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2 mars 2017 4 02 /03 /mars /2017 00:31

 

La nymphe Aréthuse est fille de Doris et de Nérée. Elle fait donc partie des néréides malgré de possibles différences avec certaines de ses sœurs …. Une des Hespérides porte également ce nom. Cet article traitera uniquement de la nymphe.

(Le livre II, chapitre V, de la bibliothèque d’Appolodore l’athénien , au moment de relater le onzième des travaux d’Hercule/Herakles (les pommes d’or du jardin des Hespérides), mentionne le nom des quatre Hespérides , dont Aréthuse).

 

Les péripéties de la nymphe : résumé

Aréthuse à la grande beauté faisait partie du cortège de Diane/Artémis (avec qui elle avait en commun le fait de ne pas chercher à avoir des aventures avec des hommes). Le dieu-fleuve Alphée avait des vues sur la nymphe. Cette dernière se trouvait au bord de l’eau de la forêt Stymphale. Aréthuse ne partageait pas son attirance et chercha donc à fuir son poursuivant qui venait de se transformer en humain. Elle invoqua Artémis puis fut changée en fontaine à force de transpirer (elle redoutait les possibles assauts de l’entêté prétendant). La divinité fluviale redevint eau, afin de fusionner avec la néréide métamorphosée. Le dictionnaire de mythologie de Grimal nous rappelle que selon une autre légende, Alphée épris d’Artémis fut éconduit par cette dernière. Il ne la reconnut pas car elle avait mis de la boue sur son visage. Dans une autre version, elle aussi relatée par Grimal, Alphée poursuivit Artémis jusque sur l’ile d’Ortygie.

Concernant les autres néréides j’avais écrit un article sur le sujet ici http://benoitreveur.over-blog.com/article-les-nereides-118497905.html

Chez Homère

Dans l’Iliade le fleuve Alphée inonde souvent les terres des pyliens. On peut y lire également que le dieu fleuve Alphée est père d’Orsiloque (qui enfanta ensuite Dioclès).

Dans le chant XIII de l’Odyssée, il est fait mention d’une roche coracienne /rocher de Corax situ(é)e non loin d’une fontaine Aréthuse : ce serait là qu’Ulysse pourrait trouver Eumée. (Sauf erreur de ma part il s’agirait ici d’une fontaine homonyme à Ithaque, probablement de la Cypara recensée par Etienne le géographe, comme expliqué dans le « grand dictionnaire géographique et critique »).

Chez Hésiode
Dans « les travaux et les jours » , il est fait mention des traits et de l’arme d’Aréthuse et de sa redoutable réputation forestière.
La théogonie présente Alphée comme fils de Téthys et d’Océan.

Chez Virgile

Dans les bucoliques X, le début évoque Aréthuse dont les eaux coulent sous les flots de Sicile.

Chez Diodore de Sicile

Dans l’ « histoire universelle » de Diodore, Tome UN livre V, 3, on apprend que Syracuse serait consacrée à Diane et que des nymphes auraient fondé une fontaine Aréthuse en hommage à Diane sur l’ile d’Ortygie. On peut y lire ensuite que cette fontaine regorgeait de poissons consacrés à Diane. Ceux qui touchèrent aux poissons furent punis par la divinité.

 

 

Dans les métamorphoses d’Ovide
Dans le chant V il est d’abord question de la proximité géographique des eaux d’Aréthuse avec le lac Cyané. Plus loin dans ce même chant Aréthuse raconte pourquoi elle quitta l’Elide et pourquoi elle devint une source sacrée. Elle affirme ne pas avoir tiré parti de sa grande beauté lorsqu’elle faisait partie des nymphes de l’Achaie : pour elle le don de plaire constituait un crime. Un jour, en revenant de la forêt de Stymphale elle se baignait dans un ruisseau quand Alphée chercha à la capturer du fond de l’eau. La nymphe chercha à fuir mais il la poursuivit. Elle parvint au mur d’Orchomène et passa le mont Cyllène , le Ménale et Erymanthe avant d’arriver en Elide. Alors que la fatigue s’emparait de la nymphe, Alphée la rattrapa. Aréthuse invoqua Diane dont elle avait souvent porté les flèches et le carquois. La déesse fit apparaitre un nuage qui dissimila la nymphe. Cette dernière, craignant d’être découverte et capturée, transpira tellement qu’elle se retrouva changée en fontaine. Alphée comprit ce qui venait de se passer et adopta à nouveau la forme d’un fleuve afin de mélanger ses eaux avec celles d’Aréthuse. Diane pratiqua une ouverture dans le sol. Les eaux d’Aréthuse s’écoulèrent sous terre vers l’Ortygie (avant de reparaitre à ciel ouvert sur l’île). Une fois le récit de la nymphe terminé, la déesse des moissons partit sur son char tracté par deux dragons.

Chez Strabon

Dans la géographie de Strabon, livre VI , chapitre 2 (sur la Sicile et les îles Lipari ). Ortygie est décrite comme une île reliée à Syracuse par un pont. Le texte mentionne la fontaine Aréthuse et explique que selon certains mythographes, cette fontaine serait reliée au fleuve Alphée provenant du Péloponnèse et arriverant à Ortygie par voie souterraine. On dit qu’une coupe jetée dans le fleuve Alphée en Grèce serait ressurgie dans la fontaine Aréthuse sur l’île d’ Ortygie. Strabon affirme toutefois que la chose lui semble impossible sans se mélanger à l’eau de mer. Il estime donc qu’il s’agit uniquement d’une fable.

Chez Pline

Dans le livre XXXI de l’histoire Naturelle de Pline on peut lire que la fontaine Aréthuse aurait un goût de fumier pendant les jeux olympiques, cela découlerait de la supposée trajectoire souterraine du fleuve Alphée se jetant dans la fontaine.

 

Chez Pausanias le périégète (dans sa « description de la Grèce » livre V, section VII) :

Chez Pausanias on apprend qu’Alphée serait chasseur lui aussi et que la passion qu’Aréthuse avait pour la chasse faisait qu’elle préférait y consacrer toute son énergie plutôt que de penser aux hommes. Ce passage explique également que, selon la légende, Aréthuse ne se sentant pas attirée par Alphée s’enfuit vers l’ile d’Ortygie et qu’Alphée, se consumant d’amour pour elle, se transforma en fleuve afin de s’unir à Aréthuse devenue fontaine. On peut ensuite y lire que ce mélange des eaux est confirmé par l’oracle de Delphes. Selon Pausanias, cette caractéristique aquatique serait à l’origine de la fable. Toujours dans ce même passage consacré, entre autres, aux jeux olympiques, Pausanias explique qu’il existerait en Ionie un autre fleuve présentant les mêmes caractéristiques que l’Alphée.

Dans les dialogues marins (de Lucien)

Dans ce texte de Lucien de Samosate, le troisième dialogue se déroule entre Poséidon et Alphée. Ils expliquent qu’Alphée traverse la mer sous la terre pour aller se jeter dans sa fontaine bien aimée nommée Aréthuse. Neptune quitte Alphée en lui conseillant de mêler ses eaux à celles d’Aréthuse à condition d’avoir l’accord de cette dernière et , le cas échéant, il leur conseille de fusionner de manière à ne faire plus qu’un.

Fontaine Aréthuse

Comme l’indique la fin de la métamorphose, on dit souvent que le fleuve Alphée en Grèce traverserait la mer par voie souterraine pour se jeter dans la source Aréthuse dans le secteur de la Sicile (très exactement sur l’ïle d’Ortygie). Sur certaines pièces de monnaie figurait la tête d’Aréthuse aux côtés de poissons. De nos jours, la fontaine Aréthuse située sur l’ile d’Ortygie constitue un lieu touristique dans l’actuelle Syracuse.

Toutefois divers auteurs mentionnent diverses « fontaines Aréthuse » : Pline en mentionne une en Béotie (dans son « histoire naturelle » , livre IV , 12) et une autre en Eubée ( également mentionnée par Strabon : à Chalcis en Eubée , in « Géographie », X -1 - 13). Le « dictionnaire pour l’intelligence des auteurs classiques grecs et latins » (par F. Sabbathier) nous rappelle , sur cette même page que Selon Diodore de Sicile les poissons de la fontaine Aréthuse étaient sacrés car voués à Diane , par conséquent personne n’osait les toucher.

En outre un film d’Ingmar Bergman S’intitule « la fontaine d’Aréthuse ».

Autour de ce mythe

Dans l’article intitulé « la légende des amours d’Aréthuse et d’Alphée « , A Tomsin évoque une tradition liée à Moschus, colportant une version assez différente de celle mentionnant une métamorphose d’Aréthuse. Tomsin nous rappelle que parmi les traces intertextuelles antiques liées à ce mythe, il y a le thème de la pureté de l’eau, notamment chez Virgile. La suite de son article explique que le thème des amours lointaines inspira aussi d’autres poètes anciens avant de mentionner un possible lien thématique avec le mythe d’Hero et Léandre : le thème des amants que la mer n’a pas pu séparer.

Il me semble que la fin du mythe d’Aréthuse, lorsqu’Alphée redevient élément liquide pour s’unir physiquement à Aréthuse symbolise probablement l’union charnelle, ici illustrée par l’échange des fluides (et par la fusion évoquée chez Lucien). C’est de cette manière que je crois comprendre la phrase du dictionnaire Belfiore qui écrit qu’Alphée voulait unir ses eaux à celles de la fontaine Aréthuse. Ces métamorphoses me semblent aussi pouvoir plus ou moins illustrer les capacités changeantes et protéiformes du désir et de la séduction.

Le mythe d’Alphée et Aréthuse a inspiré de nombreux artistes.

Bien entendu cet article comporte sans doute son lot d’erreurs, omissions et/ou approximations.

Ci-dessous en illustration : « Alphée et Aréthuse » œuvre du peintre Carlo Maratta (1625 -1713) source image https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Alpheus_and_Arethusa_01_-_Carlo_Maratta.jpg

Bibliographie :

« Les métamorphoses « , Ovide

Hésiode ; théogonie, les travaux et les jours

Homère, l’Iliade et l’Odyssée.

« La légende des amours d’Aréthuse et d’Alphée « , A Tomsin , ( in l’antiquité classiqué , année 1940, volume 9, numéro 1 , P 53-56)

Le « dictionnaire pour l’intelligence des auteurs classiques grecs et Latins (par F. Sabbathier

Lucien de Samosate : Dialogues marins.

Strabon, Geographie

Pausanias : description de la Grèce.

Pline : histoire naturelle.

Dictionnaire de mythologie grecque et Romaine : Joel Schmidt
Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine. P. Grimal

Grand dictionnaire de la mythologie grecque et romaine , JC Belfiore, Larousse.

Grand dictionnaire géographique et critique , Bruzen de la Martinière.

 

 

 

Aréthuse (mythologies grecque et romaine)
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3 octobre 2015 6 03 /10 /octobre /2015 20:32

~~Il s’agirait d’une légende du Latium et d’Etrurie. Connue en tant que nymphe divinité des sources, Egérie (Lat.Egeria, ae, f) reste souvent liée à la Diane sylvestre. Parmi les auteurs antiques ayant parlé de cette nymphe, on peut citer notamment Ovide, Strabon, Plutarque, Virgile et Tite Live. Cet article ci-dessous vous propose les grandes lignes du mythe avant d’aborder ses symboles.

