui avait-il répondu, et veiller à ce qu'aucun ne s'enfuit. S'il réussissait, il épouserait la princesse et deviendrait roi.
- Bien, avait dit le petit homme voici un sifflet. Si l'un des lièvres se sauve, tu n'auras qu'à souffler dedans et il reviendra.
Quand la fille du roi arriva, Jeannot déposa un lièvre dans son tablier. Mais à peine eut-elle parcouru une centaine de mètres qu'il porta son sifflet à ses lèvres et - pas vu, pas pris ! - le lièvre sautait du tablier et rejoignait le troupeau. Quand vint le soir, Jeannot siffla une dernière fois, s'assura qu'il ne manquait aucun lièvre et ramena son troupeau au château. Le roi s'émerveilla de ce que Jeannot eût pu garder cent lièvres sans en perdre un seul. Mais il ne voulut toujours pas lui donner sa fille. Il exigea de Jeannot qu'il lui apportât une plume de la queue du Griffon.
Jeannot se mit aussitôt en route et il marchait à grands pas. Au soir, il arriva devant un château et il demanda l'hospitalité pour la nuit, car à cette époque, il n'existait pas encore d'hôtels. Le seigneur du château accepta avec joie et lui demanda où il allait. Jeannot répondit :
- Chez le Griffon.
- Chez le Griffon ? répéta le seigneur. On dit qu'il sait tout. J'ai perdu la clé de mon coffre-fort ; aurais-tu l'amabilité de demander au Griffon où elle se trouve ?
- Bien sûr ! répondit Jeannot. Je le ferai.
Le lendemain matin, très tôt, il reprit son chemin et, le soir, il arrivait à un autre château où il passa la nuit. Quand on apprit qu'il était à la recherche du Griffon, on lui dit que la fille de la maison était fort malade ; on avait déjà tout tenté, mais rien n'y faisait. Accepterait-il de demander au Griffon ce qui rendrait la santé à la jeune fille ? Jeannot répondit qu'il le ferait avec plaisir et poursuivit sa route. Il arriva au bord d'une large rivière. Au lieu d'un bac pour la traverser, il vit un homme très grand qui portait les gens de l'autre côté. L'homme lui demanda où il allait :
- Chez le Griffon, répondit-il.
- Eh bien quand vous serez auprès de lui, dit l'homme, demandez-lui donc pourquoi il me faut porter les gens de l'autre côté de l'eau.
Jeannot répondit :
- Par Dieu, oui ! Je le lui demanderai.
L'homme le prit sur ses épaules et le porta sur l'autre rive. Finalement Jeannot arriva à la maison du Griffon. Mais seule sa femme y était. Le Griffon était sorti. Sa femme demanda à Jeannot ce qu'il voulait. Et Jeannot lui raconta tout : qu'il devait ramener une plume de la queue du Griffon ; qu'il devait lui demander où se trouvait la clé du coffre du château ; qu'il voulait savoir ce qui rendrait la santé à la fille du seigneur du second château et pourquoi l'homme devait porter les gens de l'autre côté de la rivière. La femme dit alors :
- Mais, mon bon ami, aucun chrétien ne peut parler avec le Griffon ! Il les mange tous. Cependant, si vous voulez, vous pouvez vous coucher sous son lit. Et pendant la nuit, quand il dormira bien fort, vous tendrez la main vers lui et vous lui arracherez une plume. Pour le reste, je le lui demanderai moi-même.
Jeannot trouva tout cela fort bien et il s'allongea sous le lit. Le soir, le Griffon rentra à la maison. Dès qu'il eut pénétré dans la chambre, il dit :
- Femme, ça sent le chrétien !
- Oui, répondit-elle, il en est venu un aujourd'hui, mais il est reparti.
Le Griffon se tut. Au milieu de la nuit, alors qu'il ronflait comme un sonneur, Jeannot avança la main vers le lit et lui arracha une plume de sa queue. L'oiseau se réveilla en sursaut et dit :
- Femme, ça sent le chrétien ! et j'ai comme l'impression qu'il y en a un qui a plumé ma queue.
Sa femme répondit :
- Tu as certainement rêvé. Je t'ai déjà dit qu'il en est venu un aujourd'hui, mais qu'il est reparti. Il m'a raconté toutes sortes de choses. Il paraît qu'au château on aurait perdu la clé d'un coffre et qu'on n'arrive pas à la retrouver.
- Quels fous ! dit le Griffon. La clé se trouve au bûcher, derrière la porte, sous une pile de bois.
- Il a dit aussi que dans un second château il y a une jeune fille bien malade, que personne ne sait comment guérir.
- Quels fous ! dit le Griffon. Sous l'escalier de la cave, un crapaud a bâti son nid avec les cheveux de la jeune fille. Si elle les récupère, elle retrouvera la santé.
- Ensuite, il a dit qu'il y a un homme au bord de l'eau qui doit porter les gens sur l'autre rive.
- Quel fou ! dit le Griffon. S'il en laissait tomber un seul au beau milieu de l'eau, il n'en aurait plus jamais à porter d'autre.
Tôt le matin, le Griffon se leva et partit. Jeannot sortit de sous le lit, tenant la jolie plume. Il avait entendu ce que le Griffon avait dit de la clé, de la princesse et de l'homme. Pour qu'il n'oublie rien, la femme du Griffon lui répéta tout ce qu'avait dit son mari. Alors il prit le chemin du retour. Il arriva d'abord auprès de l'homme du bord de l'eau. Celui-ci lui demanda tout de suite quelle avait été la réponse du Griffon. Jeannot lui dit de le transporter d'abord : il le lui dirait une fois de l'autre côté. L'homme le porta et Jeannot lui rapporta que s'il laissait tomber un seul de ses passagers au milieu de l'eau, il n'aurait plus jamais à en transporter. Le passeur se réjouit fort et offrit à Jeannot, en manière de remerciement, de lui faire effectuer un aller et retour. Jeannot refusa, disant qu'il ne voulait pas lui causer cette fatigue, qu'il était bien content comme ça. Et il s'en alla. Il arriva au château où la fille du roi était malade. Il la prit sur ses épaules (elle ne pouvait pas marcher), la porta au bas de l'escalier de la cave et retira le nid du crapaud de sous la dernière marche. Il le mit dans la main de la princesse. Elle sauta de ses épaules et remonta l'escalier devant lui. Elle était guérie. Son père et sa mère en furent très heureux. Ils firent cadeau à Jeannot d'or et d'argent et lui donnèrent tout ce qu'il désirait. Quand le garçon arriva au premier château, il se rendit tout droit au bûcher, trouva la clé derrière la porte, sous la pile de bois et l'apporta au seigneur. Celui-ci en fut bien content. En récompense, il lui donna une grande partie de l'argent qui était dans le coffre et, par-dessus le marché, des vaches, des moutons, des chèvres et toutes sortes d'autres choses.
Quand Jeannot arriva chez le roi avec l'or, l'argent, les vaches, les moutons et les chèvres, celui-ci lui demanda d'où il tenait tout ça. Jeannot lui répondit que le Griffon donnait à quiconque ce que quiconque désirait. Le roi se dit qu'il pourrait bien en profiter lui aussi et il se mit en route pour aller chez l'oiseau. Quand il arriva au bord de l'eau, personne ne s'y était encore présenté depuis le passage de Jeannot. Le porteur le laissa tomber au beau milieu et s'en alla. Le roi se noya. Quant à Jeannot, il épousa la princesse et devint roi.

FIN

 

SOURCE : http://www.grimmstories.com/fr/grimm_contes/le_griffon  

griffon

source image: http://dragonfantasy.centerblog.net/rub-griffon--3.html?ii=1

Mes commentaires sur ce conte :

Bêtise, apparences et sincérité

Au début du récit, moins par la suite, on voit que Jeannot est pris par tous (ou presque ) pour un benêt. Son problème est d’être gentil et sincère (presque naif par moments). Mais il observe le comportement des gens et cela lui permet à la fin de tourner certaines situations à son avantage (par exemple la manière dont la dame griffon tire les vers du nez à son mari lui sera instructive pour les événements de fin du récit). Quoi qu’en pense son entourage, Jeannot est donc capable d’adaptation, il possède cette forme d’intelligence, (même si au début et au milieu du récit il donne l’impression d’être une sorte de perroquet naif mais bienveillant). 

Au début du récit les apparences laissent croire que la bêtise de Jeannot est liée à sa bonne foi.
Contrairement à Jeannot, ses frères ont recours au mensonge et  très vite cela se retourne contre eux car ils n’ont pas dit ce qu’il fallait à la bonne personne. Jeannot en revanche sait se montrer sincère avec les gens bien intentionnés et sait mentir quand il le faut (ici avec les gens malhonnêtes), la fin du récit le prouvera largement.

Le passeur :

Lorsque Jeannot rencontre le passeur qui lui fera traverser le fleuve le séparant du domicile du griffon, je vois au minimum un point commun avec le passeur Charon de la mythologie grecque : que ce soit pour traverser l’Achéron (ou le Styx, selon les versions) ou pour se rendre chez le griffon, rares sont les gens qui en sont revenus vivants. J’ignore si ce fleuve a été placé ainsi par les frères Grimm pour marquer un changement de monde ou d’état du personnage, mais il me semble clair  que le Jeannot qui reviendra en franchissant le fleuve dans l’autre sens ne sera plus jamais le même  qu’avant (sachant s’adapter à ses interlocuteurs, se méfiant d’un éventuel piège que pourrait lui tendre le passeur si jamais il acceptait sa proposition de faire un aller retour). .

Le griffon :

Bien entendu le séjour chez le griffon semble constituer l’étape capitale de la quête initiatique de Jeannot (cela faisait déjà longtemps qu’il avait « sauvé sa princesse », lui qui au début faisait des rêves nocturnes peuplés de château et de femmes….).

Le griffon médiéval chrétien est très multifacettes (symbole du christ pour les uns, créature maléfique pour les autres.

Ce griffon des frères Grimm (ce n’est pourtant pas leur seul conte avec un griffon), explique que les chrétiens « ne le comprennent pas » , on peut comprendre cela comme une allusion à la symbolique du Physiologos sur le griffon (cf mon article sur le griffon http://www.benoitreveur.info/article-le-griffon-54562282.html)    : un griffon intermédiaire entre Dieu et l’homme, capable de comprendre des messages divins que les humains ne pourraient comprendre en entier.

Mais naturellement ce griffon « dévoreur de chrétiens qui ne le comprennent pas » peut faire penser à la sphynge (sphynx) de la mythologie grecque qui dévorait les voyageurs incapables de répondre à son énigme.

En tous cas je crois plus probable que ce griffon du conte de Grimm soit inspiré d’Ammut (divinité de la mythologie égyptienne chargée de dévorer les morts dans l’au-delà quand le poids de leur cœur indiquait qu’ils avaient été des hommes « mauvais »).

 Mais surtout ce volatile mis ici en scène par les frères Grimm fait penser à certains griffons médiévaux du monde germanique qui étaient chargés de dévorer les chrétiens ayant commis des péchés (un peu comme les gargouilles, ces griffons là représentaient une façon de combattre «  le mal par le mal »). Je ne sais plus dans quelle église se trouverait une représentation de griffon « dévorant les pêcheurs » (Allemagne ou Suisse je crois, il faudrait que je cherche à nouveau….).

Le cheminement de Jeannot

Au départ Jeannot est raillé de tous, puis il devient libérateur de la princesse (mais reste exploité par le roi qui profite de lui en lui imposant de nouvelles épreuves), Jeannot finit par épouser la princesse et devient roi (en prenant la place de son « exploiteur » de roi qui le menait par le bout du nez). Je me demande si , en termes psychanalytiques, la clé que trouve Jeannot dans un des châteaux (à son retour de chez le griffon) pourrait ou non  représenter une sorte d’ acquisition de « territoire » symbolique pour Jeannot qui jusque là ne trouvait pas sa place dans la société (les clés symbolisant souvent à la fois la liberté et le « pouvoir d’accès » à quelque chose).

Voilà du moins la façon dont je crois comprendre ce conte, avec la marge d’erreur possible…

Je suppose qu’il existe aussi d’autres axes de lecture dans ce conte, mais ils m’échappent…

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30 août 2012 4 30 /08 /août /2012 15:02

 

 

Selon les versions, le titre de ce conte varie : « prince à «(la) tête de singe » ou encore « pays des margriettes ».   Il existe je crois de nombreuses choses cachées derrière ce conte dont j’ai relaté une des versions ici http://benoitreveur.over-blog.com/article-30352700.html

Contexte culturel 

Ce conte est normand. Les « margriettes «  sont en fait les marguerites. Le « pays des margriettes «  n’est pas exactement localisé, mais divers éléments portent à croire que ce conte vient de la région du Cotentin, département de la Manche car dans une version la jeune fille devenant princesse se prénomme Fanchon, le prince s’appelle Raoul, l’action du début est située aux environs de Carentan (et précise que la fée des margriettes se nomme Mélusine……). La version disponible à la bibliothèque de Lisieux, quant à elle,  formule à la fin du conte une critique du mariage de complaisance, cette version porte la mention  « conté par la mère Georges ». Je serais donc surpris que cette « mère Georges » remonte à plus de 200 ans, mais il n’est pas impossible que ce thème du mariage forcé/de complaisance soit apparu à une époque contemporaine de Maupassant,  qui adorait traiter ce thème dans ses œuvres.  Il est probable que si la littérature de l’époque à traité ces thèmes, c’est que cela faisait partie des préoccupations de nombreux gens de  cette époque.