Généralités :

Le dictionnaire de mythologie grecque et romaine de Grimal nous rappelle qu’Egérie aurait vécu près du Mont Caelius à Rome (très exactement porte Capène, avec une source où les vestales viennent prendre l’eau). Grimal explique qu’Egérie est certaines fois présentée comme l’amante, d’autres fois comme l’amie de Numa Pompilius (cette supposée différence me semble provenir de la comparaison entre les versions de Tite-Live et d’Ovide). Le chant 15 des métamorphoses d’Ovide précise que Numa serait devenu souverain à la demande du peuple. L’image la plus commune demeure celle d’Egérie présentée comme épouse de ce monarque. Leurs entrevues se passaient la nuit. Elle inspira le sage roi dans sa manière de gérer efficacement Rome de manière pacifique. Selon Plutarque il semblerait que Numa fréquentait à la fois Egérie et les muses. Tite-Live (livre I) et Plutarque expliquent que Numa était Sabin et venait de Cures. Erudit et bienveillant, ce souverain transmit son avoir aux gens du peuple, il tenait sa science de la nymphe, à la fois épouse et conseillère. L’ouvrage intitulé « les plus belles histoires de la mythologie » (ed Nathan) nous rappelle que Numa avait mis en place un calendrier divisé en douze mois et avait consacré des périodes à chaque dieu. Plutarque nous apprend que ce roi sage fonda le collège des pontifes et aurait instauré des vestales. Il fonda aussi le collège religieux des flamines. Rome devint donc un lieu de culte tellement respecté que nul ne tenta alors d’attaquer la ville. Dans « les fastes » Ovide nous apprend que les entretiens entre Numa et égérie avaient lieu dans le bois de la vallée d’Aricie et au bord du lac de Diane. Cet ouvrage (les fastes) mentionne également les conseils qu’Egérie prodigua à Numa. Il semble s’agir d’une prévalence de la loi, de l’éthique sur la force, au point que le sage roi parvint à adoucir les meurtriers. La nymphe lui expliqua aussi comment conjurer la foudre : en capturant Picus et Faunus (elle lui donna également des indications sur la bonne façon de les attraper : dans un bois au pied du mont Aventin, Numa se cacha dans une caverne et appâta Faunus et Picus avec du vin). Chez Plutarque aussi il semble qu’égérie ait suggéré à Numa un stratagème pour capturer Faunus et Picus (qui y sont décrits comme équivalents de Pan et des satyres). Les fastes d’Ovide nous content que ces deux dieux (Faune et Picus) suggérèrent au pacifique roi d’aller rencontrer Jupiter. Une fois la révélation divine obtenue, un bouclier nommé Ancile tomba du ciel. Tout cela renforça la crédibilité du souverain sage et l’admiration dont il faisait l’objet au sein du peuple. Egérie fut donc considérée comme inspiratrice divine du chant de la fête des anciles. Chez Plutarque il s’agirait d’un bouclier rond d‘airain. Les muses auraient expliqué à Numa comment utiliser les pouvoirs de cet objet tombé du ciel. Befliore nous rappelle qu’Egérie était vénérée dans le bois d’Aricie par les femmes enceintes. Numa Pompilius allait voir sa conseillère dans sa grotte. Selon Tite live les camènes assistaient à ces entrevues dans leur bois Dans les métamorphoses d’Ovide il est écrit qu’après le trépas du sage roi, Egérie était inconsolable. Les nymphes ne parvinrent pas à apaiser son chagrin. Elle rencontra ensuite Virbius/Hyppolyte (fils de Thésée) qui tenta en vain de la consoler en lui (ra)contant sa mésaventure : accusé à tort d’avoir voulu souiller le lit de son père, Hyppolyte fut chassé d’Athènes. En route sur le rivage de Corinthe, il croisa un gigantesque taureau sorti d’une immense vague. Hyppolite fut détruit, les os brisés, les membres en lambeaux. Diane reconstitua son corps, changea son âge et son apparence et il adopta le nom de VIrbius. Mais cela ne changea rien à la peine ressentie par la nymphe. La veuve pleura tellement dans le bois d’Aricie que Diane d’Oreste, perturbée dans son culte et touchée par les sanglots de la veuve, transforma la nymphe éplorée en une fontaine intarissable. Cet endroit devint un lieu de pèlerinage. L’Enéide de Virgile (dans son livre 7) nous conte aussi cette histoire : Hyppolite face au monstre marin, Hyppolite massacré puis trouvé et sauvé par Diane ; une fois rebaptisé Virbius, Egérie veille sur lui dans le bois d’Aricie. Les fastes d’Ovide indiquent que dans cette forêt se trouverait un temple de Diane et qu’Egérie serait un ruisseau de sagesse situé dans les environs. En termes de pouvoir politique, le successeur de Numa fut Tullus Hostilius. Belliqueux, il était l’opposé du sage Numa. Selon la géographie de Strabon, la source d’Egérie se situerait non loin du moulin de Nemi. Selon Tite Live Numa aurait régné 43 ans. Les sources documentaires sur ces généralités figurent dans la partie « bibliographie » en fin d’article.

Symboles et dimension linguistique.

Belfiore nous rappelle que le terme « égérie est utilisé pour désigner les conseillères et inspiratrices des hommes ayant un pouvoir politique. Le dictionnaire Gaffiot explique que verbe latin egerere signifie au sens figuré : épancher, répandre, exhaler, rendre l’âme mais aussi .. rapporter (rédiger) des entretiens. De nos jours on nomme égérie une femme servant de modèle pour la promotion des marques de mode. Dans le « dictionnaire de mythologie et de symbolique romaine « (par Robert-Jacques Thibaud) il est écrit qu’Egérie était nymphe du peuplier noir, à savoir prêtresse de Proserpine. On y apprend aussi qu’elle serait liée aux peupliers bordant le fleuve Mémoire dans le royaume des morts gouverné par Pluton. De rares personnes pouvaient boire son eau, source de savoir. Dans « la mythologie, ses dieux, ses héros, ses symboles », Edith Hamilton explique que les camènes (dont égérie faisait partie) protégeaient sources et puits, soignaient les gens et avaient des pouvoirs de divination. L’ouvrage d’Hamilton et celui de J. Schmidt expliquent que les camènes furent assimilées aux muses lors de l’incorporation des cultes grecs dans la culture romaine. Parmi les camènes on trouve également Carmenta. Elle aussi avait le pouvoir de veiller au bon déroulement des grossesses. Egérie, inconsolable après le décès de Numa, est souvent présentée comme un exemple de fidélité au-delà de la mort. Ce serait dans le but de récompenser cette fidélité à toute épreuve et afin d’apaiser le chagrin de la nymphe veuve que Diane la changea en source. Dans une version de Plutarque, traduite et commentée par Dacier (« la vie des hommes illustres de Plutarque, traduite en François avec des remarques historiques et critiques »), il est rappelé que Lactance de Firmien et Tite Live pensaient que Numa feignit d’avoir des relations avec égérie (et se retirait en fait seul dans la grotte), afin de pratiquer tranquillement l’hydromancie en secret. Je suppose qu’un tel stratagème aurait permis aussi d’asseoir sa légitimité auprès du peuple : une image d’origine divine inspirait le respect au sein du peuple. Le Livre I de Tite live paraît suggérer l’idée selon laquelle Numa serait en fait un autodidacte. Tite live réfute l’hypothèse selon laquelle Pythagore de Samos aurait été le maitre de Numa (ils ne vivaient pas à la même époque et même s’ils avaient été contemporains, une rencontre entre les deux hommes aurait été très peu probable). Il semble que chez Plutarque les histoires liant Numa à des divinités sont considérées comme des fables ridicules. Concernant l’inspiration divine d’Egérie à Numa , il semble ressortir de Plutarque ce qui suit : « Il est naturel, j’en conviens, de croire que Dieu, qui aime non les chevaux ni les oiseaux, mais les hommes, se communique volontiers à ceux qui excellent en vertu, et qu’il ne dédaigne pas de converser avec un homme religieux et saint ; mais qu’un dieu, un être divin s’unisse à un corps mortel, et qu’il soit épris de sa beauté, c’est ce qui est difficile à croire. Les Égyptiens cependant font à ce sujet une distinction assez spécieuse : ils disent qu’il n’est pas impossible que l’esprit d’un dieu s’approche d’une femme, et qu’il lui communique des principes de fécondation, mais qu’un homme ne peut jamais avoir aucun commerce, aucune union corporelle avec une divinité. Mais c’est ne pas tenir compte du principe, Que ce qui s’unit à une substance lui transmet une partie de son être, comme il reçoit lui-même une portion de cette substance. Il n’en est pas moins vrai que les dieux ont de l’amitié pour les hommes : c’est de cette amitié que naît en eux ce qu’on appelle amour, et qui n’est, de leur part, qu’un soin plus particulier de former les mœurs de ceux qu’ils affectionnent, et de les rendre plus ver- 144 tueux. » (soure extrait http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/numapierron.htm ) Il y a visiblement divers niveaux de lecture dans ce passage.

Interprétations personnelles (NB ; ce qui suit sont mes impressions personnelles, à chacun d’avoir son propre avis sur la question) : Tite Live affirme que Numa avait fait construire un temple de Janus, dédié à la fois à la paix et à la guerre, afin d’adoucir les instincts belliqueux. Les humains devant évidemment composer avec leur agressivité naturelle, cette subtilité de Numa (canaliser l’agressivité plutôt que la réprimer) à des fins pacifiques, est-elle à rapprocher de l’idée contenue dans le fameux « SI vis pacem para bellum » ? ("Si tu veux la paix prépare la guerre ») Une approche éthique et pratique de la paix et de la résolution des conflits me semble plus viable et plus efficace qu’une approche dogmatique de la paix : l’agressivité naturelle revenant tôt ou tard au galop si on la réprime, si on impose des principes pacifiques au lieu de les proposer en douceur. Dans ce but Numa sut donc utiliser finement la dualité de Janus afin d’adoucir un peuple qui au départ était très porté sur la guerre. ( Un de mes articles de 2009 sur Janus se trouve ici http://www.benoitreveur.info/article-31330930.html ) Ce culte de Janus pouvait servir de fil conducteur dans cette transition de l’agressivité naturelle de la guerre vers un usage pacifique de cette même agressivité naturelle, sans trop bousculer les repères des gens du peuple. Egérie donna l’inspiration politique et religieuse à la stratégie du règne de Numa. Les muses mythologiques, elles en revanche sont plutôt du ressort de l’inspiration artistique. Les métamorphoses d’Ovide écrivent que Numa apprit l’art de la paix au contact de cette nymphe ; Ce champ sémantique de l’« art » peut venir réunir les muses et Egérie, renforçant ainsi l’assimilation entre la veuve nymphe et les muses. Dans le tandem Egérie/Numa, la dimension sexuelle et sentimentale entre l’inspiratrice et l’inspiré semble analogue à celle liant Pygmalion à Galatée, ou encore similaire à la connotation concernant les muses. Il revient à chacun(e) de voir le degré de similitude et de différence. Le caractère nocturne des rencontres entre Numa et Egérie peut renforcer cette touche libidinale (tout comme la « force créatrice » de l’inspiré peut être assimilée à une manifestation de la libido). L’aspect « morbide » de la fin du mythe d’Egérie après la mort de Numa peut-il s’illustrer par les relations entre Egérie et le royaume de Pluton ? Dans quelle mesure ? La conseillère Egérie semble représenter une source intarissable de savoir et de bon sens. Est-ce pour cela que la nymphe fut changée en source aqueuse ? Si l’on considère les explications et sous-entendus de Tite-live, Egérie était-elle en fait une image symbolisant les facultés d’adaptation et d’observation permettant à Numa la résolution de conflits/tensions et la subtile mise en place d’un règne pacifique et prospère ?

Il y aurait évidemment d’autres choses à dire sur Numa, cet article l’aborde uniquement sous l’angle de sa relation à Egérie.

Bibliographie : - « Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine « Pierre Grimal , ed PUF - « Dictionnaire de mythologie et de symbolique romaine » (par R.J Thibaud) - « Dictionnaire Larousse de mythologie grecque et romaine » ( par J.Schmidt). - « Grand dictionnaire de la mythologie grecque et romaine » (par JC Belfiore) - « les plus belles histoires de la mythologie romaine » (Fernand Nathan) - Ovide : les fastes - Ovide : les métamorphoses - Tite-live - Strabon - Plutarque (sur Numa) - Virgile : l’Enéide - Dictionnaire latin-français Gaffiot Tableau de la nymphe égérie par Claude (le) Lorrain source image : https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89g%C3%A9rie#/media/File:Claude_Lorrain_005.jpg

Egeria (égérie);  Mythologie romaine
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20 août 2014 3 20 /08 /août /2014 15:38

 

 

 

Il s’agit du deuxième des douze travaux d’Hercule/Héraklès.

Après avoir vaincu le lion de Némée (cf http://www.benoitreveur.info/article-hercule-et-le-lion-de-nemee-123397857.html ), Hercule utilisait désormais la peau du fauve en guise de vêtement et d’armure. Cela le rendait plus difficilement vulnérable. Toutefois Hercule/Heraklès n’était pas au bout de ses peines. 

Les douze travaux d’Hercule, épisode deux : l’hydre de Lerne (résumé)


Eurysthée envoya ensuite Hercule tuer l’hydre de Lerne. La créature serait fille d’Echidna et de Typhon. Elle semait la terreur dans le marais de Lerne. Il s’agissait d’un reptile aux multiples têtes serpentines. Le nombre de têtes varie selon les versions. (8 , 9 , 7 , etc) . Cette hydre crachait un venin mortel.  Elle s’attaquait entre autres au bétail des environs.

Hercule et son neveu Ioalos/Iolas se rendirent dans le marais afin d’affronter l’hydre.

Selon certaines versions Hercule aurait utilisé des flèches enflammées. En tous cas toutes les versions s‘accordent à dire que deux ou plusieurs  têtes de la bête repoussaient dès qu’Hercule tranchait une des têtes du monstre.   Pendant ce dur combat Héra envoya du renfort pour affronter Hercule :  un monstre crabe /cancer/cancre/écrevisse (géant  ou simple crustacé de taille normale qui lui pinçait, ou piquait les pieds ? Ce point peu clair semble varier selon les versions. Le dictionnaire de Belfiore affirme qu’il s’agirait un monstre géant nommé Carcinos, crabe, écrevisse ou scorpion). Hercule triompha de ce crustacé crabe/cancer/cancre/écrevisse, puis reçut l’assistance de Ioalos/Iolas qui amena une torche enflammée. (Le dictionnaire de Belfiore indique que la déesse Athéna conseilla alors à Héraklés de recourir au soutien  de son neveu Iolas/Iolaos ) .  Il brûla les plaies venant des têtes coupées sur le corps de l’hydre (sur les plaies des cous de l’hydre) : cela empêchait une repousse des têtes sectionnées.   Hercule finit  ainsi par trancher toutes les têtes (les unes après les autres semble-t-il selon certains).

La version rapportée par Commelin  relate qu’Hercule/Herakles aurait fait sauter toutes les têtes de l’hydre en un seul coup : un vrai « strike » de la décapitation !

Selon Catherine Salles il était autrefois considéré que le marais de Lerne ne présenterait pas de fond :  ses profondeurs aquatiques mèneraient directement aux enfers.

Selon Appolodore une des têtes de l’hydre était immortelle. (relaté également dans la version résumée par Edith Hamilton et celle du dico de J Schmidt).   Dans certaines versions Hercule cache cette tête immortelle sous un rocher, une fois le monstre totalement décapité. Dans le Larousse de Belfiore on apprend que cette tête immortelle serait la tête centrale du monstre.

 


Un exploit en demi teinte ?

Selon certaines versions Eurysthée  refusa de valider l’exploit, Hercule s’étant fait aider pour le réaliser.

De plus , certaines sources  (notamment C Salles)  rappellent qu’Hercule commençait alors à creuser son tombeau sans le savoir : il imprégna ses flèches du poison de l’hydre vaincue. Hercule ne se doutait pas que ce même poison causerait un jour sa perte (cf l’épisode ultérieur avec Déjanire et le centaure Nessos).


Explications du mythe

Certains pensent que les multiples têtes coupées remplacées aussitôt par deux ou plusieurs nouvelles têtes qui poussent symboliseraient en fait un assaillant dont les troupes et les tirs de flèches seraient sans cesse renouvelés. On peut noter également le rôle joué ici par le feu. Voici un extrait expliquant :

 « Dans une autre, les cités environnantes de Mycènes étaient soumises à Eurysthée, sauf une : Lerne, gouvernée par un roi du même nom. La seconde tâche d'Héraclès consista à soumettre cette ville et à détruire une citadelle nommée « Hydre » gardée jour et nuit par cinquante archers postés au sommet d'une tour. La tour fut assaillie et, à chaque fois qu'un archer était abattu, deux autres venaient le remplacer. Le roi Lerne fit appel à l'armée d'un mercenaire carien nommé Crabe dans le but de renforcer ses lignes. Héraclès fit de même avec l'aide de Iolaos, venu avec des renforts thébains. La tour fut incendiée et l'armée de Lerne anéantie. « 

Source extrait : http://www.dark-stories.com/monstre_hydre_de_lerne.htm

Catherine Salles (dans son ouvrage « la mythologie grecque et romaine »)  explique que selon les écoles évhéméristes l’hydre de Lerne symboliserait un travail d’assèchement du marais de Lerne aux ramifications multiples,   la pénibilité de la tache résidant dans la multiplicité des sources  jaillissant ça et là dans le marais (comme les têtes du monstre qui repoussent). Elle explique ensuite que la cautérisation des têtes coupées du monstre correspondrait à l’irrigation visant à assécher le marais

Belfiore (dans son dictionnaire Larousse de mythologie)  explique qu’il existait un culte solaire d’Héraklès. Son dictionnaire mythologique mentionne le fait que chacun des douze travaux correspondrait plus ou moins à la victoire du soleil sur un autre élément.

Bibilographie :

Commelin « mythologie grecque et romaine » (éditions Pocket)

Catherine Salles : « la mythologie grecque et romaine «  (éditions Pluriel)

Le dictionnaire Larousse de mythologie de Belfiore

Edith Hamilton « la mythologie : ses dieux , ses héros , ses légendes » (ed. Marabout)
Joel Schmidt : « dictionnaire de mythologie grecque et romaine »

 

Le crabe/cancer 

Dans la version de l’ouvrage de Commelin il s’agit d’un cancre marin que Junon/Héra envoya contre Hercule au moment de son combat contre l’hydre de Lerne. Cette créature était nommée tantôt écrevisse tantôt cancer (ou parfois Carcinos). Une fois que cette créature fut tuée, Héra la plaça dans les constellations du zodiaque. De là viendrait le signe astrologique du cancer.

On trouverait parfois une version un peu différente du cancer dont un extrait explique :

« Dans la mythologie grecque, il s'agissait d'un petit crabe ami de l'Hydre et, qui dans son combat avec Hercule, fut écrasé. Il sera ressuscité par Poséidon en monstre géant pour servir son armée. Pour ses efforts, à sa mort il fut envoyé par Héra dans la voûte céleste pour briller éternellement. » (source extrait http://fr.wikipedia.org/wiki/Cancer_(astrologie )

Il semblerait que le Tétrabiblos de Ptolémée explique que le signe zodiacal du lion serait lié au soleil   et le cancer à la lune.

J’avais plus ou moins évoqué dans une fiction futuriste  (ici  http://www.benoitreveur.info/article-le-fantome-du-g-i-normand-legende-du-24eme-siecle-123828842.html  ) certains aspects du thème de la créature cancer/crabe.

 

L’hydre et autres créatures aux têtes multiples

L’hydre présente évidemment des similitudes avec la bête de l’apocalypse. Cette dernière ressemble étrangement à certaines créatures (cornues ou non) de diverses légendes nommées « bête Faramine » (notamment dans la région Poitou).  On retrouve, dans de nombreux contes et légendes,  des créatures similaires à 7 ou 9 têtes ( par exemple dans certains contes du Midi de la France, notamment dans certaines versions de « Jean de ‘L’ours » http://www.benoitreveur.info/article--conte-provencal-jean-de-l-ours-fin--40349566.html  ).  Amélie Bosquet établit, au 19ème siècle ,  un lien explicite entre le dragon de Villedieu version « pluricéphale «   (http://www.benoitreveur.info/article-legende-normande-le-dragon-de-villedieu-86388873.html ) et  l’hydre  de Lerne, en n’oubliant pas de mentionner  explicitement Hercule plusieurs fois dans sa version de la légende.    J’avais écrit ici  http://www.benoitreveur.info/article-la-nouvelle-bete-aux-sept-tetes-26eme-siecle-123525456.html  un récit futuriste sur le thème des légendes de  créatures reptiliennes « pluricéphales ».

L’immortalité dans certaines versions de  l’hydre de Lerne semble avoir été reprise par les bestiaires chrétiens de l’antiquité  (physiologos) et du moyen –âge (notamment  chez Pierre de Beauvais), faisant de l’hydre une créature déchirant les entrailles du crocodile après s’être faite avaler par ce dernier, l’hydre sortant ensuite vivante du corps du crocodile ainsi terrassé. Pour Pierre de Beauvais le ventre du crocodile symboliserait les enfers et l ‘hydre serait le Christ revenu et ressuscité  après une descente aux enfers.  Dans le physiologos un animal nommé enhydros s’enduit de boue et dévore les entrailles du crocodile (ce qui inspira Pierre de Beauvais). Dans son commentaire du physiologos,  Arnaud Zucker rappelle que Philippe de Thaon estime que l’enhydra est Dieu. Zucker explique que cette allégorie chrétienne de l’hydre symbolise la victoire du Christ sur la mort (le thème est d’ailleurs repris, avec la même créature , parfois nommée « mangouste », dans le chapitre « ichneumon » du physiologos).


Ma tentative d’analyse :

Il revient à chacun(e) de voir quelles peuvent être les similitudes entre  la symbolique (et l’aspect physique)  de cette hydre et  du « serpent de Koshi »   ….. 

De manière générale peut-on voir (dans bien des domaines) l’hydre de Lerne comme un symbole de l’individu qui se disperse ou se fourvoie en  accumulant les illusions et erreurs (les multiples têtes qui repoussent sans cesse, en nombre croissant) au lieu d’aller à l’essentiel ( que ce soit s’attaquer à la seule tête immortelle de l’hydre ou attaquer toutes les têtes d’un coup) ?