Dans cette version conservée à la bibliothèque de Lisieux, on apprend que le « tro » est un élément de patois normand, sur la version numérisée il est explique en notes de bas de page :

 «  Le trô ou trouil est une sorte de dévidoir vertical qui sert à mettre en écheveau le fil roulé sur des fuseaux. Le dévidoir dont il est question plus loin, sert à mettre en peloton le fil qu'on a mis en écheveau au moyen du trô. »  (source http://www.bmlisieux.com/normandie/contes02.htm )  

Le rouet dans le château des margriettes constitue une très vraisemblable allusion à la célèbre  et très ancienne tradition dentellière en Basse-Normandie, il se peut donc par exemple  que ce « château des margriettes » soit situé/imaginé vers Bayeux ou même vers Alençon ou toute autre ville normande célèbre pour ses dentelles.

Le singe

L’élément simiesque n’est pas présent dans le mythe d’Eros et Psyché (dont semble provenir ce conte).

Dans  les bestiaires médiévaux, le singe représente souvent le diable.  Pour Guillaume Clerc de Normandie (bestiariste du 12ème siècle) le singe est un animal laid et repoussant qui a des rapports et ressemblances avec le diable. Cette mode peut avoir été lancée par le Physiologos qui qualifie le singe de figure du diable en transposant en termes chrétiens la figure des dieux Seth et Thot de l’Egypte antique (3). On sait que le Physiologos a influencé la plupart des bestiaristes médiévaux d’Europe.

 

D’autres auteurs de bestiaires religieux du moyen âge voient eux aussi dans le singe le symbole du diable, de là vient donc l’expression « malin comme un singe ». Il est inutile de rappeler qu’au moyen âge le « malin » était le surnom du diable. Le terme dériva ensuite puis naquit l’expression « payer en monnaie de singe » pour signifier arnaquer quelqu’un au moins en partie. (les montreurs de singes médiévaux étaient exempts du droit de péage pour traverser les ponts parisiens , il leur suffisait de montrer un numéro de cirque avec leur singe pour que les gardes au péage les laissent passer.) (1)

Pourtant, si l’on considère ce conte normand, le prince ne semble si méchant ni arnaqueur, il a été condamné par la fée, pour une faute qu’il n’a pas commise , a avoir aux heures diurnes ce visage simiesque. Je me demande donc ce que le singe peut symboliser dans ce conte : une façon de dire qu’il ne faut pas se fier aux apparences ? Une façon de dire qu’ayant dès le départ pris connaissance des pires défauts et vices cachés du prince, c’est en parfaite connaissance de cause que Fanchon a pu confirmer et renforcer son amour pour lui ? Existe-il une autre interprétation possible concernant la présence de la figure simiesque dans ce conte ?

Eros et Psyché

Ce conte présente évidemment des similitudes avec « la belle et la bête » (dont l’écriture officielle remonte au 18ème siècle, mais remonte à bien avant). J’ignore lequel des deux est antérieur à l’autre ou si ces deux récits ont évolué parallèlement sans s’influencer mutuellement. En tous cas ils proviennent tous deux du mythe grec d’Eros et Psyché.

Eros représente l’union et l’attraction des opposés. Dans ce conte nous avons d’un coté une future princesse, belle mais pauvre et mal vête, et de l’autre un prince riche mais laid. Dans la mythologie grecque, Eros contrôle de nombreuses choses dans l’univers et rend même certains dieux fous d’amour et de désir. Un jour il  se retrouve pourtant déstabilisé lorsqu’il rencontre Psyché. Le prince/Eros se retrouve lui aussi pris au dépourvu lorsque la princesse/Fanchon/psyché découvre son visage réel dans le lit conjugal, pourtant ils resteront liés en dépit des multiples aventures qui s’ensuivront. Il semble donc assez clair que le « liant » entre ces deux personnages n’est pas uniquement éros, trop occupé à fuir après la découverte de psyché…. Je crois que ce « liant » est en fait Antéros »(= l’attraction mutuelle qui est superbement illustrée dans un vieux mythe grec relatant une  créature hermaphrodite qui fut ensuite séparée en deux : l’union amoureuse serait une tentative pour chacun de tenter de redevenir un, de retrouver l’état originel de cette créature hermaphrodite). Antéros me semble présent, en philligrane tout au long de ce conte normand : Antéros (Frère d’Eros) est dieu de l’amour réciproque , mais aussi de l’aversion. Au début du conte nous découvrons l’aversion que la plupart nourrissent pour le prince, puis le récit est rythmée par l’amour liant le prince à Fanchon.

Je crois que certains éléments du mythe grec sont absents, simplifiés ou adoucis dans le conte :

-Eros supposé serpent géant devient dans le conte un singe,

les deux sœurs médisantes de Psyché sont remplacées par la vox populi locale,

- contrairement à Psyché, Fanchon ne doute pas de son prince au point d’avoir dans une main la bougie et dans l’autre la lame de rasoir au moment d’aller découvrir son vrai visage la nuit.

Psyché pense plusieurs fois au suicide tandis que fanchon n’a que des coups passagers de  vague désespoir.

les divers dieux donnant leur avis sur le sort à réserver à Eros et Psyché, me semblent avoir été remplacés par les fées (invitées ou non à la naissance du prince).

      -dans les multiples épreuves qu’affronte Psyché, c’est à chaque fois un deus ex machina différent qui lui vient en aide, tandis que le cochon et les noix sont les éléments récurrents venant en aide à Psyché.

Toutefois le conte n’a pas oublié de transposer ou adapter certains éléments essentiels du mythe grec :

-Eros et Psyché auront pour fille Volupté, et d’ailleurs une version du conte (celle archivée à la bibliothèque de Lisieux lien ici   http://www.bmlisieux.com/normandie/contes02.htm  )  parle de coucherie , de mariage forcé et d’adultère…..

la fidélité et ses mises à l’épreuve, thème que je crois très bien traité tant dans le conte normand que dans le mythe grec

psyché symbolise l’immortalité de l’âme qui peut désormais connaître l’amour  une fois qu’elle a été confrontée à la mort   et à diverses épreuves (2) ( et d’ailleurs une des versions du conte est inachevée, pour suggérer l’idée d’éternité ?). Le conte normand, en revanche n’emploie pas de manière directe  le champ lexical de la mort qui y est pourtant symbolisé par les notion de danger, désespoir et risque qui sont très bien traitées dans ce conte.  Je présume que Psyché représente aussi la supériorité de l’âme sur le matériel, sur le superficiel. Il est clair dans ce conte que si le prince et Fanchon triomphent des plus grands périls, c’est bien grâce à leurs qualités d’âme. Bien entendu dans le mythe Venus/Aphrodite et Psyché finissent par se réconcilier (ce qui me semble là aussi riche en symbolique, mais peut s’éloigner quelque peu de ce conte….)

Le cochon et les autres « deus ex machina » de ce conte

Le cochon semble symboliser une trame du destin de Fanchon, en cela il peut faire penser à la chèvre dans la légende provençale de la chèvre d’or. Une phrase du récit me semble importante dans celles parlant du cochon : celle disant grosso modo on ne sait pas à quelle heure il y va, mais au matin il revient souvent du pays des margriettes chargé de marchandises. Ce moment du départ nocturne du cochon  constituait une occasion unique pour fanchon de réaliser son destin, elle a donc pris ses dispositions pour se retrouver au bon endroit au bon moment (passer la nuit dans la grange du cochon  afin de le suivre lors de son habituel départ nocturne).

Les noix (et marrons dans certaines versions) magiques sauvent la mise plusieurs fois à Fanchon. Une des versions dit clairement que les personnes âgées donnant les noix et marrons magiques à Fanchon sont les fées la protégeant (mais ne lui révélant pas leur identité de fée, on peut toutefois imaginer qu’il s’agit des fées qui avaient été conviées à la naissance du prince, puisque ce serait dans leur intérêt de faire obstacle aux sinistres intentions de la fée des margriettes). Dans ce conte il n’y a point de Zéphyr ni fleuve venant déposer Psyché d’un endroit vers l’autre afin de la sauver d’une mort certaine : ces noix et marrons magiques de « téléportation «  remplissent cette fonction.

C’est de cette manière que le conte normand  semble avoir transposé la plupart des diverses interventions divines venant aider et sauver Psyché lors de ses multiples épreuves. Je trouve intéressant de voir que ce conte donne plus d’autonomie à Fanchon que Psyché ‘n’en a dans ses épreuves : fanchon se débrouille toujours seule concernant l’utilisation correcte des aides dont elle dispose (suivre le cochon et guetter son dé »part, utiliser les noix magiques au bon moment), tandis que pour Psyché ce me semble être  souvent un dieu ou créature mythologique qui intervient directement pour la sauver  en cours d’épreuve.

Bien entendu un certain risque d’erreur ou imprécisions demeure dans ce décryptage que je viens de tenter.

 

Notes

l’étymologie médiévale  de ces expressions utilisant le terme « singe » est développée dans « les animaux du moyen –âge réels et mythiques » de Josy Marty-Dufaut , aux éditions Autres Temps.

cette condition pour l’âme et l’amour  de Psyché est ainsi formulée dans le dictionnaire de mythologie grecque de Belfiore (le plus récent Larousse de mythologie grecque et romaine dont j’ai déjà donné les références dans mes articles sur le blog). Je présume que parmi les « autres épreuves «  que la mort, non détaillées par Belfiore, il s’agit probablement entre autres du doute, de la remise en cause (Psyché ayant à un moment douté d’Eros).

 (3) Cet emprunt du Physiologos à seth et à Toth est expliqué dans le commentaire qu’Arnaud Zucker a fait du Physiologos (« Physiologos le bestiaires des bestiaires », commenté et traduit par Arnaud Zucker, collection Atopia)

 


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30 août 2012 4 30 /08 /août /2012 12:57

 

 

Il semblerait que la toute première traduction française  de ce conte des frères Grimm soit relativement récente. L’an passé  j’ai écrit ma propre retranscription française ici http://benoitreveur.over-blog.com/article-les-4-freres-habiles-94188210.html    .Il existe de nombreux axes de lecture dans ce conte intitulé « les 4 frères habiles ».

1° Dimension initiatique

Ce conte me semble clairement illustrer le cheminement initiatique des 4 frères.

Ils doivent quitter le giron paternel afin de trouver leur vocation. Au départ chacun ignore complètement ce pour quoi il est fait, quelques surprises sont donc au rendez-vous et les invitent à revoir leur copie, leurs attentes et préjugés de départ se voyant vite remis en cause.

Une fois la cruciale décision prise et leur voie choisie, l’apprentissage peut commencer. Leurs chemins se séparent et se rejoignent à la fois au carrefour.

En termes  d’étapes d’apprentissage dans les traditions d’artisanat : on voit dans le récit les diverses étapes que suivent les 4 frères : leur père les a aidés à devenir des apprentis, puis leurs maîtres de métier  leur ont montré le chemin pour qu’ils deviennent des compagnons (chose qui semble confirmée par leur père quand il teste leurs talents), enfin le verdict final du roi semble confirmer qu’ils sont à la fin  devenus éligibles au rang de maîtres.

Parmi les étapes initiatiques lors de leurs aventures, je note particulièrement :

A)leur détachement au père quand le besoin s’en fait sentir, leur prise d’autonomie sans pour autant détruire ou renier la figure du père puisque parfois ils reviennent vers lui, une sorte de processus progressif d’assimilation et de maturation, ils apprennent à se détacher d’un modèle sans pour autant le renier.

B) l’épisode clé de la princesse et du dragon :  figure classique symbolisant évidemment la perte de virginité ( par exemple le voleur pénètre sous le corps du dragon) la princesse symbolisant bien entendu leur maturation amoureuse, mais aussi leur lutte pour apprendre à canaliser  leurs pulsions intérieures diverses (symbolisées par le dragon). On notera que cet épisode de la femme à délivrer sur le rocher gardé par le dragon dormant ressemble beaucoup au même passage du conte provençal « tribord amure » récemment publié sur le blog…(archétype récurrent dans de nombreux contes)

 

C) leur acceptation de la décision du roi, qui les surprend mais qu’ils trouvent juste, cela semble  leur apprendre à connaître et accepter leurs limites, mais aussi leur apprend à savoir renoncer : cette forme de dépouillement de leur ego me semble cruciale dans le parcours initiatique des 4 frères.

2 Outils et symboles

Parmi les objets rencontrés dans le récit, il me semble s’y trouver d’évidents symboles phalliques (le bâton, l’aiguille qui transperce, le fusil/pistolet/canon et la longue vue). On sait que dans les histoires de dragon, l’épée revêt souvent une forte connotation phallique, ici c’est un fusil/canon pistolet qui vient remplacer la classique épée du chevalier. On notera d’ailleurs que ce canon est le seul cas où l’on voit « cracher » du feu dans le récit, malgré la présence du dragon. Le bâton (servant aussi sans doute de baluchon dans leur départ en voyage) sert autant à la défense qu’à l’entraide (sauver quelqu’un de la noyade, effectuer divers travaux, aider à la marche pedestre,  etc..) , selon certains, le bâton symboliserait aussi la sobriété , l’humilité.

3 Importance des chiffres

les frères sont 4 , leurs maîtres artisan sont 4 , les routes au carrefour sont au nombre de 4, inutile de rappeler l’importance symbolique du chiffre quatre dans la culture judéo-chrétienne.

Ensuite, les personnages humains au contact desquels les 4 frères seront confrontés sont au nombre de 7 (les 4 maîtres, le pere, la fille du roi et  le roi) il reste aussi  inutile de souligner à nouveau , tant c’est évident, l’importante signification du chiffre 7 dans la culture occidentale.

On notera aussi que les œufs à toucher avec le fusil sont au nombre de cinq : les quatre coins de la table (les quatre frères ) réunis par l oeuf central (la figure du père).

4 Relativité des métiers

Chaque métier comporte ses qualités et défauts , dans les préjugés de départ des frères futurs apprentis qui apprennent au cours du récit à revoir leurs préjugés (« il n’y a point de sot métier ») mais surtout à saisir l’utilité que chaque activité peut avoir par rapport aux autres activités et son utilité pour aider autrui. Aucun métier ne se révèle supérieur aux autres, au contraire chacun a besoin des autres, le récit illustre à merveille cette idée.

Entraide contre ambition personnelle

Leurs compétences propres à chacun deviennent vite non plus un outil de réussite et ambition personnelle , mais sont au contraire mises au service de tous, l’épisode du dragon leur permet enfin de faire leurs preuves sans pour autant faire un tour d’esbrouffe qui aurait uniquement servi leur orgueil. (cette forme là de dépouillement de leur égo peut sans doute aussi faire partie de leur cheminement initiatique). L’épisode du dragon les met en compétition, mais tant lors de leur aventure que lors de l’entente du verdict du roi, ils comprennent qu’il leur est préférable d’être unis, de travailler en émulation plutôt qu’en compétition. Le mérite de chacun n’est toutefois jamais nié.

L’outil et la technique

Trois des frères possèdent un outil magique leur permettant d’accomplir leurs exploits (la longue vue, le fusil et l aiguille). Le frère aîné quand à lui ne possède aucun outil et exerce son métier avec talent : une probable façon de montrer que la maturité dans le métier , quel qu’il soit, est de faire preuve d’un talent personnel n’ayant plus besoin d’outil et de technique ? Le personnage du frère voleur me semble particulièrement intéressant : aîné de la fratrie, il semble plus autonome que les autres frères, il a dès le départ ses « ides arrêtées » sur lesquelles il sera très vite amené à revenir. Il est voleur de métier, mais n’utilise à aucun moment du récit ses talents pour faire le mal, au contraire c’est toujours pour venir en aide à quelqu’un (sauf le passage du test, qui pour sa part constitue une sorte d’intermède     et ne sert qu’à confirmer leur sentiment de valeur personnelle bien avant l’étape finale de leur apprentissage de la modestie et de l’acceptation). Le plus jeune frère en revanche me paraît représenter  son « pendant » non moins intéressant : plus jeune, plus naîf, il semble donc particulièrement enthousiaste et ouvert d’esprit. De plus son apprentissage souligne l’importance des bases dans un travail , y compris pour un artisan expert : dans son entretien d’embauche avec son futur maître  il y est souligné également l’importance de la méthode d‘apprentissage soulevant ainsi une intéressante question sous-jacente : le problème est il de choisir le bon métier ou la bonne méthode d’apprentissage ?

Influence chez Tolkien ?

J’ignore si Tolkien s’est ou non inspiré de ce conte pour mettre en texte certains éléments de sa nouvelle intitulée « le fermier Gilles de Ham ». J’y vois toutefois certains points communs ou ressemblants : la présence d’un dragon, l’arme à feu des frères Grimm devient l’ »espingole » chez Tolkien, les deux récits soulèvent une certaine réflexion sur le mérite dans l’héroïsme. (Les calembours philologiques de Tolkien ne sont pourtant pas les mêmes que ceux germanophones des frères Grimm).

Bien entendu une certaine marge d’erreur est très possible dans tout ce qui vient d’être écrit ici….

 

 

 

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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 18:23

 

 

 

Ce conte des frères Grimm reste assez méconnu de nos jours.

C’est l’histoire d’un homme pauvre ayant 4 fils. Une fois ces derniers arrivés à l’âge adulte, il leur dit : « mes chers enfants, maintenant vous devez partir découvrir le monde, car je n’ai rien à vous donner. Partez dans des contrées lointaines et apprenez un métier, voyez comment vous pouvez suivre votre vocation ». Après avoir pris leur bâton de marche et salué leur père , ils quittèrent les portes de la ville. Après quelque temps de voyage, ils se trouvèrent sur un carrefour se divisant en 4 chemins différents. L’aîné déclara : « il faut se séparer ici, mais dans 4 ans jour pour jour, nous nous retrouverons à cet endroit, entre temps nous chercherons notre destinée ».

Chacun des 4 frères emprunta donc un chemin différent.

L’aîné rencontra un homme qui lui demanda où il allait et ce qu’il comptait faire. « Je veux apprendre un métier » répondit-il. L’homme lui répondit « viens avec moi et deviens un voleur ».  Le frère aîné répondit  « non ce n’est plus un métier considéré comme respectable et c’est le meilleur moyen de finir à se balancer sur une potence ». L’homme lui répondit « Oh, pas besoin de craindre la potence, je t’apprendrai juste à prendre des choses dont aucun autre homme ne peut s’emparer, et personne ne s’en apercevra jamais ».  Le frère aîné accepta et apprit donc à devenir un voleur accompli, d’une dextérité à toute épreuve, aucun objet convoité ne lui résistait.

Le deuxième frère  rencontra lui aussi un homme lui demandant ce qu’il comptait apprendre. « Je ne sais pas encore » répondit-il , l’homme lui proposa « alors viens avec moi et deviens astronome, il n’y a rien de mieux car aucune chose n’échappera à ta vue ». L’idée lui plut et il devint donc un astronome si compétent que lorsqu’il eut tout appris et se trouvait sur le point de reprendre sa route, son maître lui donna un télescope en lui expliquant « avec ça tu peux voir tout ce qui se passe sur terre et dans les cieux et rien ne peut rester caché à tes yeux ».

C’est un chasseur qui donna une formation au troisième frère et lui enseigna si bien que ce frère devint un chasseur aguerri. A son départ, son maître lui donna un pistolet et expliqua «  il ne te trahira jamais, quelle que soit ta cible, tu es certain de la toucher ».

Le plus jeune frère rencontra également un homme lui demandant ce qu’il comptait faire. « N’aimerais tu pas être un tailleur » lui demanda cet homme. «  Pas que je sache » répondit le jeune qui poursuivit « être assis le dos plié du matin au soir, manier l’aiguille dans tous les sens, c’est pas ma tasse de thé ».  « Oh mais tu dis ça par ignorance : avec moi tu apprendrais autrement le métier de tailleur, de façon respectable, propre et honorable  » conclut l’homme. Le jeune se laissa convaincre, et , aux cotés de l’homme il apprit le métier dès les moindres rudiments. Lorsque leurs routes se séparèrent, il donna une aiguille au jeune et lui dit « avec ça tu peux coudre tout ce que tu veux, que ce soit léger comme une plume ou dur comme l’acier, tu en feras une étoffe ne révélant aucune  trace de couture ».

Lorsque la date des 4 ans fut arrivée, les 4 frères se retrouvèrent en même temps au fameux carrefour, ils se donnèrent l’accolade et après les salutations rentrèrent ensemble chez leur père. « Maintenant le vent vous a ramenés à moi » déclara ce dernier, content de les revoir. Chacun des frères lui raconta ce qu’il avait vécu et appris.  Tous se tenaient assis devant la maison devant un grand arbre quand leur père leur expliqua « je vais tous vous tester  et verrai ce que vous pouvez faire ». S’adressant au deuxième fils, il poursuivit «  entre deux branches au sommet de cet arbre se trouve un nid de pinsons, dis moi combien d’œufs y sont ». L’astronome pris sa longue vue, regarda et informa « il y en a 5 ». Le père se tourna ensuite vers l’aîné «  vas chercher les œufs sans déranger l’oiseau qui les couve ». Le voleur habile grimpa et prit les œufs sous l’oiseau qui ne s’aperçut de rien et resta assis calmement. Le frère ramena  les œufs à son père. Ce dernier disposa les œufs à chaque coin de la table et plaça le cinquième œuf au milieu puis demanda au frère chasseur « en un seul tir tu dois couper chaque œuf en deux parts égales ». Le chasseur visa, et tira une seule fois : les cinq œufs étaient découpés comme le souhaitait le père. Il devait avoir une poudre spéciale qui tournait les tirs dans les angles.

Puis le père regarda vers le plus jeune frère, et reprit « maintenant à ton tour, tu dois recoudre les œufs et les oisillons s’y trouvant et tu dois le faire de façon à ce qu’ils ne soient pas blessés par le tir ». L’habile jeune frère saisit son aiguille et réussit le travail de couture tel que demandé par son père. Ensuite le voleur remit les œufs dans le nid, sous l’oiseau assis qui ne remarqua rien. Quelques jours après, lors de l’éclsosion des œufs , les oisillons étaient en parfaite santé, on remarquait toutefois une ligne rouge leur venant de leur petite aventure prénatale.

Le vieux père dit à ses 4 fils « bien, vous devez vraiment être loués aux cieux, vous n’avez pas gaspillé votre temps et avez appris de bonnes choses. Je ne puis dire lequel de vous mérite le plus de louanges, pour cela il faudrait une nouvelle occasion de démontrer vos talents ».

 

 

source image filomena.lucas.free.fr

 

Peu de temps après, il  y eut un grand tumulte dans le pays car la fille du roi venait d’être kidnappée par un dragon. Le roi, très inquiet nuit et jour, en vint à déclarer que quiconque délivrerait sa fille obtiendrait sa main. Les 4 frères se concertèrent : « pour nous ce serait une bonne occasion de montrer nos aptitudes ! »  ils décidèrent d’aller ensemble sauver la fille du roi. L’astronome affirma « je saurai bientôt où elle se trouve » , scrutant l’horizon avec son téléscope, et lança « je la vois déjà , elle est loin d’ici sur un rocher dans la mer, le dragon est juste à coté à la surveiller ». L’astronome se rendit chez le roi et lui demanda un navire pour lui et ses 3 frères. Ils naviguèrent tous quatre à destination de ce rocher. L’héritière royale se trouvait assise sur cette roche, le dragon dormait allongé sur les genoux de la fille.  Le chasseur s’écria « je n’ose pas faire feu, je risquerais de tuer  la jeune fille en même temps ». Le frère voleur vint à la rescousse  en ajoutant « dans ce cas je vais essayer mon art ». Il se glissa habillement et la déroba de sous le corps du dragon, avec un calme et une dextérité tels que le monstre ne sentit rien et continua de ronfler. Fous de joie, les 4 frères habiles amenèrent la fille dans le bateau. Ils firent cap vers le large.

Mais le dragon à son réveil remarqua l’absence de la fille, les suivit en fendant les airs avec son corps et ses grognements. Il volait en décrivant des cercles autour de l’embarcation , prêt à piquer dessus ;  c’est alors que le chasseur arma son canon sur son épaule et ouvrit le feu sur le cœur du dragon. Le monstre tomba raide mort, mais sa taille et sa puissance, dans sa chute, firent voler le navire en éclats. Mais heureusement, nos 4 frères et la fille purent s’agripper à quelques planches afin de  continuer de flotter. Le tailleur grâce à sa merveilleuse aiguille fit des coutures reliant les planches entre elles, il reconstruisit ainsi tout le bateau en assemblant à nouveau tous les morceaux du vaisseau qu’il venait même de rendre encore plus aérodynamique qu’avant, ce qui leur permit de rentrer  sains et saufs au bercail plus tôt que prévu. 