Une des têtes de l’hydre bénéficiant d’immortalité (dans certaines versions), peut-on en déduire que l’hydre reviendra toujours tôt ou tard après sa défaite ? 

Je me demande si la victoire d’Hercule (vêtu de peau de ..lion, lié à des cultes solaires) l’emportant  sur ce crabe/Cancer pourrait symboliser le triomphe du soleil sur la lune , le passage de la nuit au jour, le soleil asséchant le marécage.

L’interprétation évoquée par Catherine Salles me semble pouvoir correspondre aux symboliques  civilisatrices d Hercule : aménagement du territoire par assèchement du marais, travail d’irrigation (l’homme qui utilise la nature selon ses besoins).

Je présume que « Carcinos » (possible  origine de « carcinome » ? )  n’est pas un choix lexical innocent pour nommer cette créature cancer/crabe…

 

Au cinéma

Le genre « péplum «  a autrefois présenté certains éléments de mythes anciens, en prenant parfois quelques libertés par rapport aux mythes.    Dans le film « jason et les argonautes «  (1963) nous pouvons voir une hydre en « carton pâte ».    Je n’ai jamais visionné les films dans lesquels Steeve Reeves incarnait Hercule.

Le genre péplum étant en plein revival depuis « Gladiator » et « Troie » , je suis peu surpris de voir que le thème des douze travaux  figurera bientôt sur grand écran.

En août prochain sortira au cinéma « Hercule », réalisé par Brett Ratner.    La bande annonce du film  (ici https://www.youtube.com/watch?v=pGM_ISHanAg )  nous montre entre autres le lion de Nemée, l’hydre de Lerne et…le sanglier d’ Erymanthe !!!  Au vu du synopsis et de la bande annonce il s’agira vraisemblablement d’une fiction librement inspirée du mythe. On peut noter la présence de Ian mac Shane (remarquable dans « Deadwood » et dans « les piliers de la terre »).  Hercule sera incarné par le catcheur  et acteur Dwayne Johnson  (alias « the Rock »).  

Voici un copié collé du synopsis du film tel que trouvable sur allociné : 

« Mi-homme mi-légende, Hercule prend la tête d’un groupe de mercenaires pour mettre un terme à la sanglante guerre civile qui sévit au royaume de Thrace et replacer le roi légitime sur le trône. Âme tourmentée depuis la naissance, Hercule a la force d’un dieu mais ressent aussi les peines et les souffrances d’un mortel.
Sa puissance légendaire sera mise à l’épreuve par des forces obscures. » (source  : allociné.fr)

Wikipédia nous apprend que le film sera inspiré de la BD « Hercule : Les Guerres thraces « , de Steve Moore et Admira Mijaya.

 

 Ci-dessous Hercule face à l’hydre de Lerne  Source web missiontice.ac-besancon.fr

 

 

hydre-de-lerne2.jpg

 

 

 


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17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 22:00

 

Lucien de Samosate (2ème siècle après JC), écrivit en grec de nombreuses satires mythologiques et philosophiques. Il inspira de nombreuses œuvres et auteurs ultérieurs, notamment Fénelon, Boileau, Goethe, Voltaire (Micromégas), Cyrano de Bergerac  « les voyages de Gulliver », le conte du Baron de Münchausen, etc…Lucien représente un modèle d’iconoclaste virtuose  dont l’esprit acéré fit  probablement trembler bien des « grands sachants » de son époque.  Dans « avant-propos ou Dionysos »,  Lucien donne un nouveau souffle au mythe de Dionysos et des créatures mythologiques formant son cortège (satyres, silènes, etc).

Je vous propose d’abord mon petit « résumé interprétatif » de cet « avant-propos ou Dionysos » :  

Il s’agit d’une prolalia d’environ 5 pages. Lucien y décrit d’abord une bataille que le cortège de Dionysos livrerait dans les terres d’un peuple imaginaire nommé « Indiens ». Les femmes de cette « armée dionysiaque » brandissent des tiges de bois de lierre sans pointe métallique et un bouclier faisant du bruit quand il est touché (tambourins et baguettes pris pour des  lances et boucliers lorsque décrits du point de vue du camp adverse).   Commandés par Dionysos, ils utilisent le feu contre l’armée de ce peuple imaginaire qui au départ ne voit pas l’intérêt de les combattre, jugeant ces « guerriers dionysiaques » trop grotesques et trop pitoyables pour représenter un danger. Puis la bataille fait rage et Lucien stoppe son récit afin d’expliquer que cette fiction est similaire aux préjugés de son lectorat et de ses spectateurs : ils lui donnent une étiquette de comique et sont surpris de voir du sérieux dans ses satires. Lucien propose donc au lecteur de « jouer le jeu » en s’ouvrant à ses originalités dans le but de mieux comprendre son propos. On croit aussi deviner de la part de Lucien une critique générale des méfaits des préjugés  cultivés envers la nouveauté et l’originalité, et il reste loisible de subodorer aussi une probable mise en garde concernant les préjugés ethnocentriques. Puis Lucien nous décrit ensuite le pays imaginaire  des Indiens Machléens, avec trois sources : une pour Pan, une pour les satyres et une autre pour Silène. Les habitants boivent selon leurs besoins à l’une ou l’autre des ces sources. Lucien explique que l’homme jeune correspond à la figure du satyre. L’homme adulte peut devenir comme Pan et l’homme âgé comme Lucien se rapproche de Silène. Lucien semblant avoir bu à la source de Silène (et prétendant avoir abusé du vin en écrivant ce récit) met alors en avant l’éloquence intelligente du sage et âgé Silène en se comparant à lui et en évoquant Mémos afin de justifier son autoparodie (évitant ainsi une possible dérive narcissique ? Procédé classique de fausse modestie ? A chacun de voir..)…. Et Lucien termine ainsi  son court récit dans un esprit très « in vino veritas »…..

(Ce « résumé » n’en n’est donc pas vraiment un , dans la mesure où il contient certaines de mes impressions concernant ce texte).

Dionysos

 Je crois inutile de présenter Dionysos dieu du vin, de la vigne et des orgies au rythme de musique et danses spécifiques, ni les célèbres satyres, bacchantes et autres ménades accompagnant Dionysos. La vocation civile et sociale des fêtes dionysiaques semble évidente.  Lucien évoque aussi le terme des « mystères «. J’ai appris dans le dictionnaire mythologique de Belfiore, que Dionysos était parfois célébré lors de certains « mystères ». Ces derniers restèrent toutefois plus brefs et plus méconnus que ceux d’Eleusis. Mais les thèmes d’ Eleusis et de  Dionysos présentent des similitudes concernant  la fertilité agricole (via Déméter). Lucien en utilisant le terme correspondant aux célébrations des « mystères » visait-il ici seulement les bacchanales antiques nommées « mystères » ou également les célébrations liées à Eleusis et Déméter ?

Bien entendu l’élément parodique ajouté par Lucien s’illustre par la transformation du très civil cortège dionysiaque en armée de guerriers assoiffés de sang. Les baguettes des tambours musicaux deviennent des armes, l’âne de silène pousse (je cite) « des braiments martiaux » (fin de citation). L’armée de Dionysos attaque les peuples indiens avec le feu venant de la foudre de Zeus, père de Dionysos.

Il  me semble qu’en mythologie classique, Dionysos/Bacchus , rejoindrait plus ou moins Priape et Mars sur le thème de la fertilité agricole et de la vigueur sexuelle (cf mon paragraphe sur Mars et Priape dans cet article-ci http://www.benoitreveur.info/article-mythologie-chez-fiore-et-vadi-121137191.html).  Dans ce vieil article j’évoquais aussi  le fait que Priape enseigna la danse à Mars (tel que présenté  par Commelin). Je crois que  le thème de la danse , avec son potentiel de prélude  martial  (évoqué brièvement par Commelin), est donc commun au cortège dionysiaque et au duo Priape/Mars de la mythologie classique. J’ai l’impression qu’outre la mise en condition psychologique et le travail sur le corps, le rapport à l’espace, l’attitude (etc) , les danseuses et danseurs d’aujourd’hui ou d’autrefois présentent souvent des aptitudes leur donnant des facilités dans la pratique des arts martiaux. Le lien entre danse et guerre et leurs similitudes de paramètres mis en oeuvre me semblent donc pertinents.  Dans son « avant propos ou Dionysos » Lucien me semble faire le choix de parodier la guerre en utilisant  des ressorts comiques assez similaires à la bataille opposant sélénites à héliotes dans le tome A des « histoires vraies » (cf en fin d’article) .  Je crois qu’en utilisant ces fondements thématiques, Lucien incorpore peut-être des éléments de sérieux à l’intérieur de sa satire. (Lucien affirme qu’il y a du sérieux dans sa satire, mais n’explique pas clairement en quoi ni à quels endroits. Lucien adore nous proposer des « jeux de pistes ». Donc peut-on trouver Lucien  taquin ? Accoucheur d’esprits ? Ou parfois un peu chafouin ?). 

 De plus les ouvrages de mythologie classique nous apprennent que  certaines fêtes dionysiaques avaient lieu  au mois de mars, ce qui me semble pouvoir renforcer le lien thématique entre Dionysos, Priape et Mars.  Le remarquable ouvrage de Catherine Salles (cf biblio de fin d’article) explique que les fêtes dionysiaques remplissaient une fonction de folie extatique et de transgression des règles morales et sociales. Cet aspect me semble présenter une possible analogie avec la guerre (ce qui est plus facilement  permis en tant de guerre ne l’est pas forcément  en tant de paix).   Je crois aussi intéressant de noter la chose suivante :  tous les dictionnaires mythologiques nous rappellent que les fêtes dionysiaques constituaient l’occasion de danses et  de festivals d’art dramatique. Le thème des satires théâtrales et de la danse sacrée des satyres étant mis à l’honneur dans ces fêtes. 

 

Satyres, Silène  et Pan

Les silènes, sortes de satyres devenus  âgés, bedonnants et un peu plus assagis (bien que ne reniant pas les orgies faites de sexe, vin et danses dionysiaques) se distinguent toutefois de leur probable « père archétypique » : le personnage mythologique de Silène.

Ce dernier , tout comme son père  le dieu Pan, possède le pouvoir de divination (mais pas seulement).  De plus Silène fut le professeur/mentor de Dionysos.    Lucien parle de l’âne de Silène.

Je trouve intéressant de s’attarder sur le mythe classique de Midas et Silène (version résumée à partir  du Larousse de Belfiore) :

Midas parvient à enlever Silène après l’avoir enivré en mettant du vin dans une fontaine à laquelle buvait Silène. Depuis elle fut nommée « fontaine de Midas ». Le sage et érudit Silène obtient sa  liberté de Midas et lui révèle deux « vérités » :

le bien humain le plus précieux serait de ne jamais naître

le second don humain le plus précieux serait de mourir le plus tôt possible

Au sujet de la « première vérité » révélée par Silène à Midas, on peut se demander s’il ne s’agit pas ici d’une idée similaire au « traumatisme de la naissance »,  environ deux millénaires avant que la psychanalyse et psychiatrie modernes ne formulent ce célèbre concept. 