 

 

 

Lorsque le roi revit sa fille, l’heure fut aux réjouissances. Il dit aux 4 frères : « un de vous doit l’épouser, mais vous devez vous accorder pour  déterminer duquel d’entre vous il s’agit ».   Une discussion animée survint alors parmi les 4 frères, puisque chacun revendiquait son mérite.  L’astronome rappela «  si je n’avais pas localisé la princesse , tous vos talents et métiers n’auraient servi à rien , donc sa main me revient ».  Le voleur rétorqua :  « à quoi aurait servi ta vue si je ne l’avais pas sortie de sous le dragon ? Donc elle est à moi » . Le chasseur précisa «  vous et la princesse, vous tous auraient été mis en pièces par le dragon  si ma balle ne l’avait pas terrassé, donc elle est à moi ». Le tailleur intervint «  si par mon art je n’avais pas rafistolé le bateau, vous auriez tous péri misérablement, donc elle me revient ».  C’est alors que le roi donna son verdict : « chacun de vous a un droit égal, et puisque vous ne pouvez tous avoir la promise, aucun de vous ne l’aura, mais je vous donnerai à chacun un demi royaume en récompense ». Les 4 frères étaient satisfaits de cette décision et affirmèrent «  c’est préférable ainsi à si nous devions être en désaccord entre nous ».

Ainsi chacun reçut une moitié de royaume et ils vécurent avec leur père dans un  grand bonheur tant qu’il en plut à Dieu.

FIN

PS 1 : je crois clair que ce conte regorge de sens cachés…

PS2 : je me demande dans quelle mesure ce conte a pu ou non inspirer Tolkien dans l’écriture de la nouvelle « le fermier Gilles de Ham ».


source image : 
chani-delivresetdepice.blogspot.com


NB : il s’agit ici de ma tentative de retranscription résumée de ce conte et non d’une version intégrale puisque j’ai zappé deux ou trois petits détails. Pour cet article  je me suis fondé sur l’édition anglaise intitulée « The complete Grimm fairy tales » (le titre anglais du conte est « the four skillfull brothers ») . Il existe ,  du moins je crois,  une à deux récentes versions françaises complètes de ce conte. Bien entendu le plus intéressant serait de lire directement la version allemande écrite par les frères Grimm.

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15 décembre 2011 4 15 /12 /décembre /2011 17:31

 

 

 

Ce conte normand me paraît moins connu que celui du « prince à la tête de singe/pays des margriettes » (article ici  http://benoitreveur.over-blog.com/article-30352700.html, conte du Cotentin)

« Pimpernelle » nous vient en revanche du Pays d’Auge.

Voici l’histoire de ce soldat Pimpernelle :

Il était une fois, un soldat qui revenait chez lui. Il n'avait qu'un sou et s'appelait Pimpernelle ( le nom d’une jolie rose très épineuse). C'était aussi un militaire très aimable, de bon coeur, sans souci, mais un peu malin. Il cheminait par la grande route, au soleil, et chantait une chanson de régiment où l'on disait beaucoup de mal de la misère et de la mort ; il était fier.

C'est probablement pourquoi certains en veulent au soldat. Vint à passer un homme, beau et gracieux, accompagné de trois autres, ils n’étaient autres que Jésus et les apôtres saint Jean le bien-aimé, le porte-clefs saint Pierre et le grand convertisseur saint Paul. Ces quatre voyageurs étaient couverts de poussière ; ils demandèrent l'aumône au soldat Pimpernelle qui donna une pièce à chacun d’eux. Alors Jésus-Christ voulut récompenser la charité du soldat.

- « Mon ami, tu es pauvre et  généreux ; tu sera récompensé. Je suis le Seigneur Jésus-Christ et je te donne à choisir entre le Paradis et le pouvoir de faire entrer dans ton sac tout ce que tu souhaiteras ».

 Pimpernelle, encore très attaché à la  verte terre  campagnarde; choisit la première option ( après tout, il avait bien le temps encore de songer à la vie après sa mort) – « Vas en paix, qu'il soit fait comme tu le veux «  lui dit alors  le Seigneur

Pimpernelle qui vagabondait  arriva à la ville prochaine. Les enseignes des échoppes et auberges diverses le charmaient,  Mais il avait encore plus faim que soif et restait indécis.  Il aperçut alors un succulent gigot de mouton à l'étal d'un boucher et sans bien penser à la promesse du Seigneur, il se dit en son for intérieur : « Oh ! si je le tenais dans mon sac ! » Tout à coup le gigot se trouva dans le sac. Alors Pimpernelle eut la foi.

La petite et joyeuse voix des enseignes et des bouchons chantait sa musique ; la bouteille de vin du cabaretier, la tourte du boulanger suivirent la même route, et Pimpernelle se délectait de divers mets et boissons. L'histoire ne dit pas comment le boucher, le cabaretier, le boulanger furent payés, mais Notre-Seigneur ne peut faire que bien les choses. En bon militaire, la halte faite, Pimpernelle se remit en route, sifflant la marche de son régiment. Il arriva le soir dans une autre ville et le plus près de son village, où il allait surprendre parents et amis. A l'auberge où il entra, il n'y avait pas de place. - « Nous n'avons, dit l'aubergiste, qu'une chambre où nous n'osons mettre personne, car il y revient. »- « Qu'est-ce que cela fait, dit Pimpernelle, j'ai couché en plus mauvais lieu. » On le mit dans la chambre hantée et l'on cru que Pimpernelle venait alors de signer son arrêt de mort.- « Mais ce n'est qu'un soldat, avait dit l'aubergiste, un mauvais gueux comme vous le voyez.» Pinpernelle mangea à s’en faire péter la panse et dormait déjà de ce bon petit sommeil suivant tout bon festin digne de ce nom, quand il entendit du bruit dans la cheminée. On trimballait la crémaillère.- « Bon, cela commence, dit-il, j'ai bien envie de voir comment cela finira. »

En levant la tête, il vit un petit diablotin, gros comme un fort criquet, qui le regardait d'un oeil vert et semblait guetter l'ennemi : « Toi, tu vas passer dans mon sac, tu y trouvera une paire de souliers que tu vas décrotter. » Le diablotin fit bien une grimace mais il obéit, toujours par la grâce de Dieu et de Notre-Seigneur. Un autre ose encore paraître : « Toi, saute dans mon sac et tu vas bourrer ma pipe. » Et le petit démon fit la chose comme s'il n'avait fait que cela toute sa vie. Un troisième diable se montrait encore : « Va dans mon sac et m'y chante une chanson d'enfer pour me désennuyer d'être tout seul ; ce n'est pas ma coutume. » Mais à cette musique, voilà qu'il arrive une enfilée de diablotins le long de la crémaillère, que c'en était gênant : Fichez-moi tous le camp dans mon sac, tas de canailles, crapules et mauvais sujets, et je vais vous hacher menu comme chair à pâté. » Au jour, il descendit dans la salle de l'auberge, où il fit voir ce que personne n'avait jamais vu : des diables dans un sac. Il se rendit chez un forgeron, se saisit de l’enclume et écrasa le sac. On entendit, tels des souris ainsi écrasées, le couinement des diablotins, le craquement de leurs  os ; mais chose étrange, il ne coulait pas de sang ; (on dit que les diables n'en ont pas). Quand on ouvrit le sac il ne restait plus qu'un seul diablotin vivant qui demanda grâce à Pimpernelle, qui la lui accorda, et ce diablotin lui dit qu'il y avait une cuve pleine d'or sous l'escalier de l'auberge. Pimpernelle n'en voulu pas prendre une seule pièce. Cet argent ne lui aurait de toute façon pas servi à grand chose, puisqu'il pouvait tout faire entrer dans son sac à sa guise.

Lorsque Pimpernelle mourut - il n'avait pas pensé à enfermer la mort dans son sac – (l’histoire ne précise pas à quel âge cela lui arriva) il s'en alla vers le paradis. Arrivé à la porte, il trouva saint Pierre, et avec politesse et bonne grâce il demanda l'entrée. Saint Pierre lui rappela qu'il n'avait pas opté pour le paradis, et lui dit qu'il était fâché de ne pouvoir ouvrir à un si brave homme. Pimpernelle alla donc frapper à la porte de l'Enfer. Aussitôt on le reconnut et on cria de toutes parts : « C'est Pimpernelle ! » Les diables avaient tellement peur de lui que personne n'osa lui ouvrir. Un diablotin glissa sa tête sur la porte et Pimpernelle le cloua à terre par l'oreille, lui faisant pousser d'horribles cris. Pimpernelle aurait pu les mettre tous dans son sac et régner seul dans l'Enfer, en faisant bombance toute l'éternité, mais il avait une bien meilleure idée. Il alla retrouver saint Pierre. Le vénérable portier à barbe blanche était à son poste. Impossible de tromper sa consigne. Pimpernelle fit observer à saint Pierre que son sac n'était pas un homme et il obtint de le jeter dans le Paradis. « Je me souhaite dans mon sac, » s'écria Pimpernelle. Saint Pierre fut tenté de se fâcher, mais ce qui est dans le Paradis n'en sort pas….. Le rusé Pimpernelle se trouvait désormais à jamais au paradis, alors qu’au départ il avait choisi l’option du sac magique….

FIN

Autour de ce conte :

Il existe plusieurs versions de ce conte, variant à peu de détails près. (il s’agit ici de ma retranscription résumée).

Sources : http://www.bmlisieux.com/normandie/contes10.htm

et http://www.le-petit-manchot.fr/le-supplement-du-mercredi/sup-n33-pimpernelle/les-chroniques/

Et "contes et légendes de Normandie "(par Marie-Hélène Delval)

On y sent évidemment le vieux cliché du normand rusé. Je suppose que l’insouciance de Pimpernelle sert entre autres fonctions à illustrer une idée antique du type « carpe diem souviens toi que tu es mortel ».

Je me demande également si la fin du récit ne cherche pas à véhiculer une idée chère au proverbe « mieux vaut servir au paradis que régner en enfer ». Je trouve d’ailleurs intéressant de voir que pimpernelle, à la fin , semble inverser les rôles lorsqu’il passe de son statut habituel de « metteur dans le sac » à celui de « personne mise dans le sac ». Je présume aussi qu’en lui donnant ce choix entre le paradis ou le sac magique, Pimpernelle  se retrouvait en fait testé en ce qui concerne son rapport à  la propriété, à la possession et au nécessaire, lui qui venait de réussir l’ épreuve de la générosité (puisqu’il refuse l’or que lui proposait le diablotin).  Mais  Je vous épargne une lourde séance de mise en parrallèle avec le manuel d’Epictète et avec les stoïciens….

Désolé par avance pour les éventuelles erreurs, imprécisions ou omissions qui se sont probablement glissées dans cet article.

 

 

 

 

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30 novembre 2009 1 30 /11 /novembre /2009 22:19



    

     Le conte traditionnel qui va suivre est la version provençale/alpillaise/camarguaise de « Jean  de l’ours » 

Cette histoire plaira sans doute aux fans de contes, aux fans de « donjons et dragons »,  aux fans d’Hercule, Samson, ou autre personnage à la force surhumaine.

Parfois ce conte est nommé « xan de l’Ours ». il s’agit en fait d’un conte type que l’on retrouve dans diverses régions.



 

PARTIE 1 : L’ENFANCE D’UN SURHOMME

Il était une fois dans le Vaucluse une femme prénommée Orsanne. La pauvreté existait déjà à son époque : Orsanne était toujours pauvrement vêtue, elle survivait en vendant les fruits qu’elles Cueillait dans les forêts.

Mais manque de chance pour elle, vint un jour où, s’enfonçant dans un bois, elle marcha par mégarde sur une herbe magique qui lui fit perdre la mémoire de son chemin : elle avait piétiné cette herbe du pied gauche, et elle ne connaissait pas le coup des treize pas de l’autre pieds que la légende prétend être annulateur de sort.

 

Perdue dans la pinède, elle tomba soudain nez à nez avec un ours qui se mit à parler : « tu peux rester vivre avec moi dans ma grotte, je te donnerai à manger, mais tu ne dois pas parler » lui dit cet ours.

Elle resta vivre selon certaines versions un an , et selon d’autres de nombreuses années dans la grotte avec cet ours qui la nourrissait et lui tenait chaud.

Toujours est –il qu’un an après son  arrivée dans la grotte elle mit au monde un bel enfant très grand et très fort qu’elle eut avec cet ours, elle le prénomma son fils Jean.

A la différence du  désormais célèbre et américano-cimmérien Conan qui obtint son corps de barbare puissamment musclé en tournant la roue quand il était esclave, le vauclusien Jean de l’ours quant à lui se forgeait de jour en jour une musculature puissante en jouant et chahutant avec les jeunes loups et les marcassins  : il les battait à chaque fois. De plus, Jean connaissait la forêt et ses chemins comme sa poche, il ne leur fut donc pas difficile à lui et à sa mère de quitter cette grotte pour retourner vivre dans le village.

 

Certaines versions expliquent qu’un jour de son enfance en milieu forestier sauvage, Jean aurait soulevé à bout de bras un énorme rocher de plusieurs mètres cubes, puis l’aurait lancé au loin tel un ballon. Le rocher serait ainsi venu servir de porte pour boucher l’entrée de la fameuse grotte de l »’ours….Jean de l’Ours se faisait ses premières séances de muculation en soulevant cet énorme rocher, Alors, Jean de l’Ours, plus balèze que Conan le barbare ?

 

Mais cette période de vie forestière prit fin. Certaines versions de ce conte de la région PACA affirment que l’ours était très dirigiste et tyrannique et que Jean et sa mère fuirent après un conflit les ayant opposé à l’ours.

Quand ils regagnèrent le village de Vaucluse, Jean avait douze ans.

Sa mère le fit aller à l’école, mais son gabarit hors normes ( et selon certaines versions sa forte pilosité qui aurait  fait faire fortune à un barbier) lui attiraient les moqueries des autres enfants de la classe, jean les frappa afin de se faire respecter. Apostrophé par le maître d’école, Jean assomma son instituteur en un coup. Il fut donc arrété par les gendarmes qui le mirent en prison.

Sa mère désespérée alla le voir dans sa geôle : Jean lui dit de se rassurer et que tout allait bien se passer. Jean tint sa promesse, c’est peu de le dire : quelques heures plus tard, le gardien de prison s’étant absenté, Jean fit preuve de sa force herculéenne en arrachant en un seul geste et  à bout de bras la grosse  porte métallique de sa cellule.

 

Bien qu’il s’agisse sans doute de sa crise d’adolescence, on voit ici que le Jean de l’Ours de la région PACA était bien plus rebelle que le Jean de l’ours languedocien…Le Jean de l »Ours Langudeocien était très chrétien, il combattait des créatures dans la mer en chevauchant un énorme poisson (Si je me souviens bien ce qui est expliqué à ce sujet dans « contes légendes et récits des pays de France » tome3 par Claude Seignolle).

 L’évasion de Jean réussie, sa mère lui dit que si il voulait, il pouvait partir à l’aventure ou bon lui semblait , le jugeant un peu  plus mature qu’à l’époque de la mésaventaure scolaire.

C’est alors que sur son chemin, il rencontra un forgeron.

Jean voulait suivre une formation d’apprenti chez ce  forgeron.

Les choses « commencèrent bien », puisque Jean commença par briser l’enclume en un seul coup.

 

 

Premières rencontres

 

Jean de l’ours était content d’être désormais apprenti chez un forgeron. Ce dernier était sans doute moins enthousiaste en raison du matériel que Jean cassait régulièrement, sans jamais le faire volontairement. Jean ne se rendait pas vraiment compte de sa grande force, et c’était bien là le problème pour ce surhomme précoce. Mais son patron n’osait pas le virer car il craignait l’imposant Jean. On ne comptait plus les enclumes, marteaux et autres morceaux métalliques que jean brisait.

Un jour le forgeron dit à jean qu’il en savait maintenant suffisamment pour pouvoir aller voler de ses propres ailes. Lors de cette séparation en bons termes, Jean demanda une faveur : pouvoir récupérer tous les matériaux qu’il avait cassés, ce qui lui fut accordé.

Avec tous ces métaux Jean forgea une barre de fer qui lui servirait de bâton et de massue .     (La mythique massue d’Hercule n’est sans doute pas loin……).

 L’arme conçue par Jean faisait le même diamètre qu’une poutre et pesait plus de cinq quintaux.

Sa poutre de fer fièrement posée sur l’épaule, Jean de l’ours fit ses adieux aux forgeron et partit en direction de Marseille.

 

A la tombée de la nuit, alors que Jean se reposait sur un talus, il aperçut au loin de grosses pierres faire du rase-mottes. Il vit aussi une meule de moulinier. Il descendait dans la vallée pour voir de plus près. Jean de l’ours découvrit un homme en train de jouer à une sorte de Polo ou Hockey : les énormes pierres servant de palets.

-« Superbe jeu, comment te nommes tu ? » demanda Jean

-« Deferre Moulin «  répondit ce pratiquant d’un jeu si géant.

-« alors toi tu me plais bien, veux tu venir avec moi ? » répondit Jean

-« avec plaisir » répondit sans hésiter son nouveau compagnon.

 

Le lendemain ils croisèrent dans une futaie un homme qui abattait  les hêtres et les chênes avec une faucille, et les amassait en de gros fagots.

Cela plut à Jean de l’ours qui se disait sûrement qu’avec cette homme ils formeraient un superbe trio de « grosbills » (atout non négligeable pour mener une vie d’aventurier). Il lança :

-« quel est ton nom ? »

-« Je me nomme Tord Chêne » répondit ce bûcheron si particulier

-          « veux tu devenir notre compagnon de route ? » demanda Jean

-          « avec plaisir »  répondit Tord Chêne

 

Le soir les trois compagnons arrivèrent au pied d’une montagne servant de socle à un château qui était illuminé.

Il virent non loin d’eux  une vieille femme qui gardait sa cabre( = chèvre), ils lui demandèrent qui était le propriétaire de ce mystérieux château.

« Surtout n’y allez pas ! Toutes les personnes qui y sont allées n’en sont jamais revenues » leur indiqua la vieille femme, parlant sans doute par expérience, mais aussi vraisemblablement magicienne ou devineresse.

 

Mais ce mystère alimenta le goût que jean nourrissait pour le défi et l’aventure. Il encouragea Tord Chêne et Deferre Moulin à l’y accompagner.

Aussitôt dit aussitôt fait : nos trois compères escaladèrent la montagne. Arrivés au sommet ils constatèrent que la porte du château était ouverte, quelqu’un les attendrait-il ? Mystère….

 

Ils visitèrent ainsi le château, découvrant des vastes pièces éclairées, désertes et ornées d’un mobilier de luxe.

 

Jean décida d’y élire domicile. Ils prirent un repos bien mérité. Quand ils se réveillèrent, ils décidèrent de mettre en place un roulement pour aller chercher du gibier et préparer la cuisine. Le premier à être désigné cuisinier du jour fut Deferre Moulin. Jean et Tord Chêne partirent ensemble à la chasse en vue d’alimenter la cuisine.

 

Deferre Moulin livré à lui-même dans ce château, fut intrigué par un cor qui ornait la cheminée.

Il souffla dedans et aussitôt se fit un vacarme dans la cheminée, laissant apparaître une créature de petite taille, musclée et selon les versions à tête de chat et selon d’autres à tête de musaraigne (dans ce cas la ce serait une sorte de Mickey Mouse bodybuildé mais de la taille d’un gnome).

Deferre Moulin lui demanda ce qu’elle voulait

« de la soupe » répondit-elle.

« va t’en vermine ou je t’écrabouille » riposta Deferre Moulin

-« prends garde »  avertit la petite créature  qui brandissait une canne-baguette. Elle s’élança sur Deferre Moulin , et agile, le roua de coups sans qu’il eut le temps de comprendre. Cette volée de coups mit K.O en quelques secondes un Deferre Moulin qui n’avait pas eu le temps de se servir de sa force de lanceur de grosses pierres….

 

Jean et Tord Chêne revinrent au château , découvrant Deferre Moulin qui s’était manifestement pris une taule et était encore allongé au sol.

Pîqué dans sa fierté, Deferre Moulin déclara : » je vous avais préparé une bonne soupe pour votre retour, mais un énorme géant est arrivé et m’a roué de coups en volant ma soupe. « 

 

Le lendemain, Jean de l’Ours et Deferre Moulin quittèrent ensemble la forteresse pour aller à la chasse. Tord Chêne seul dans le château rencontra lui aussi la mystérieuse et minuscule créature, même scénario que pour son compagnon de la veille, Tord Chêne se prend une raclée qui le laisse sur le carreau.

Lors du retour de Jean et Deferre Moulin, Tord Chêne encore groggy et amoché dit lui aussi avoir été frappé par un géant qui lui a volé sa soupe.

 

Deferre Moulin riait intérieurement car il avait compris que Tord chêne s’était lui aussi fait battre par le gnome, la dextérité et la force de Tord Chêne n’ayant rien pu faire face à ce minuscule Hercule à tête de chat (ou de musaraigne) qui était une vraie machine à distribuer les coups de baguette.

 

Jean de l’ours se porta d’office volontaire pour être le cuisinier du lendemain, afin d’attendre de pied ferme ce mystérieux visiteur aimant la soupe.

 

Le lendemain Jean préparait tranquillement la soupe, quand il sonna le cor et découvrit ainsi la mystérieuse et minuscule créature. Jean frappa immédiatement la petite créature, mais elle était agile, rapide, elle évitait les coups de Jean.

Alors commença un combat acharné dans un déluge de poutres et baguettes métalliques qui frappaient en dégageant des étincelles. Le petit gnome bastonnait hargneusement le surhomme qui se prenait de nombreux et puissants coups de baguette sur la tête. Mais Jean de l’ours serrait les dents et s’accrochait, ayant compris que sa force ne suffisant pas, son courage lui permettrait peut être de tenir le coup…. Après un combat acharné , Jean réussit à applatir la créature comme une crêpe en rassemblant toutes ses forces pour lui administrer un coup de sa gigantesque poutre de fer.

C’est alors que la créature à tête de chat (ou de musaraigne) demanda grâce et dit » « si tu m’épargnes je te révélerai le secret du château maudit » (selon les versions c’est un gnome à tête de musaraigne, ou encore un nain ou un gnome à tête de chat).

 Le petit gnome à tête de musaraigne expliqua à Jean que sous une dalle scellée au fond de la cuisine se trouvait l’entrée d’un souterrain dans les profondeurs du château au fond duquel une princesse serait retenue prisonnière (et oui encore un conte avec une princesse à délivrer…). 

 

Puis le petit gnome s’enfuit par la cheminée pendant que

Jean, Tord chêne et Deferre Moulin enlevèrent le gros bloc de pierre qui était effectivement scellé. Ils découvrirent alors un grand trou qui s’offrait à eux, comme un puits sans fond.

Ils décident d’aller explorer ces profondeurs obscures et pour cela se munirent de cordes pour descendre en rappel. Ce fut d’abord le tour de Tord Chêne de descendre, pendant que Jean et Deferre Moulin lui tenaient la corde. Mais assez vite, tord Chêne fut effrayé et supplia qu’on le remonte, chose que firent ses deux compères. Ce fut ensuite au tour de Deferre Moulin de descendre au rappel , mais lui non plus ne parvint pas à aller au fond de cet insondable gouffre, il s’effraya et supplia qu’on le remonte.

Enfin ce fut  au tour de Jean de descendre. Jean de l’ours prit pour cela beaucoup de corde, arrivé à près de 3000 mètres de profondeur il demanda a ses deux complices de lui lâcher encore un peu de corde car il restait encore du fond à descendre. Jean de l’ours finit par toucher terre.

 

 Le voilà au milieu de l’obscurité, il aperçut au loin une lumière, il s’en approcha et découvrit une immensité blanche dont les contours devenaient de plus en plus nets à leur approche : des tas d’ossements empilés formés par des squelettes portant encore leurs armures et boucliers brisées. Non loin se tenait une statue massive représentant un chien. Jean de l’ours regardait ces innombrables guerriers qui avaient péri dans les épreuves de ces souterrains du château, quand soudain la statue prit vie, ce chien de pierre s’approcha alors de Jean et lui lécha les pieds comme pour lui souhaiter bonne chance (et il allait en avoir besoin !)

 

Il se retrouva d’abord à devoir traverser (affronter ? ) un fleuve impétueux   (Hercule qui franchit le Styx ou alors le combat entre Hercule et Achélous ne sont sans doute pas très très loin…… mon sujet sur Achélous icihttp://www.unblogreveur.net/article-36240388.html et quand on sait quels peuples antiques ont habité la Provence, la pure coincidence entre Heraklès/Hercule et Jean de l’ours m’à l’air très peu probable).


Ensuite Jean de l’ours affronta et tua un adversaire bien plus redoutable encore que les loups avec qui il s’était entraîné dans son enfance et que le gnome de la cuisine : il s’agit cette fois d’ un terrible dragon qui crachait du feu. Cette fois Jean s’en sortit visiblement sans égratignure.

Il n’était pas au bout de ses peines car il rencontra ensuite un ignivome à sept têtes…..(vraisemblablement il s’agit d’une sorte d’hydre à sept tête crachant du feu).


Seul dans ce souterrain, Jean de l’ours était aux prises avec ce monstre aux sept têtes. Comprenant qu’il lui serait ardu d’abattre une à une les sept têtes du monstre, Jean de l’ours terrassa le monstre en lui administrant un coup d’estoc à  puissance  maximale en plein ventre (cœur ? ) à l’aide de sa poutre de fer, le coup fut si puissant que le corps du monstre en fut transpercé (alors un superbe coup comme ça, en terme de jeu de rôles ça aurait été direct de la « réussite critique » au jet de dé…)

 

Mais Jean de l’ours avait encore d’autres périls à affronter.