  Concernant ces deux « vérités «  énoncées par Silène à l’attention de Midas, sommes-nous ici en présence de concepts plutôt platoniciens  tels la fameuse  théorie de la réminiscence, le monde des idées, l’opposition entre éternité de l’âme et le caractère éphémère du corps, et autres choses dans cette veine ?

Et si cette idée proposée par Lucien  au sujet de la « vérité »  de Silène révélée par le vin constituait aussi une allusion au caractère de « vérité » des indications que Silène donna à Midas dans le mythe classique ?   Commelin nous rappelle que selon Virgile, Silène possédait une expérience et un savoir profonds faisant de Silène une sorte de « sage » érudit.  Toutefois le dictionnaire mythologique de J . Schmidt précise que Silène, considéré comme un philosophe prophète,  refusant  systématiquement de faire étalage de son savoir, ne devint loquace que sur l’insistance de Midas.

Lucien évoque brièvement le dieu Pan,  pour Lucien l’adulte est donc en proie à des souffrances analogues à celles de Pan (tandis que l’enfant s’apparente au schéma du satyre et la personne âgée à Silène). Les ouvrages de mythologie classique n’ont de cesse de nous expliquer que Pan était souvent éconduit par les femmes. Ils nous apprennent également  que le terme « panique » vient de Pan. Il s’agirait d’une peur non canalisée,  faisant perdre tous ses moyens et contrôlant la personne dans son entier, « pan » signifiant en grec « tout ». Je me demande parfois si  Lucien, avec ses propres termes et conceptions, ne voulait pas suggérer une allusion au stade d’oralité via la flûte de Pan (de par les cris « évoé «  du cortège dionysiaque version Lucien mais aussi via le fait de boire « à la source de silène », Lucien aimant souvent faire des allusions sexuelles dans ses textes).

Bémol : Dans « la mythologie, ses dieux, ses héros ses légendes » (par Edith Hamilton), on apprend que  Dionysos et son vin symboliseraient la créativité et l’insouciance mais que le vin dans la mythologie classique possèderait un aspect certaines fois positif d’autres fois négatif, selon l’usage qui en est fait.

  Lucien ne me semble probablement pas avoir tenu compte de cet aspect ambigu  du vin dans la mythologie classique, à moins qu’il n’ait voulu le faire au début du récit en décrivant la « transe délirante » des bacchantes, ménades et satyres.

Momos 

En note de bas de page d’ »avant-propos ou Dionysos, « Anne-Marie Ozanam explique que Momos est une ancienne divinité de la raillerie, Lucien nommant explicitement Momos (cf ci-dessus). Le dictionnaire mythologique de J.  Schmidt définit Momos comme déesse de la critique et des sarcasmes, très amie avec Comos, dieu des festins. Elle fut reprise par Hésiode. La légende la plus connue mettant Momos en scène est la suivante : elle se riait d’un homme façonné par Vulcain qui avait omis de laisser dans le buste de son rejeton un trou permettant de lire ses pensées les plus intimes.    Ce mythe de Momos se trouve ainsi relaté dans l’ouvrage de J Schmidt. Le dictionnaire mythologique de Belfiore  précise que Momos est également déesse de la dérision, de l’ironie et de la critique. Belfiore ajoute que le mythe de Momos symbolise le caractère imparfait de toute chose existante et donc la vulnérabilité à la critique.

« Chapitre oublié » des « histoires vraies » de Lucien ?

Dans l’édition « Voyages extraordinaires » de Lucien (commentée et notée par Ozanam et J Bompaire)  il est écrit que selon certains, ce texte (« Avant –propos ou Dionysos ») constituerait une sorte de transition entre le tome A et le tome B des « histoires vraies » (aka « histoires véritables »)  de Lucien de Samosate.  Ces « Histoires vraies » (mon article sur « histoires vraies ici http://www.benoitreveur.info/article-lucien-de-samosate-de-la-science-fiction-antique-58222747.html  ) sont souvent considérées comme le tout premier récit de science-fiction . D’autres expliquent que Lucien restait dans un esprit se rapprochant plus du mythologique que de la science fiction à proprement parler.

En tous cas l’ »avant-propos ou Dionysos » ne comporte aucun élément permettant de le classer en science-fiction, si ce n’est le ton  de Lucien pouvant faire penser à l’esprit critique de certaines œuvres de science-fiction,  dans la mesure où Lucien semble parodier les mythes et usages de son époque.

Je crois intéressant aussi de noter  le fait que les éléments comiques formulés par Lucien lors de la bataille contre les « indiens » dans l’ »avant propos ou Dionysos » présentent des ressemblances avec certaines scènes de bataille des « Histoires vraies » (éléments végétaux inoffensifs dans les deux cas.).  Ce décalage comique entre la situation de guerre et les armes utilisées pour livrer bataille permet d’atténuer voire parodier l’aspect tragique d’une situation de guerre.


En relisant « histoires Vraies (« histoire véritable » ) tome A et B, comment cet « avant propos ou Dionysos peut–il s’intégrer à ce récit  ? En tant qu’interlude entre le tome A et le tome B des « histoires vraies » ? Possible prélude au tome A des « histoires vraies ? S’agit-il plutôt d’un ouvrage impossible à lier aux « histoires vraies » ?  A chacun de voir….

Avant que cet article ne risque de déclencher une éventuelle  polémique endémique et à titre informatif pour les gens qui seraient tentés de googeliser « Lucien de Samosate résumé » : par cet article blog je tentais juste de faire plaisir en partageant autour d’un centre d’intérêt. Lucien n’est pas pour autant mon « maître à penser »  et je ne suis pas la réincarnation de Lucien.  Cet article vise à proposer mes axes actuels de questionnement, rien de plus.

Bibliographie

 versions bilingues (grec

et français) de ces récits de Lucien :

http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Lucien/table.htm (œuvres de Lucien)

Recueil « Voyages extraordinaires » de Lucien de Samosate (avant-propos ou dionysos, histoires vraies tome A et B , Icaroménnipe, la traversée ou le tyran et autres récits de voyage), préfacé et commenté et noté  par AM Ozanam et J Bompaire.

Mythologie 

JC Belfiore : « grand dictionnaire de la mythologie grecque et romaine » (ed. Larousse)

Commelin : « mythologie grecque et romaine ».

J. Schmidt « dictionnaire de la mythologie grecque et romaine » (édition ancienne et édition 2013)

« La mythologie, ses dieux, ses héros ses légendes » (par Edith Hamilton),

 

« La mythologie grecque et romaine «  par Catherine Salles, (édition  2013)

 


 

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7 décembre 2013 6 07 /12 /décembre /2013 00:04

 

 

 

Les ashura sont des divinités bouddhiques de la mythologie japonaise. Ils puisent leur origines dans la mythologie hindouiste. Malgré les  fréquents clichés les décrivant comme des démons en raison de leur coté belliqueux,  les ashura ne sont en fait pas maléfiques, loin de là. De caractère ambigu (comme la plupart des yokai), les ashura japonais sont des gardiens de la loi du Bouddha. 

Les asura (hindouisme).

Les a-sura sont ceux qui se différencient des divinités (sura).

C’est pourquoi certains asura hindouistes sont parfois considérés, plus ou moins à tort, comme démoniaques. En fait ils sont des a-sura, c’est à dire non divins et non pas forcément ennemis des dieux. Il est vrai néanmoins que certains asura ont combattu des dieux . Cela a donné lieu à des récits mythologiques mémorables.  La divinité hindouiste  Indra, par exemple, a combattu un asura. Il semblerait aussi que les a-sura se différencient des dieux par le fait de ne pas avoir accès à certaines boissons réservées aux dieux.  Les asura de l’hindouisme nécessiteraient un article à eux seuls.  Ils présentent un certain nombre de différences par rapport aux Ashura japonais….

Les ashura japonais : description et caractéristiques

Les ashura japonais sont souvent représentés comme des guerriers armés jusqu’au dents, dotés de visages et bras multiples. Il s’agirait de guerriers morts au combat qui sont ensuite devenus des gardiens de la loi bouddhique. On trouve divers termes pour désigner ces yokai : sura, ashura ou encore asura… Dans son encyclopédie des yokai, Richard Freeman décrit les ashura comme les fantômes des guerriers tombés lors d’une bataille. Freeman écrit que sous le terme « shura » il s’agirait de l’esprit coléreux/vengeur des guerriers décédés. Il rajoute que le bruit de leurs batailles célestes est audible sur terre sous la forme du grondement du tonnerre. Sylvain Jolivalt les classe parmi les yokai « oni » (« démons «  japonais). Les ashura seraient des yokai adorant sans cesse se consacrer à la guerre. Ils vivent sous terre et dans les abysses. Toutefois Jolivalt nous rappelle que toutes les représentations des ashura ne sont pas belliqueuses : la  célèbre statue d’ashura du temple Kofuku-ji à Nara représente un ashura à visages et bras multiples, joignant deux de ses mains  avec un air serein.

L’ashurado et autres mondes

Dans son ouvrage , Jolivalt explique que les ashura japonais vivent dans l’ashurado .  Jolivalt nous rappelle que ce terme avec le suffixe –« do » signifie « la voie de l’ashura ».  Il y a donc ici probablement toute une connotation spirituelle. Il explique que cet ashurado fait partie des six mondes/voies servant de lieu de réincarnation à l’homme. Ces six voies forment le  rokudo  (roku : six, do : voie). Dans son chapitre sur les gaki (d’autres « yokai des enfers ») Jolivalt explique en quoi consistent ces six mondes. On trouve ainsi :

Jigokudo : voie des enfers

Gakido : voie des Onis affamés

Chikushodo : voie des bêtes sauvages

Ashurado : voie des onis belliqueux

Ningen do : voie des hommes

Tenjokai : monde céleste

Dans un autre passage de son ouvrage, Jolivalt décrit les divers enfers dans lesquels vivent les Oni. (Il existe aussi les enfers shinto) . Chaque enfer bouddhique se caractérisant par son propre type de supplice (physique mais je suppose qu’un certain nombre et type de tourments intérieurs sont également attribués à chacun de ces enfers bouddhiques). Jolivalt explique aussi que selon leur karma , selon ce qu’ils ont fait , les humains se réincarnent dans tel ou tel des six mondes du rokudo. Il explique aussi que pour les suppliciés et tourmentés, c’est leur karma qui détermine le type de tourment ou  de désavantage qu’ils auront lors de leur prochaine incarnation : par exemple, pour la vaste famille des « gaki », l’homme qui vivait de la vente de sake sera réincarné en gaki souffrant constamment de soif et de déshydratation (du moins si j’ai bien compris les explications de Jolivalt).

 Shigeru Mizuki nous explique que des lieux actuels portant le terme « gaki » dans leur nom étaient souvent des noms de lieux où s’effectuait le châtiment seigneurial.

 

Mizuki fait aussi état de diverses créatures de la famille des « abura » (sortes de « feux follets »). Ils semblent posséder  leur propre monde nommé « aburado ». les divers abura me semblent fonctionner sur un mode assez similaire aux ashura. En effet  aburado , selon les versions, désignerait tout un groupe d’esprits de moines feu follets, mais dans le cas précis des « aburagaeshi » relatés par Mizuki, aburado serait le fantôme d’un bonze qui a commis « le mal » . je présume donc que ce bonze est probablement devenu un abura en châtiment du crime commis. En tout cas son acte blâmable lui a fait intégrer le monde d’aburado (du moins si jamais aburado désigne effectivement un monde des abura et pas uniquement la famille des abura :  je ne suis pas certain d’avoir bien compris…. ). Cela m’a frappé de voir qu’ashura et abura présentaient une consonance phonétique ressemblante, ainsi qu’un mode de fonctionnement similaire. Je ne sais pas si aburado et les abura peuvent ou non faire partie du premier des six mondes du rokudo.

Il me semble avoir lu un jour dans les dicos yokai de Mizuki une page dédiée aux ashura, mais sous un autre nom qu’ashura. Il faudrait que je cherche à nouveau…

Sources  dans lesquelles j’ai collecté ces informations:

Shigeru Mizuki « yokai , dictionnaire des monstres japonais » (tome 1 et 2)

Sylvain Jolivalt : « esprits et créatures fabuleuses du Japon : rencontres à l’heure du bœuf ».

Richard Freeman « the great yokai encylopaedia »

W.J. Wilkins : « mythologie hindoue « 

Mes impressions :

Les ashura  ayant d’abord été des  guerriers humains morts sur le champ de bataille, je présume qu’ils sont alors devenus des combattants redoutables puisqu’ayant visiblement « solutionné «  leur peur de la mort. Il me semble s’agir d’une mort symbolique, et non physique.  Cet aspect des ashura me fait penser un peu a l’intéressant ouvrage nommé « Hagakure » (fragments de textes attribués à un jeune qui allait souvent parler  à un vieux guerrier bushi « banni » vivant en exil dans une hutte. Ce vieux guerrier lui livrait ses pensées. Le jeune garçon les compilait dans un livre. Le hagakure est né ainsi). L’édition française  du hagakure que je trouve la plus complète est celle de Budo éditions. Je crois me souvenir que dans l’avant-propos l’éditeur français explique que l’idée de mort tant évoquée dans le hagakure peut probablement symboliser l’idée de renaissance. Je crois que cette mort récurrente dans l’ouvrage est vraisemblablement symbolique : l’auteur présumé de ce vieil ouvrage est souvent considéré comme n’ayant probablement jamais été sur le champ de bataille. Ce dernier a vécu en exil après avoir reçu l’interdiction de se faire seppuku. Son exil me semble donc constituer sa mort symbolique. En effet il n’aurait pas vécu assez longtemps pour nous laisser cet ouvrage si sa mort par seppkuku avait eu lieu. En tous cas le livre me semble souvent mettre l’accent sur l’idée de ne rien avoir à perdre, exhortant le lecteur à pratiquer un dépouillement à l’extrême tout en allant très en profondeur dans les recoins obscurs de l’âme humaine. Il faut avoir le cœur bien accroché pour lire ce genre d’ouvrage car le lecteur se retrouve vite confronté à sa propre peur de la mort et à ses éventuelles » morbidités » plus ou moins refoulées. L’ouvrage questionne également tout un pan de l’agressivité humaine.  C’est un ouvrage déstabilisant par endroits .  Il  me semble donc s’adresser au lecteur averti.   Mais  c’est très intéressant.  A mon avis les ashura sont problablement animés par un état d’esprit du même genre. Je trouve intéressant de  tenter de mettre les questionnements du hagakure en comparaison avec certaines thématiques des ashura. Il reste libre à chacun de tenter de comparer les « cotés obscurs de l’âme «  du hagakure avec les « enfers » bouddhiques , avec  l’ashurado et le rokudo……

L’idée de « renaissance » telle qu’évoquée par Takuan Soho dans son ouvrage sur  Tai-a  (« le sabre incomparable ») me semble  un peu différente dans la mesure ou Takuan porte un autre regard sur les notions de mort et de sepukku (notamment dans son « clair son des joyaux »).  Takuan , lui aussi très intéressant, me paraît moins « morbide »  que l’auteur du hagakure. Tous deux abordent  chacun à leur manière le problème de la peur de la mort.  La « renaissance «  selon Takuan me semble intéressante  si on la compare au sort des guerriers morts au combat  qui se sont transcendés en devenant des ashura. (Je vous épargne un long « points ressemblants et différences » à ce sujet…..).

Je ne crois pas que le coté belliqueux  des ashura japonais soit incompatible avec leur rôle de gardien de préceptes bouddhistes de compassion. En effet , ayant connu la violence, les ashura/asura/sura sont probablement bien placés pour saisir l’intérêt de la compassion. 

Il me paraît également intéressant de chercher quelle sont les symboliques de l’élément « feu » dans la culture japonaise…….

Je présume que les têtes à multiples visages et le corps aux innombrables mains des ashura  peuvent vraisemblablement  présenter des points plus ou moins analogues à la divinité bouddhique  Kannon/Avalokiteshvara.  Je me souviens avoir lu un texte dans lequel Takuan (maître de bouddhisme et adepte du sabre ayant vécu au 17ème siècle) expliquait que « Kannon   au mille bras » serait une parabole qu’il ne faut pas prendre à la lettre…. 

Je ne suis pas expert en culture japonaise, ni en spiritualité. Il se peut donc que je me trompe. Tout cela n’est qu’hypothèses et impressions personnelles,  mais voilà l’état actuel de mes recherches sur le sujet.

Par Bunowa Rêveur

Le 06 décembre 2013

Un ashura  (source web http://shiruban.over-blog.com/25-index.html  je crois que ce dessin est de S. Jolivalt)

 

petitsengokuashura.jpg

 

 

Edit du 17 juin 2016 : ~~Si vous aimez les mythes, contes et légendes vous pouvez consulter mon livre en version papier https://www.amazon.fr/m%C3%A9moires-Galaxytime-diverses-galaxies-%C3%A9poques/dp/1517300428/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1466179089&sr=8-1&keywords=m%C3%A9moires+du+Galaxytime  et en version ebook ici https://www.amazon.fr/m%C3%A9moires-Galaxytime-diverses-galaxies-%C3%A9poques-ebook/dp/B00WY71VC8/ref=sr_1_2?ie=UTF8&qid=1466179089&sr=8-2&keywords=m%C3%A9moires+du+Galaxytime   

 

 

 

 

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15 novembre 2013 5 15 /11 /novembre /2013 17:44

 

Fiore Dei Liberi et Filippo Vadi étaient des maîtres d’armes italiens du 15ème siècle, en pleine renaissance italienne. Le goût pour l’antiquité greco-romaine était alors  très à la mode. On retrouve donc dans leurs traités d’escrime de nombreuses allusions aux mythes grecs et romains, mais pas uniquement…..

Fiore et la mythologie romaine

Fior Furlano Dei Liberi (plus connu sous le nom de “Fiore Dei Liberi ») écrivit le « Flos Duellatorum » en 1409.  (J’ai déjà évoqué d’autres aspects de Fiore dans cet article  http://www.benoitreveur.info/article-symboles-et-creatures-du-moyen-age-europeen-la-face-cachee-de-fiore-dei-liberi-116753638.html ).  En parcourant son manuel j’ai cru voir quelques possibles allusions mythologiques. 

 

La  déesse Victoria/Victoire

Dans son manuel Fiore dessine différents bonshommes récurrents pour illustrer les principes stratégiques présents dans les illustrations techniques du manuel. Ces bonshommes portent tous un nom spécifique pour faciliter la compréhension des dessins techniques. C’est ainsi qu’une des légendes d’illustration d’un homme couronné tenant une palme explique : «  Et pour la Victoire je porte la palme dans la main droite parcequ’avec la lutte/abrazzare  il sait qu’il ne subsistera jamais »  (1)

Je présume que Fiore faisait ici allusion à la divinité romaine allégorique nommée Victoire/Victoria. D’abord déesse chez les grecs antiques (qui l’estimaient fille de Styx et de Pallante ou Pallas) et chez les sabins (qui la nommaient Vacuna), Victoria fut adoptée par les romains. Il s’agit d’une femme ailée tenant dans une main une couronne et dans l’autre une palme.  Le « dictionnaire de mythologie et de symbolique romaine » de Robert –Jacques Thibaud explique que Victoire/Victoria tendait la palme et la couronne aux héros qu’elle guidait dans leurs actions. Voilà probablement pourquoi la couronne et la palme sont également présents dans ce dessin du manuel de Fiore. Il peut s’avérer intéressant de noter que le dictionnaire de mythologie grecque et romaine de Joel Schmidt précise que Victoria était sœur de  Zélos (l’acharnement) , de Cratos (la puissance) et de Bia (la violence). Chez les grecs anciens , Victoria était nommée Nikê et toujours associée à la déesse Athéna (la stratégie) , d’où le nom Athêna Nikê que l’on trouve ça et là.

 

 

Le Larousse de Mythologie grecque et romaine de JC Belfiore nous apprend que la Nikê grecque couronnait les vainqueurs des Olympiades et elle fut progressivement très à la mode chez les militaires. Victoria avait deux temples à Rome : Sur le Palatin et sur le Capitole (et il semblerait qu’il aurait existé à Rome diverses déesses Victoire par quartiers, toutes plus ou moins similaires).

Concordia/La Concorde

Ce terme est présent deux fois dans le manuel de Fiore (une fois dans l’intro et une seconde fois dans la partie lutte/abrazzare).

Je crois que ce choix sémantique n’est probablement pas innocent chez Fiore puisque Concordia/la Concorde est une divinité allégorique de la mythologie romaine. Elle symboliserait la bonne entente sociale, conjugale et familiale. Elle a pour sœur la paix. Dans « mythologie grecque et romaine «, Commelin explique que Concordia est fille de Jupiter et Thémis (les lois, la justice, les délibérations impartiales) et qu’elle porte divers attributs dans les mains : certaines fois Concordia tient d’une main deux cornes d’abondance et dans l’autre une grenade (symbole d’union conjugale fructueuse) et d’autres fois elle tient un caducée quand elle symbolise le résultat d’une négociation. C’était  d’ailleurs souvent dans le temple principal romain  de Concordia (celui du Capitole) que le Sénat romain tenait ses assemblées.    Je crois donc possible qu’aux yeux de Fiore l’allégorie de  Concordia représentait l’aptitude à « négocier » telle ou telle situation dangereuse en adoptant un comportement  le plus approprié possible pour trouver un moyen ou un autre de sauver sa peau. Comme dans toute méthode de défense personnelle il s’agit probablement ici de savoir prendre en compte les divers paramètres circonstanciels, environnementaux, physiques et psychologiques de situations d’agressions diverses. Fiore dans son intro parle de Concordia surtout pour la partie » « abbrazare » du manuel , mais il est connu que certains secrets des maitres d’armes étaient volontairement évoqués implicitement , voire omis, mais rarement explicités dans leur manuels…Je crois donc que l’esprit de Concordia chez Fiore ne se limite probablement pas à la partie abrazzare). Le manuel de Fiore ne traitait pas de duel ni  de « lutte/escrime spectacle « animant les banquets, ni de mêlée  dans les batailles, mais de défense individuelle dans le contexte des agressions urbaines et rurales/forestières de l’époque.  En outre il peut être intéressant de noter que le caducée mythologique , tout comme le bâton d’Hermès sont bien connus pour symboliser la recherche/obtention d’un compromis et le rétablissement d’un équilibre des tensions.