Il se retrouva en effet aux prises face à la mère de tous ces monstres, bien plus terrible que ses enfants : tout de vert,  sa queue était énorme, interminable et constituait une arme parfaite pour mettre à mal le surhomme vauclusien.

Elle enserra puissamment Jean dans sa queue monstrueuse à la peau verte, et elle commençait à l’ entraîner avec elle en s’envolant dans les airs.

La aussi Jean , ayant sans doute tiré des leçons de son combat face à la bête aux sept têtes, reproduisit ce coup qui avait si bien marché : il rassembla ses forces et son courage (car écrasé peu à peu par le puissant appendice caudal du monstre qui le tenait) et lui donna un coup très puissant avec la pointe de sa gigantesque poutre de fer : le ventre ( et l’assurance ? ) du monstre se dégonfla comme une baudruche, mais le corps transpercé continuait de plus belle sa  folle ascension dans les airs, entraînant ainsi Jean de l’ours avec elle.

A l’aide d’un couteau Jean trancha la queue du monstre, il retomba à terre, sauvé.

 

Il atterrit ainsi tout près d’une petite maison d’où provenait une agréable voix : celle de la princesse.

 

Ne trouvant aucune entrée dans ce bâtiment, jean prit la queue/fouet qu’il avait sectionné  sur le monstre et frappa avec sur la maison (comme on l’aurait fait avec un fouet). Cela fit accourir le petit gnome à tête de musaraigne/ou de chat ( cf épisode de la cuisine dans les parties précédentes du conte….) ce dernier rentra alors d’un seul coup dans la maison par un petit trou.

 

Jean frappa alors trois fois de toutes ses forces la porte close avec son énorme bâton de fer, dans un déluge de fer et d’étincelles, la porte vola en éclats. Quelle ne fut pas la surprise de Jean : il était désormais au début d’un couloir dans lequel il s’enfonça pour ensuite tomber nez à nez avec un chat gros comme un bœuf . Jean crut en  venir à bout grâce à son énorme poutre de fer , mais l’énorme félin ne bronchait pas sous les coups du surhomme, il encaissait ( en lui rigolant au nez? ).

C’est alors que Jean eut une idée : il vit que le petit et méchant gnome gisait sur le sol, sa petite baguette se trouvait à terre près de lui,  Jean s’empara de la baguette (avait elle des pouvoirs magiques cette baguette qui lui avait donné auparavant de si cuisants coups ???)

A l’aide de cette baguette,  Jean prouva une fois de plus l’efficacité de son fameux coup d’estoc, il vint ainsi à bout du chat géant.

C’est alors que la princesse sortit de sa chambre et sauta dans les bras de Jean de l’ours, son libérateur.

 

Il leur fallait maintenant quitter le souterrain , il empruntèrent la corde tendue par ses complices pour remonter, Tord Chêne et Deferre Moulin hissèrent ainsi la princesse à la surface , saine et sauve.

Mais les traîtres avaient décidé de faire un mauvais coup : ils lâchèrent la corde et firent tomber un rocher au fond du trou. Jean de l’ours, notre héros surhumain se retrouvait coincé, pris au piège de ce gouffre de plus de 300 mètres de fond.

 

Cette trahison surprit peu Jean de l’ours. Il se mit à réfléchir à une solution pour s’échapper du souterrain…..

C’est alors que contemplant les cadavres des guerriers aux armures brisées ( CF partie 3) dont il risquait de faire bientôt partie, il lança par hasard son regard vers le chien de pierre. L’animal de pierre vint vers Jean, lui lécha à nouveau les pieds et lui dit : « tu sais tu as déjà volé une fois, pourquoi ne recommences tu pas ? »

Euréka !!!!

Jean saisit la queue tranchée sur la femme dragon mère des monstres, il posa son postérieur sur cet appendice comme il serait monté sur un cheval et effectivement il s’envola…. Il atterrit sain et sauf à l’entrée de la cheminée du château si mystérieux. Evidemment Tord Chêne et Deferre Moulin, les deux gredins , n’étaient plus la : ils avaient pris avec eux la princesse dont ils cherchaient à se partager les faveurs.

 

Le jour des noces qui allaient unir la princesse avec les deux gredins venait d’ arriver : ces traîtres avaient réussi à faire croire au roi que c’était eux qui avaient sauvé la princesse (et tout le monde croyait que Jean de l’ours, ce surhomme fils d’Orsanne et d’un ours,  était mort).

 

La fête était à son apogée, les boissons coulaient à flots et les mets somptueux se succédaient lors de ce royal repas de noces.

Pendant ce temps Jean de l’ours, chevauchant la queue verte de la femme dragon, survolait le château royal. Bien que couvert de sang, de poussière et de sueur, Jean de l’ours entra dans la salle de réception ; il alla directement vers la table du roi. La princesse le reconnut aussitôt et expliqua que cet homme ours ensanglanté hirsute et épuisé était son véritable sauveur….

Le roi déclara alors que ce serait lui qui épouserait la princesse….

Les deux traîtres que furent Tord Chène et Deferre Moulin prirent alors immédiatement la poudre d’escampette sans demander leur reste, on ne les revit jamais dans le pays….

 

Jean  vécut longtemps et heureux avec son épouse la princesse

 

FIN DU CONTE

Sources

 Wikipédia

« contes et légendes des pays de France «  tome 3 (Claude Seignolle)

 

« contes et légendes de Provence «  (Nicole Lazzarini)

 

 

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22 octobre 2009 4 22 /10 /octobre /2009 08:49




      

 

 

 

Les aventures fabuleuses du baron de Münchhausen forment un conte philosophique contenant une forte part d’onirisme fantastique et d’humour.

 

Cela faisait longtemps que je souhaitais écrire un article sur ce célèbre baron dont les « hâbleries »  nous emmènent dans ses voyages fantastiques.

Ce baron a été maintes fois mis à l’honneur dans la littérature et le cinéma. Il existe donc un tas de versions différentes de ce conte.

 

Karl Friedrich Hieronymus, baron de Münchhausen (1720-1797) est un personnage de l’histoire allemande. Sa biographie (sans doute enjolivée par lui-même ou par  l'écrivain Rudolf Erich Raspe qui la coucha sur papier), marque le point de départ des divers et nombreux récits fabuleux ayant ensuite donné naissance au conte.

 

 


le baron de Münchhausen : une des nombreuses illustrations qu’en fit Gustave Doré (source image : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/4/41/dore-munchausen-illustration.jpg/446px-Dore-munchausen-illustration.jpg )

 

En France, certains auteurs effectuèrent une transposition du Baron de Münchhausen  vers le « Baron de Crac »  (qui « nous raconte des craques »…)

 

Je ne me souviens plus du nom de l’auteur de la version livre que j’avais lue sur le Baron Münchhausen  (ça date)….

 Je me rappelle juste que l’histoire était sympa et qu’elle reprenait certains des passages les plus célèbres du conte (les sélénites, le monstre marin, le boulet de canon, etc..), correspondant en de nombreux  points à la version ciné de Terry Gilliam.

 

 

 

source image : http://www.smart.co.uk/dreams/gang.jpg

Cette image nous montre les fidèles acolytes du Baron de Münchhausen. Chacun d’eux possède un pouvoir spécial.

 

LES AVENTURES DU BARON DE MUNCHAUSEN (film de Terry Gilliam, 1989)

 

 

J’ai beaucoup aimé ce film.  Je l’ai vu trois fois ( à sa sortie, ensuite en 2004 et enfin cette année), et à chaque nouveau visionnage j’ai l’impression d’y découvrir de nouvelles choses, comme quoi les bons contes restent une source inépuisable….

 

 

la bande annonce du film. C’est Robin Williams qui joue le rôle du roi des sélénites et  Uma Thurman incarne la déesse Vénus

 

 

LES ACOLYTES DU BARON :

 

Egalement présents,  parfois sous d’autre noms, dans « le secret des sélénites » (article « le secret des sélénites » ici http://www.unblogreveur.net/article-34674762.html ) et dans une version dessin animé du baron Münchhausen, les acolytes du baron sont :

 

      -     Berthold, qui court à des milliers de  lieues à l’heure

-         Gustave qui possède un souffle aussi puissant qu’une tornade

-         Albrecht, homme à la force d’un colosse

-         Adolphus, tireur d’élite hors pair

 

Un des acolytes possède une ouie surhumainement fine….

 

 

Synopsis du film version Terry Gilliam:

 

Ca se passe au « siècle des lumières ». L’ennemi Turc est au portes de la ville se trouvant  à deux doigts de tomber. Mais cela n’empêche pas certains des habitants d’aller au théâtre voir une pièce contant « les aventures du Baron de Münchhausen », (ce baron qui dit être ami avec le sultan). 

La pièce commence, mais c’est alors qu’un intrus l’interrompt. Ce vieil homme prétend être le vrai baron de Münchhausen. Il affirme alors que la pièce est truffée d’erreurs et veut raconter sa propre version des « vraies »  aventures fabuleuses du baron….

Il est immédiatement apostrophé par le directeur du théâtre qui vénère et impose le culte inconditionnel et absolu de la logique. Cet homme est attaché à l’idée d’anéantir toute forme de rêverie et de fantaisie. Ce dernier menace de fermer le théâtre si ce prétendu baron de Münchhausen ne cesse pas immédiatement de raconter sa version de l’histoire. Pendant ce temps, les portes de la ville et le bâtiment du théâtre sont sur le point de céder….

 

 C’est alors que commence toute  une série d’aventures, reprenant certains des passages célèbres du conte du Baron de Münchhausen.

 

 

 

dans cet extrait du film:

Uma thurman , incarnant ici Vénus, fait connaissance avec le baron de Münchhausen….

 

 

 

 

QUELQUES PASSAGES CELEBRES REPRIS DANS LE FILM

Le baron ira ainsi sur la lune, pour rencontrer ses habitants dont la tête se détache du corps : les sélénites.   Leur tête amovible représente leur vie spirituelle, tandis que leur corps représente leurs désirs et besoins corporels. Le hic c’est que leur tête et leur corps sont très souvent en conflit mutuel….

Dans le conte , hors film, le thème du voyage sur la lune en quête d’immortalité et de jeunesse éternelle est une grande constante de ces voyages fabuleux….

 

Sans doute est il important de noter que les sélénites  (également nommés « séléniens ») ont de profondes origines culturelles/littéraires :

 Dans la mythologie grecque Séléné est la déesse de la lune (mais parfois on l’assimile en partie aussi à Diane). Cette divinité lunaire possèderait le secret de l’immortalité.

 Lucien de Samosate  était un satyriste syrien du 2 e siècle, il écrivait en grec. Il semble avoir été le premier auteur à parler des sélénites :  les habitants de la lune. Il évoque la nature des relations diplomatico-stratégiques entre sélénites et héliotes, (NB :les héliotes sont les habitants du soleil). Lucien de Samosate parle également de divers autres peuples habitants la lune, mais aussi de la faune animale lunaire…   éléments plus ou moins repris dans le film «le secret des sélénites »). Parmi les œuvres de Lucien de Samosate, ces thèmes et éléments  du Baron Munchausen sont évoqués dans « Histoire véritable » et dans « Dialogues des dieux ».

(un site avec une traduction française de l’oeuvre du « délirant » et imaginatif Lucien ici http://www.mediterranees.net/mythes/lucien/index.html  )

 


quelques extraits du film. On y voit entre autres le roi des sélénites campant un cavalier Hyppogype assez délirant qui se révèle très fidèle à la description antique que Lucien de Samosate avait faite à propos des Hippogypes

 

 

Un autre élément récurrent dans le film : la mort, grande faucheuse en personne, viendra tenter quelques incursions à chaque fois que la volonté de rêve du baron et de son entourage s’affaiblira et aussi à chaque incursion des intégristes du culte de la raison, voulant mettre fin à l’espoir naissant d’évasion par le rêve et la fantaisie (espoirs oniriques qui sont les raisons de vivre du baron et de ses acolytes …… )

Entre autres étapes et éléments d’exploration dans les fabuleux voyages de ce film, le baron  sera confronté à un monstre marin ….,

Egalement au programme du film : le baron ira chez Vulcain entouré de ses cyclopes, dansera avec la déesse Vénus…. On connaîtra aussi Bucéphale, le légendaire cheval du baron.

Je ne vous raconte pas tout, mais

 il y a un tas d’autres choses… ….

 

On trouve dans ce film deux éléments eux aussi très sympathiques : un humour décalé faisant des allusions à notre monde actuel, mais également tout un phénomène de « boucle » et un subtil jeu d’interaction entre passé légendaire et présent mis en scène par la dualité « pièce de théâtre /ce qui se passe autour de et dans la salle de théâtre ».  En effet l’histoire contée par la pièce et l’action dans la salle et autour de la salle s’alternant et s’influençant mutuellement, mêlant rêve et réalité ….

J’ai trouvé les décors, les créatures et l’ambiance du film vraiment sympas, et toutes les scènes marrantes le sont volontairement.