La Vertu

Dans l’introduction du Flos Duellatorum, Fiore parle de Vertu (au singulier, tandis qu’il parle de vertus/qualités n’ayant rien à voir dans une autre partie du manuel). Vertu est une divinité allégorique de la mythologie romaine. Vertu était représentée comme une femme simplement vêtue, portant ou tenant une couronne de lauriers, parfois elle tient une pique ou un sceptre, parfois cette femme possède des ailes. Dans son ouvrage,  Commelin explique que ces ailes symbolisent son élévation au dessus du « vulgaire » (le « vulgus «  latin).

En outre Fiore évoque brièvement le concept de justice, mais sous un angle plus influencé par la chevalerie médiévale que par celui de la déesse allégorique « Justice » de la mythologie romaine.

Notes (1) :  voilà ma traduction française approximative de la traduction anglaise du manuel de Fiore trouvée sur le site web « the exiles », cf bibliographie en fin d’article.

Mythes et créatures chez Filipo Vadi

Filippo Vadi était un maître d’armes pisan , il écrivit entre  1482 et 1487 un traité d’arts martiaux  pour le duc Guido de Montefeltro   (C’est ce Guido De Montefeltro qui quelques années plus tard chassa du trône le machiavélique César Borgia …). Dans son manuel Vadi fait des phrases longues et nombreuses, il était très vraisemblablement un érudit des salons italiens de l’époque.  Sa méthode et traité de combat comportent des influences des maîtres d’armes germaniques, mais reprend aussi certaines éléments du « Flos duellatorum » de Fiore (Tout comme Fiore , le manuel de Vadi comprend lui aussi un arsenal complet de divers chapitres : dague, épée, lance, lutte à mains nues, épée-lance, hallebarde, etc..)

LA « lumière de Mars » et l’Egide.

Au début du manuel, dans le premier chapitre, Vadi écrit entre autres : «  l’escrime est née de la géométrie et sous son égide elle se termine »   mais aussi plus loin

 « la géométrie et ma musique s’assemblent dans la vertu scientifique de l’épée pour aviver la grande lumière de Mars » (2)

Je crois inutile de rappeler que Mars est le dieu romain de la guerre, mais aussi  de la fertilité agricole, de la jeunesse et du printemps (le Mars d’origine et à ne pas confondre avec Arès puisque Mars est le descendant de cultes de peuples italiques antérieurs à l’empire romain, par exemple la figure de Quirinus qui était un dieu équivalent chez les sabins).  L’étude comparée que mène Vadi entre musique et escrime me semble peu surprenante puisque Mars fut d’abord formé par Priape (autre dieu lié à la fertilité, dieu à connotation souvent libidinale qui peut être intéressant à voir mis en comparaison avec certains symboles phalliques classiques de l’escrime et de l’épée) à la pratique de l’athlétisme et de la danse car ces matières étaient considérées comme prélude à la guerre (comme nous le rappelle Commelin dans son ouvrage de mythologie grecque et romaine).   Or qui dit danse dit… musique. L’égide est un emprunt que les cultes romains antiques ont fait auprès  de la mythologie grecque : il s’agit de la tête de la gorgone Méduse (cf le mythe grec de Persée qui tranche la tête de méduse , mis en scène dans  le vieux film «  le choc des titans »). L’égide à tête de Méduse est généralement représentée sur le plastron du dieu Mars. L’Egide de Mars possède un rôle la fois offensif et défensif : protéger grâce au bouclier/plastron, mais aussi changer en pierre quiconque la regarde puisque la tête de Méduse possède ce pouvoir. A ce sujet Je trouve intéressant de noter que Vadi parle de pratiquer certains mouvements d’escrime qui ont cette double fonction simultanée : offensive et défensive. Vadi parle en effet à plusieurs reprises d’être à la fois offensif et défensif dans le même mouvement d’épée.

La mantichore….

Concernant une des postures de garde de la partie « épée en armes  » du manuel, Vadi écrit (je me fonde ici sur la traduction Française de Chaize, cf biblio de fin d’article) : « je suis la garde du léopard serein qui avec la queue te donne le venin ».

Cette phrase me fait penser à la manticore :  créature léonine qui donne le venin par sa queue de scorpion. Mon article  de 2010 sur la manticore est ici http://www.benoitreveur.info/article-la-manticore-63493839.html   (Pour résumer : la manticore vient de la mythologie persane et fut ensuite adaptée par Pline l’ancien, il s’agit d’une créature symbolisant entre autres la séduction).       Le nouvel ouvrage 2013 de Josy Marty Dufaut intitulé « les créatures fantastiques » souligne cette fois que la manticore symbolise à la fois le « mal » ,  le coté obscur  d’une personne mais aussi, comme les autres créatures hybrides à tête humaine, elle parle de « déchéance vers l’animalité ». En termes religieux /moraux, je pense qu’elle a probablement raison, mais  en termes d’arts guerriers je pense que cette image de la manticore n’a rien à voir avec la déchéance, mais plutôt avec une façon d’utiliser et canaliser l’agressivité/animalité de l’escrimeur afin qu’il puisse être vicieux et combatif tout en ayant un bon self control (l’escrime demandant finesse, dextérité  et maîtrise de soi). D’ailleurs Marty Dufaut explique plus loin dans son chapitre paru en 2013 que  dans un vieux bâtiment religieux de Metz on aurait retrouvé une manticore à visage humain (de telles manticores à visage humain semblaient assez fréquentes autrefois). Cette tête humaine mêlée à un corps de lion me semble clairement indiquer le mélange « combativité/instinctivité animale » et self control/intelligence de ce genre d’images animalières (qui sont depuis longtemps célèbres  dans un certain nombre d’arts martiaux asiatiques avec leurs propres images d’animaux réels et imaginaires spécifiques à diverses cultures d’Asie). Le visage et tête humain peut sembler indiquer que cet escrimeur appliquant le principe de la  manticore n’a pas « perdu la tête », malgré l’animalité présente et exprimée/canalisée dans son comportement guerrier, (puisque la tête humaine symbolise la lucidité , la rationalité, Vadi ne cesse de parler de » raison humaine »  et d’intelligence humaine  tout au long de son manuel ). Voilà pourquoi on peut penser ici  à une animalité (combativité, instinctivité, etc) canalisée mêlée à la rationalité et self control humains. D’ailleurs la version originale du manuel écrit « leopardo sereno » :  ce « leopard «  est donc calme, serein  (NB : il n’est pas si surprenant de voir que Vadi ait écrit « léopard » pour en fait mentionner ce qui correspond plutôt à une manticore : dans les bestiaires médiévaux chrétiens  il était fréquent de désigner une créature par le nom d’une autre créature /animal… le cas le plus connu étant bien sur « serpent/dragon » qui était souvent synonymes au moyen âge).  

L’ours

Dans un passage du manuel, Vadi semble  également dire d’adopter le comportement gestuel (et peut être aussi psychologique) de l’ours en combat.

Il semble donc pouvoir s’agir ici des « berserkers » popularisés par les mythes et légendes Germano scandinaves…. Vadi s’étant inspiré entre autres de maîtres d’armes germaniques, il ne me semble pas impossible que Vadi se soit intéressé à la mythologie germano –scandinave. Le berseker semble plus en proie aux risques de « pêter un cable » , voilà pourquoi je ne suis certain que Vadi parlait ici d’adopter ici l’attitude psychologique du berserker (mais concernant le comportement gestuel de l’ours, cela me semble faire peu de doute).

Divers

On trouve aussi chez Vadi les gardes du sanglier (là aussi  se trouve toute une symbolique médiévale ) , du faucon (idem), et su serpent (donc très vraisemblablement synonyme de dragon puisque serpent et dragon étaient souvent synonymes au moyen âge/renaissance mais je vais vous épargner une redite sur les dragons chrétiens du moyen âge, mes autres articles ayant déjà traité ce thème à maintes reprises).   Ces dernières symboliques animalières sont médiévales donc hors sujet dans cet article.

Tout cela n’est qu’hypothèses et suppositions puisque Fiore et Vadi ne peuvent malheureusement pas revenir à notre époque pour nous expliquer de vive voix les arcanes de leurs manuels (et de nombreux secrets sont probablement morts avec ces deux auteurs)…. Il se peut que j’aie mal interprété certains passages de ces manuels. Mais voilà , en gros , l’état actuel de mes recherches sur le sujet…

Note (2) tiré de la traduction française que P. A Chaize a faite du traité de Vadi, cette traduction française est trouvable sur le site web mis en biblio

 Pour la partie intro et abbrazare de Fiore il y a aussi la traduction française de Remi Poncelet qui est trouvable sur google et qui elle aussi m’a servi par moments pour écrire cet article, mes bases de latin ne me suffisant pas toujours pour comprendre certaines des phrases italiennes, puisque je ne parle pas italien. Il existe également une nouvelle traduction française de Vadi qui a été publiée il y a quelques mois par une autre personne, je n’ai pas encore eu le temps de la regarder et me suis donc fondé sur celle de Chaize.

Bibliographie :

Josy Marty Dufaut «  les créatures fantastiques » (2013) 

Traduction française de Vadi faite par Pierre-Alexandre Chaize : http://laghilde.free.fr/L'%E9p%E9e/Traduction%20Vadi.pdf

Le site Amhe on web : http://www.amheonweb.net/site/bibliotheque

« dictionnaire de mythologie et de symbolique romaine » par Robert-Jacques Thibaud

« Mythologie grecque et romaine » par Commelin

« Grand dictionnaire de la mythologie grecque et romaine » par Jean Claude Belfiore

« Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine » de Joel Schmidt

La traduction française de l’intro et de la partie lutte/abbrazzare de Fiore faite par Rémi Poncelet  http://peamhe.wordpress.com/articles/traduction-de-lutte-fiore/

Les traduction et transcriptions anglaises de Fiore http://www.the-exiles.org/FioreProject/Project.htm

Il existe aussi une traduction française de Fiore disponible sur le site de la BNF

Ci dessous une des nombreuses images anciennes montrant une manticore à visage humain 

 

 

Manticore--1-.jpg

Source image creepypasta.wikia.com

 

l’image ci-dessous démontre une des gardes de la partie « épée-lance » du manuel de Vadi

vadifight.png

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15 juin 2013 6 15 /06 /juin /2013 19:45

 

 Les antiques sirènes de la mythologie greco-romaine ne sont pas des femmes-poissons. C’est le moyen-âge chrétien qui nomma « sirènes » des créatures ressemblant  physiquement aux néréides (mon article sur les néréides ici http://www.benoitreveur.info/article-les-nereides-118497905.html ). Du moins les textes médiévaux francophones écrivent » sirène » pour les deux créatures, en revanche les textes anglophones écrivent » siren » pour celle antique et « mermaid » pour la créature médiévale à corps de néréide. Cet article traitera uniquement des sirènes de la mythologie grecque et romaine.

Les sirènes des mythes grecs et latins

Les auteurs grecs anciens rapportent que ces sirènes étaient des femmes oiseaux jouant de la musique et chantant sur des côtes rocheuses.

Elles seraient au nombre de trois, leurs noms varient selon les versions , mais souvent elles répondent aux noms suivants : Parténope, Leucosia et Lygia. Toutefois pour Homère il y avait seulement deux sirènes, et chez d’autres auteurs les sirènes seraient au nombre de 4. (Leurs noms varient selon les versions). 