 

 

CE QUI EST CERTAIN CONCERNANT LE VRAI BARON DE MUNCHAUSEN

 

Karl Friedrich Hieronymus Freiherr von Münchhausen, né le 11 Mai 1720 à BODENWERDER a combattu pour l’armée russe pendant 10 ans en Crimée. Il y combattit les Turcs de l’empire Ottoman, c’était dans les années 1740. C’est  lors de son retour en Allemagne en 1750 , que ce désormais capitaine de cavalerie raconta sa « biographie » à l’écrivain Raspe.

Ce Baron ayant une réputation de menteur fabulateur donna malgré lui son nom à la pathologie psychiatrique nommée « syndrome de Münchhausen ».

 

 

 sur cette vidéo : une version dessin animé du Baron Münchhausen

 

 QUELQUES EXEMPLES DE LA PORTEE PHILOSOPHIQUE DU CONTE

 

 1) Les histoires  merveilleuses du Baron de Münchhausen , (qu’elle soient vraies ou non, qu’il mente volontairement ou qu’il soit mythomane, ou qu’il ait réellement ou non accompli ces faits dans la légende) m’ont clairement l’air de critiquer des limites de la logique  et de la raison. Thème très bien illustré dans le film de Terry Gilliam.

Concernant cette critique du culte inconditionnel de la logique, le philosophe  Hume (ou Locke….mes cours de philo sont trop profondément enfouis dans les cartons..) , appuyé par la légende du baron Münchhausen , critique la « loi de causalité » avec  la citation qui disait en gros (souvenir approximatif de citation; désolé j’ai pas retrouvé la phrase exacte) :

 

« la glace fond si on l’attache  sur le dos de l’éléphant,  mais est-ce forcément et systématiquement  à cause du soleil » ?

(libre à chacun d’y méditer…)

 

 

 

fabuleux baron  de Munchausen nageant avec son cheval Bucéphale……

source image : http://filmfanatic.org/reviews/?p=3638

 

 

2) Paradoxalement et simultanément à cette critique de la logique « absolue » :  il n’est jamais aisé de savoir si le baron dit la vérité, une « demi-vérité » enjolivée, ou encore s’il ment volontairement ou si il est mythomane. Je crois qu’il s’agit ici d’un bel exemple de la nécessité d’esprit critique, du moins de prudence dans ses jugements et croyances. Dans le film on voit d’ailleurs parfois une petite fille demander au baron si oui ou non il ment, et le baron de lui esquisser en réponse  un sourire amusé et complice.       

Le baron de Münchhausen est il un super tutorial d’exercice « anti mystification » ? Une façon de dire que les légendes sont évidemment des mensonges mais contiennent également souvent une « part de vérité » ? Mais quelle « vérité » ? Par rapport à qui ? A quoi ?  

(Dans le film un dialogue entre le baron et le directeur du théâtre, accusé de frelater le conte, mais également l’entrain avec lequel dans les divers livres les aventures fabuleuses du baron se sont développées me laissent peu de doute quand à la volonté du conte de soulever toutes ces questions…….)

 

 

3) De plus , ce message philosophique posant les limites  de « l‘esprit des lumières » est probablement inspiré des vues de Newton mais aussi peut être de son contemporain Locke qui avait dit « rien n’est dans l’esprit qui n’ait d’abord été dans les sens »….

 

Dans une veine similaire, je vous laisse juger si oui ou non ce conte du baron Münchhausen peut avoir voulu entre autres remettre au goût du jour l’antique mythe et concept de la « réminiscence »  rendu célèbre par Socrate et Platon …..

(à ce sujet un petit topo ici http://agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/Reminiscence )

«Rien n’est dans l’esprit qui n’ait d’abord été dans les sens»

 

 

NB : les thèmes du conte du Baron Münchhausen sont tellement vastes et divers qu’évidemment cet article n’a pas la prétention de faire le tour de tous les aspects de ce conte…









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17 octobre 2009 6 17 /10 /octobre /2009 02:11




                

  Ce récit est un conte normand.

Il était une fois un jeune chiffonnier nommé Kiou Cher (Kiou Cher signifie « petit chéri »). Ces parents l’avaient nommé ainsi et ça lui était resté.

Avec sa carriole il faisait du commerce itinérant de chiffons, de peaux de lapins et de ferrailles.

 

 Un jour, alors que son travail l’amenait à traverser une forêt, il vit dans une clairière une pie, un lion et une fourmi qui se disputaient la dépouille d’un animal mort.

Le lion s’avança en rugissant vers un Kiou Cher qui croyait bien que sa dernière heure était venue.

Le lion prit la parole :

« nous ne parvenons pas à nous mettre d’accord sur le partage de cette proie. Si tu découpes toi-même une part pour chacun de nous, tu mettras fin à notre différent et tu en recevras récompense ».

Bien que saisi de peur, Kiou Cher sortit son couteau et découpa la bête en trois parts égales.

Le lion dit alors :

« merci, ta récompense sera la suivante :

enlèves un poil de ma queue et gardes le précieusement. Si d’aventure tu as besoin de ma force, ce jour là il te suffira de dire ‘ par le pouvoir de mon poil de lion, que je sois lion’ et tu deviendras lion . »

La pie arriva vers Kiou Cher et dit à son tour :

« enlèves une plume  de sur mon aile et gardes la précieusement. Si d’aventure tu as besoin de voler, ce jour là il te suffira de dire ‘ par le pouvoir de ma  plume de pie, que je sois pie’ et tu te transformeras en  pie. »

Enfin la fourmi s’approcha de Kiou Cher et lui dit :

« enlèves une de mes pattes et gardes la précieusement. Si d’aventure tu as besoin de devenir d’une taille minuscule, ce jour là il te suffira de dire ‘ par le pouvoir de ma  patte de fourmi, que je sois fourmi’ et tu te changeras alors en fourmi. »

 

 

Kiou Cher prit alors congé d’eux et continua sa route.

Il arriva dans un village. Il cria alors à tue tête pour que les gens de toutes les maisons entendent qu’il avait des ferrailles, des chiffons et des peaux de lapins à vendre. Mais le village demeurait désert et silencieux, aucune réponse ne se fit entendre et toutes les maisons avaient leurs volets fermés.  Cette apparence de « ville fantôme » surprit Kiou cher….Sans doute Kiou Cher craignait-il qu’un Carot ait ensorcellé le village. (4)

Mais il rencontra enfin une vieille femme qui était assise à son rouet devant sa porte.

-« êtes vous la seule habitante du village » demanda Kiou Cher.

-« ah mon pauvre sire, les gens restent tous barricadés chez eux à cause du Corps-Sans-Ame ! » répondit la vieille femme.

-« c’est quoi le Corps-Sans-Ame ? » répliqua Kiou Cher

-          « Un homme de force colossale et  de taille Gigantesque, il a Sept Têtes. Il habite dans une tour sur un rocher au milieu de la mer. Il a capturé la fille du roi, le Corps-Sans-Ame retient la princesse prisonnière dans sa tour au milieu de la mer. Le roi à promis que celui qui tuerait ce monstre géant aura pour récompense d’épouser la princesse délivrée. Tous les hommes jeunes et forts qui ont essayé ont tous été dévorés par ce monstre. » lui expliqua la vieille femme.

 

 

Kiou Cher décida alors d’aller délivrer la princesse. Il laissa sa carriole dans ce village : il partit en route vers la mer, à pieds.

L’histoire ne dit pas si oui ou non Kiou Cher, à pieds et donc vulnérable rencontra à travers bois, villages et champs vallonés quelque milloraine (1) ou dame verte, ni si il croisa en route des brigands, dragons ou serpents géants (cf mes autres articles du blog à ce sujet).

En tous cas,  qu’il soit ou non passé par le pays des margriettes (3) ou par un autre chemin, toujours est-il qu’ après trois jours de marche, Kiou Cher arriva dans un grand pré bordé d’une falaise qui surplombait la mer. Là se tenait un bouvier gardant un troupeau de très nombreux bœufs : de quoi tenir pendant dix sièges pour des légions entières !!!

Kiou cher lança :

« dis moi mon gars bouvier, tu saurais ou que c’est la tour du Corps-Sans-Ame ? »

« Oui mon jeune gars, c’est moi son bouvier. Je m’occupe de ses bœufs, il les dévore ensuite quand je les ai bien engraissés, parceque lui il lui faut sept gros bœufs à manger tous les jours. Mais si je te dis le chemin et qu’il l’apprend, il me mangerait aussi. » répondit le bouvier.

-          « n’aies crainte, je suis venu pour tuer ce monstre. Dis moi ou est sa tour et tout le pays sera délivré » rétorqua Kiou Cher.

Mais le bouvier épouvanté lâcha alors son bâton et s’enfuit à toute vitesse : Kiou Cher entendit alors derrière lui un effroyable mugissement. Kiou Cher se retourna et était désormais en face de ce monstre géant aux sept têtes humaines plus effrayantes les unes que les autres. L’heure de la confrontation entre Kiou Cher et le Corps-Sans-Ame avait enfin sonné !!!

 

 

Le jeune chiffonier lança « je suis Kiou Cher et je viens te tuer »

Kiou Cher sortit aussitôt de sa poche le poil de lion et prononça la formule magique :

-«  par le pouvoir de mon poil de lion, que je sois lion »

Ainsi métamorphosé en lion, Kiou Cher bondit sur le monstre dont il arracha les sept têtes avec sept coups de dents. Le cadavre du monstre gisait dans le pré.

Le bouvier soulagé et émerveillé arriva vers Kiou Cher pour lui dire enfin :

« la tour se trouve tout droit là-bas, au milieu de la mer, derrière ce rideau de nuages ».

 

 

Kiou Cher dit alors « que je redevienne homme », puis redevenu homme, il rangea le poil de lion dans sa poche dont il sortit sa plume de pie. Il dit alors : «  par le pouvoir de ma  plume de pie, que je sois pie ».

Transformé en pie, Kiou Cher s’envola d’une traite au dessus de la mer. Après avoir franchi l’épais rideau de nuages, Il arriva bientôt à la tour. Une très grande tour noire fermée par une porte en fer de taille gigantesque. Kiou Cher se posa au pied de la tour, se retransforma en homme, et réfléchit brièvement à la façon d’entrer dans la tour. C’est alors qu’il pensa à prendre la patte de fourmi. Il dit « par le pouvoir de ma  patte de fourmi, que je sois fourmi ». Kiou Cher devenu fourmi réussit ainsi à passer sous la grande porte.

Il finit par trouver la princesse, morte de peur au fond d’un sombre cachot. Kiou Cher lui dit alors

-« je vous ramène chez votre père »

-« mais comment allez vous faire ? » lui répondit la fille du roi.

-« il vous suffira de prendre cette patte de fourmi tout en me tenant la main avec votre autre main. A mon signal vous prononcerez la formule que je vous dirai ».

C’est ainsi que la princesse se transforma en fourmi et Kiou Cher en pie. La fourmi grimpa sur le dos de la pie. Il survolèrent alors la mer d’une traite, puis arrivèrent sans encombre chez le roi.

 

 

Le roi était évidemment fou de joie de retrouver sa fille, mais était rebuté à l’idée de marier sa fille avec le chiffonnier qu’était Kiou Cher. De plus, un seigneur des environs souhaitait épouser la princesse et voulait donc évincer son rival Kiou Cher qui, lui, ne se doutait de rien.

Au Palais Kiou Cher savourait les honneurs, les compliments et la vie de rêve qui lui était alors offerte depuis peu. De plus il vivait un amour réciproque avec la princesse.

Pourtant un jour le seigneur (secrètement rival amoureux de Kiou Cher) arriva et proposa très gentiment à Kiou Cher , avec force flatteries, d’aller faire une promenade au bord d’une falaise. Peu méfiant, Kiou Cher accepta. Une fois sur le sentier, le seigneur jaloux poussa Kiou Cher qui tomba de la falaise. Le seigneur rentra au palais en feignant d’avoir les membres endoloris et avait déchiré ses manches pour rendre le récit plus crédible. Il dit aux gens du palais que Kiou Cher était accidentellement tombé de la falaise en trébuchant sur une pierre et qu’il avait tenté en vain de ratrapper Kiou Cher.

 

Au cœur de ces intrigues de cour, le conte ne mentionne malheureusement pas si oui ou non ce château était le repaire secret d’un  Goublin ….(2)

 

Croyant Kiou Cher mort, la princesse pleurait. Le roi quant à lui, faisait semblant d’être triste (mais était  secrètement content à l’idée que la princesse épouse ce seigneur). Le mariage entre la princesse et le seigneur étaient prévues pour bientôt. La princesse regretta si amèrement la disparition de Kiou Cher, qu’éffondrée,  elle n’avait même pas la force de refuser d’épouser le seigneur.

Le jour du mariage, au tout début de la cérémonie Kiou Cher en personne entra dans la salle et se prosterna devant le roi. Le seigneur félon, pris de panique, chercha à fuir. Mais Kiou Cher dit aux gardes de fermer les portes, ils s’exécutèrent.

Kiou Cher raconta alors à l’assemblée que le seigneur le poussa du haut de la falaise et que dans sa chute, peu avant de toucher l’eau, il s’était transformé en pie avec sa plume de pie. Il raconta comment, une fois devenu pie il s’envola pour aller sur le toit du palais.

La princesse, folle de joie sauta au cou de Kiou Cher et demanda à son père d’épouser Kiou Cher conformément à la promesse formulée par le roi à l’époque où le Corps-Sans-Ame terrorisait la région.

 

Le seigneur traître fut jeté en prison. Kiou Cher et la princesse vécurent heureux, longtemps et sereinement car il gardaient toujours précieusement dans un coffre le poil du lion, la plume de pie et la patte de fourmi.

 

FIN DU CONTE

(diverses versions de ce conte existent dans de nombreuses régions, mais j'ai trouvé sa version normande uniquement dans "contes et légendes de Normandie " de Marie-Hélène Delval qui vous donnera de plus amples détails sur ce conte)

 

NB : il s’agit de ma retranscription de ce très ancien conte, désolé par avance des éventuelles imprécisions ….

 

 

 

Notes d’ambiance :

(1)     dans les légendes normandes, les milloraines c’est un peu comme les « dames blanches » sauf que les milloraines sont des créatures femme de très grande taille, vivant dans les forêts. Elles ne viennent tourmenter et jouer des tours aux voyageurs que si ces derniers viennent leur adresser la parole. Certaines fois  il leur arrive pourtant de se tapir dans les branches des arbres, en attendant de sauter  sur les chevaux des voyageurs alors  submergés par ce poids excessif,  et ce dans le même but que quand métamorphosées en chevaux elles prenaient sur leur dos le voyageur pour l’emmener dans l’eau et l’y noyer .  D’autres fois elles atterrissent directement de tout leurs poids sur les épaules des voyageurs surpris et aveuglés.  Certains ont dit que les milloraines étaient des lavandières de nuit rencontrables au bord des lavoirs. Elles lavent au clair de lune les linges des morts. Elles peuvent demander à qui les aperçoit de laver le linge à leur place, si ce voyageur imprudent lave mal le linge, elles lui cassaient les os des bras puis l’abandonnaient dans l’herbe. 

 Les dames vertes quand à elles se rencontrent uniquement dans les forêts normandes (et pas dans les lavoirs), si un sorcier leur en donne l’ordre elles peuvent s’en prendre à un braconnier ou à un voyageur en le poursuivant avec une violence furieuse.

(2)     Quasiment chaque château normand, chaque maison ou souterrain secret avait son goublin (alias « gobelin ») qui veillait sur son trésor, qui rendait parfois quelques services, mais qui aimait beaucoup jouer des tours…. Gobelins qui sont eux aussi très présents en Angleterre, évidemment…

(3)     « le prince a tête de singe » est quand à lui un conte normand que l’on trouve aussi parfois sous le titre « le pays des margriettes », article narrant ce conte, ici http://www.unblogreveur.net/article-30352700.html     (la version « le prince à tête de singe »), la version à la fin différente et intitulée « pays des margriettes » est à la bibilothèque de Lisieux, vous pouvez la lire sur ce lien-ci   http://www.bmlisieux.com/normandie/contes02.htm   ) 

(4)     dans les vieilles croyances normandes certains sorciers des villages étaient appelés « carats/carots » : les gens croyaient qu’ils jetaient des sorts qui tuaient les vaches, qu’ils jetaient des sorts donnant des maladies aux hommes.

 

 

 

 

 

 

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17 avril 2009 5 17 /04 /avril /2009 12:23





                         

« Le prince à la tête de singe » ou "pays des margriettes" est un conte classique du terroir normand. A ma connaissance, cette histoire a fait l’objet d’au moins une adaptation théâtrale peu médiatisée.

 

LE CONTE

 

 

Une malédiction lourde à porter :

Il était une fois , dans la région de Carentan ,un roi et une reine qui eurent bien du mal pour avoir enfin un enfant. Les parents, fous de joie, invitèrent toutes les fées locales au baptême du bébé nommé Raoul. Mais ils oublièrent d’inviter la fée des Margriettes (l'intendant avait omis sur la liste d'invitations le nom de la fée qui n'est autre que .... Mélusine). La fée contrariée et vindicative se rendit à la fin de cet office religieux, elle pointa le berceau avec sa baguette et déclara que l’enfant aura donc un visage humain la nuit, mais un visage de singe aux heures diurnes. Elle ajouta que cette malédiction sera brisée quinze jours après son mariage. Mais elle précisa enfin que si quelqu’un découvrait son visage humain avant cette échéance, le prince appartiendrait dès lors à cette revancharde fée des Margriettes. Sur ce, elle disparut. ("margriette" est un terme désignant, je crois) les marguerites). 

 

 

La jeunesse du prince :

 

Les années passèrent, le prince Raoul grandissait, ses parents l’aimaient, son amabilité et son intelligence compensaient tant bien que mal ce visage simiesque si difficile à porter.

Quand il eut l’âge requis, ses parents voulurent le marier dans le but de mettre fin à ce mauvais sort (la malédiction annoncée par la fée voulait que le prince retrouverait son visage humain seulement 15 jours aprèes ses noces et pas avant). Le prince pensait que son apparence dégoûterait toutes les filles du royaume. Mais le père voulut essayer coûte que coûte.

 

La « scène de l’orange » :

 

Le roi donna une orange à son fils. Le prince devait juste donner ce fruit à la fille qu’il choisirait parmi toutes les filles du royaume à qui le père avait ordonné de venir au château. Après avoir dévisagé toutes ces filles , le prince sentait bien que sa tête de singe induisait un malaise teinté de peur et de gêne chez ces filles. Et le prince ne voulait surtout pas épouser une femme qui aurait été forcée. Il quitte donc la salle sans donner l’orange à personne, et partit s’isoler dans sa chambre.

Mais les gardes firent venir une fille qui traînait près du puits : une fille de cuisine (ou bergère, selon les versions) qui n’avait pas eu connaissance de cette convocation du roi (certaines versions du conte la prénnomment Fanchon). Elle  fut donc présentée au prince, elle portait des habits misérables, son visage était couvert de suie, mais si l’on en faisait abstraction : elle était visiblement jolie.

Elle regarda le prince à tête de singe avec gentillesse et sans aucune crainte, le prince sut immédiatement que «c’est elle » : il lui tendit l’orange qu’elle accepta et il l’épousa.

 

La désormais princesse fut nettoyée et vêtue richement (elle fut pour cela confiée aux servantes de la reine qui lui firent un relooking complet), elle fila le parfait amour avec le prince, rien ne vint assombrir ce cadre parfait pour eux.

 

 

 

La face cachée de la nuit :

 

Mais la princesse crut déceler que la nuit quelque chose changeait chez son mari. Ne pouvant résister à cette dévorante curiosité, lors du troisième jour de doute, elle profita du sommeil du prince pour allumer une bougie et se pencher au dessus de son visage. Elle fut alors stupéfaite de voir que le prince avait un visage humain d’une grande beauté !!!!

Mais une goutte de cire chaude glissa de la bougie et vint ainsi réveiller le prince. Il devint désemparé et expliqua à sa femme qu’il ne lui restait plus que douze jours avant d’être délivré : « ta curiosité fait que j’appartiens désormais à la fée des Margriettes » lui expliqua-t-il. La fée apparut alors, et elle emmèna le prince avec elle dans un tourbillon.

La fille se retrouva alors seule et bien triste…

 

Les errances d’une princesse déchue :

 

Apprenant cette notoire nouvelle, le roi et la reine étaient furieux après la fille et lui ordonnèrent de quitter le palais. Errant pendant des jours dans la campagne, seule et désoeuvrée, elle reprit peu à peu le courage dont elle aurait besoin pour aller retrouver son mari et l’arracher du joug   de la fée des Margriettes.

Seulement voilà : elle ne savait pas quel chemin emprunter.

Elle aborda donc une très vieille femme se tenant au seuil de sa porte et lui demanda si, elle qui était si vieille et devait donc connaître bien des choses, pourrait lui indiquer l’emplacement du pays des Margriettes.

La vieille ne savait pas , mais elle lui donna trois amandes et lui dit qu’elle pourra casser une amande et faire un vœu si elle se retrouvait en danger.(Dans d'autres versions, elle croisa alors trois fées qui lui remirent troix noix magiques).

La jeune fille poursuivit sa route à travers la forêt, mais elle croisa soudain une bande de brigands. Ces derniers,  croyant sentir un riche butin potentiel, capturèrent la fille.

 

A la moitié de la nuit, quand les bandits dormaient, la fille cassa une amande/noix et fit le vœu de se retrouver téléportée de l’autre coté de la forêt. Aussitôt dit aussitôt fait : elle était dans la foret, libre et elle aperçut une lumière provenant d’une maison. Elle frappa à la porte et demanda à la très vieille femme venant lui ouvrir si , elle (qui était si vieille et qui devait savoir bien des choses, encore une fois..) savait où se trouve le pays des Margriettes.  Elle ne savait pas non plus, mais son cochon , lui, s’y rendait certaines nuits : certains matins elle trouvait sous ses sabots des herbes poussant uniquement au pays des Margriettes.

La fille passa donc la nuit suivante dans la paille, aux cotés du cochon.  A la tombée de la nuit le cochon s’en alla, elle le suivit : elle arriva ainsi au pays des Margriettes.

 

 

Le pays des Margriettes et le dénouement :

 

La jeune femme arriva face à une splendide château : dans la cour des valets habillés d’or et d’argent s’affairaient en tenant des torches, des plumes flottaient partout dans l’air , mêlées à une forte odeur de feu : un festin doit se préparer, peut-être.

Pour en avoir le coeur net , elle demanda à une enfant s’occupant des oies. L’enfant confirma : il s’agissait du mariage de la fille de la fée des Margriettes avec un jeune prince très beau et très triste.fanchon se trouvait donc désormais devant le château des margriettes. 

Fanchon avait donc retrouvé la trace de son prince, et elle échangea aussitôt ses habits de princesse avec les guenilles de l’enfant, elle se salit le visage avec de la terre, et partit frapper aux portes des cuisines afin d’être embauchée : elle fut acceptée pour laver les cuisines et la vaisselle, les responsabels d ela cuisine ne voulaient pas refuser en un tel jour une occasion pour une fille sasn fortune de se faire un peu d'argent. Elle apprit ainsi que le mariage devait avoir lieu dans deux jours. Elle réalisa alors que ce même jour coïnciderait avec le quinzième jour suivant son mariage à elle.Les versions varient concernant l'usage que Fanchon fit de la deuxième amande/noix: 

 

1° a nuit suivante elle cassa la deuxième amande pour se retrouver immédiatement dans la chambre du prince. Le lit était caché par des rideaux. Elle tira les rideaux, et reconnut son prince qui dormait et se réveilla aussitôt.

2° Dans d'autres versions Fanchon qui travaillait dans les cuisines alla faire un tour dans le parc du château, c'est alors qu'elle croisa Raoul, avec son visage humain. (En plein jour , ce qui sous entend que les noces de raoul avec la fille de Mélusine ont donc eu lieu dans cette version là). Fanchon réflechit et se servita alors des noix que lui avaient donné les trois  fées, elle jeta les noix au sol et il en sortit un imposant et luxueeux rouet (un "tro) serti de diamants et d'escarboucles). Elle venait de trouver une stratégie pour approcher le prince: elle croisa la fille de mélusine qui convoitait ce rouet/tro (sans doute en raison des diamants et des supposés pouvoirs de l'escabourcle). Fanchon répondit "d'accord mais a condition que je puisse passer une nuit avec le prince". 

 

Toujours est il que Fanchon se retrouva donc dans la chambre du prince. 

Fous de joie ils tombèrent dans les bras l’un de l’autre. Le prince lui avoua redouter l’échéance proche de son mariage forcé avec la fille de la fée.

La princesse le rassura alors en cassant la dernière amande : ni une ni deux ils se retrouvèrent dans le palais de leur pays d’origine.  le couple princier triompha ainsi de la fée des Margriettes.

 

Le roi céda bientôt le trône à son fils. Ce dernier, définitivement  libéré de cette terrible malédiction, passa le reste de sa longue vie heureux  avec sa courageuse épouse. (les parents du prince lui avaient pardonné, évidemment)

 

Fin du conte

 

 Mes sources que j'ai compilées pour tenter de réécrire ce conte dans cet article: 

 

"Contes et légendes de Normandie" (Marie-Hélène Delval)

 

"Contes et légendes de Basse Normandie" (Henry Panéel)

 

et http://www.bmlisieux.com/normandie/contes02.htm


 

 

 

 

 

 

 

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Published by Benoitreveur - dans Contes
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