Certains les décrivent comme de gros oiseaux à tête de femme, d’autres comme ayant un buste de femme et un corps/tronc d’oiseau à la place des jambes. Elles possédaient des instruments de musique : deux flûtes pour l’une, une lyre pour l’autre, un pipeau pour la dernière.  Les marins charmés par leurs chants et leur musique finissaient inéluctablement par périr soit en fracassant leur bateau contre les récifs soit en dépérissant par inactivité générale (l’homme charmé par ce chant cessait alors toute activité, ne continuait pas de d’hydrater et de s’alimenter, ne pensant désormais à rien d’autre qu’à écouter sans fin ce chant des sirènes, etc , ce laisser aller finissait donc par le faire mourir).

Le rivage voisin était blanchi par les nombreux ossements des innombrables marins qui avaient péri à cause du chant des sirènes. Il semblerait que certains centaures aient également fait partie des défuntes victimes des sirènes.
Les sirènes étaient trois sœurs vierges séductrices.

Le chant des sirènes n’est pas uniquement pernicieux, il est également censé apaiser les vents.

La localisation des rochers des sirènes varie plus ou moins selon les versions, mais les auteurs les situent souvent en Italie sur les côtes de Sorrente et de Capri. Il existait d’ailleurs à Sorrente un temple dédié aux sirènes (puisque leur chant pouvait plus ou moins apaiser des tempêtes). D’autres pensent que les sirènes vivaient sur l’île nommée Anthémoessa (supposée près de Messine).Le chant des sirènes était aussi censé adoucir la mort des humains, certains faisaient donc des offrandes aux sirènes.

Origines de ces sirènes

Les auteurs antiques nous ont rapporté des versions différentes concernant les débuts des sirènes.

Elles seraient filles du Dieu Fleuve Achelous (mon article sur Achelous icihttp://www.benoitreveur.info/article-36240388.html ) et de la muse Calliope. D’autres les font filles de Terpsichore, Melpomène ou Phorcys (mon article sur Phorcys ici  http://www.benoitreveur.info/article-phorcys-105014253.html ).

Bien souvent elles devinrent sirènes après la capture de Proserpine/Perséphone. 
Selon certains, les sirènes (encore femmes) se rendirent en Sicile (terre d’Appolon) lors de l’enlèvement de Proserpine/Perséphone . Elles ne sauvèrent pas Proserpine, donc Cérès les châtia en les transformant en femmes oiseaux. Ovide en revanche conte que ce seraient les sirènes elles-mêmes qui auraient demandé aux dieux d’avoir des ailes afin de retrouver et délivrer Proserpine. Selon d’autres versions, plus rares, les sirènes seraient devenues créatures ailées car punies par Aphrodite de vouloir rester vierges (donc l’oracle qui  oblige les sirènes  à séduire les marins qui passent s’inscrit très bien dans cette version d’une punition voulue par Aphrodite).

Quelques survivants du chant des sirènes

Toutefois certains personnages ayant croisé les sirènes en sont sortis vivants.

Le plus connu reste bien entendu Ulysse : Circé la magicienne  (article ici http://www.benoitreveur.info/article--circe-la-magicienne-40931902.html) l’avait averti du danger que représentent les sirènes. Ulysse a donc ordonné à ses compagnons de l’attacher au mât du navire pendant qu’eux auraient les oreilles bouchées par de la cire, il leur dit de ne surtout pas le détacher si d’aventure il en venait , charmé par les sirènes, à supplier ses compagnons de le détacher du mât. La rencontre se passa comme Ulysse l’avait prévu : Ulysse attaché au mât et charmé par le chant des sirènes, suppliait ses compagnons de le détacher, mais ces derniers ne le firent pas puisque leurs oreilles étaient bouchées par de la cire. Les sirènes semblent n’avoir utilisé que leur voix , leurs instruments de musique ayant déjà été perdus lors de la rencontre avec Orphée. Ulysse sortit donc vivant du sillage des sirènes, ces dernières périrent donc noyées dans la mer comme l’avait prédit l’oracle. Les îles rocheuses ou vivaient les sirènes furent ensuite nommées « Sirénuses ». La  ville proche de l’endroit où périt la sirène Parthénopée/Parténope reçut le nom de cette créature : d’abord « Néapolis » puis le nom devint Naples. Parthénopée y faisait l’objet d’un culte.

Orphée prit part à l’épopée du navire Argos (avec le célèbre Jason). A leur retour de Colchide, les argonautes passèrent à proximité des rochers des sirènes, Orphée se tint debout sur le pont du bateau.  Le son de la lyre d’Orphée couvrit le chant des sirènes, ces habituelles charmeuses se retrouvaient charmées, sans voix et presque pétrifiées de stupeur par la superbe musique que jouait Orphée.  Ainsi les argonautes purent passer tranquillement et échapper au dangereux chant des sirènes. L’oracle leur avait dit qu’elles vivraient tant que les voyageurs prêteraient attention à leur chant et musique…. Cet échec de leurs séduction face à Orphée et aux argonautes les dépita au point qu’elles jetèrent leurs instruments de musique dans la mer. Toutefois un homme de l’équipage nommé Butès succomba au charme des sirènes, il plongea dans la mer pour aller les rejoindre, mais il fut finalement sauvé par Aphrodite.

Pausanias conte une autre histoire dans laquelle les sirènes furent mises en échec : elles perdirent un concours de chant face aux muses, ces dernières se mirent à tirer sur leurs ailes pour leur prendre leur plumes. Les muses eurent ainsi la tête couronnée de plumes.

Il existe peut-être d’autres éléments sur les sirènes mythologiques, mais voilà en gros ce que j’ai pu rassembler.

(Bibliographie : le dictionnaire de Mythologie grecque et romaine de J Schmidt, le nouveau Larousse de mythologie grecque et romaine de JC Belfiore, « Mythologie grecque et romaine » de Commelin)

Explications du mythe ?

Commelin explique que les trois prénoms des sirènes renvoient à des idées de candeur et de beauté. Il explique aussi que le chant des sirènes est probablement en fait un phénomène sonore que les marins et pécheurs entendraient non loin des récifs : il s’agirait du bruit des oiseaux et de la mer amplifié ou modifié par la distance.

Selon Hervé Bentata, (son texte est disponible ici http://www.freud-lacan.com/Champs_specialises/Psychanalyse_Enfant_Adolescent/Pulsion_invocante_et_chant_des_Sirenes) l’épisode du chant des sirènes correspondrait au début de la définition ou prise de conscience de l’identité/personnalité d’Ulysse : auparavant Ulysse face au cyclope se nommait « personne » et une fois dans le sillage des sirènes ces dernières l’appellent par son nom en disant « Viens à nous Ulysse» ( tel est l’appel lancé par les sirènes dans l’Odyssée écrite par Homère).

Belfiore explique que les sirènes seraient trois car ce nombre correspondrait aux principaux plaisirs de l’homme : musique, vin et amour.

Voici mes hypothèses personnelles :

Les sirènes font miroiter a Ulysse plaisirs, repos et omniscience, Elles symbolisent évidemment la séduction et ses diverses formes. Elles touchent visiblement aux pulsions premières de l’être humain, (même du plus averti) : elles lui promettent plaisirs, le flattent, lui promettent de lui donner la possibilité de tout savoir. Je crois probable que les sirènes cherchent à caresser ainsi l’ego et les sens de leur futures victimes…. Il me semble possible qu’Ulysse voulait entendre le chant des sirènes en étant ligoté car il voulait vérifier à quel point il était encore sensible à telle ou telle séduction plus ou moins pernicieuse. De plus Ulysse cherchait le moyen de retourner à Ithaque, il n’était donc naturellement pas affranchi de son désir de « tout savoir ». Ulysse est un homme rusé, un homme d’intellect, mais son ingéniosité touche tout de même à ses limites face aux séductions des sirènes qui touchent directement le domaine émotionnel. Orphée et sa lyre parvient en revanche à couvrir le chant des sirènes, Orphée est un artiste , en matière de musique et de connaissance des affects humains il pouvait donc probablement être moins vulnérable aux redoutables moyens employés par les sirènes.  …. Il se peut également qu’Orphée n’a pas succombé aux sirènes car se situant probablement dans un certain degré de « détachement ». (Lors de l’épisode avec le narvire Argos, Orphée avait certes reçu dans sa jeunesse une éducation spirituelle poussée, mais il n’était pas pour autant complètement détaché de son impatience  puisque plus tard son envie de s’assurer qu’Eurydice le suivait à la sortie des enfers lui valut de perdre Eurydice à jamais).
Comme dans bien des situations impliquant une séduction/manipulation, la personne qui séduit/manipule a besoin de l’attention que peut lui prêter sa victime/proie. Il se peut que les sirènes symbolisent les personnes qui versent dans la séduction/manipulation car ayant besoin d’attirer l’attention sur elles. (Ce besoin qu’on leur prête attention peut d’autant plus s’expliquer que les sirènes ont été dévalorisées dans divers épisodes de leur vie). Je crois qu’en cela les sirènes symbolisent ce qu’en termes moderne on dénomme les personnes « dévoreuses/phagocyteuses d’attention ».

Il se peut que cela soit de la psycho de comptoir mais voilà en gros mes hypothèses personnelles actuelles sur ce mythe.

Les sirènes du 31ème siècle

L’épisode 13 d’ »Ulysse 31 » revisite le mythe des sirènes à la sauce science-fiction.

Ulysse trouve un cadavre d’astronaute tenant en main une carte électronique faisant miroiter que sur la planète Sirena l’île des sirènes comporte un trésor (qui lui permettrait de connaître tout l’univers inconnu qu’il parcourt et il pourrait ainsi retrouver le chemin de sa planète d’origine). Ulysse se rend sur cette planète, il se fait attacher au mat du bateau débranche le système auditif du robot qu’il l’accompagne…Ce ne sera pas la lyre d’Orphée mais le chant de la flûte de Thémis  qui paralysera les sirènes. En revanche ces sirènes du 31ème siècle sont des femmes poisson qui brandissent des tridents après avoir fait miroiter à Ulysse repos et volupté.

 

 

Sirenes_Ulysse_Vase-.jpg

 

L'Ulysse antique face aux sirènes  (source image artifexinopere.com) 

 

 

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3 mai 2013 5 03 /05 /mai /2013 21:15

 

 

L’antique mythe gréco-romain  d’Eros/Cupidon (l’amour) et Psyché (le psychisme, l’esprit) a inspiré bien des interprétations, artistes et auteurs divers.

Voici d’abord l’histoire en elle-même …

Le récit

Psyché est la fille d'un roi. Elle était d'une beauté si parfaite qu'elle excitait la jalousie d'Aphrodite, à laquelle on la comparait. Elle a deux sœurs aînées. Les trois jeunes femmes sont d'une extrême beauté, mais seules les deux sœurs de Psyché trouvent un époux. Les autres prétendants trouvent Psyché de toute beauté, ils lui vouent même des cultes, adorent la contempler mais ne la demandent jamais en mariage. En effet, la jeune princesse est tellement belle que des milliers de personnes viennent la contempler et l'adorer comme une divinité. Aphrodite, jalouse de la beauté de la jeune fille et offensée par un tel sacrilège, ordonne à Éros de la rendre amoureuse du mortel le plus méprisable qui soit. Cependant, alors que le dieu s'apprête à remplir sa mission, il tombe lui-même amoureux de Psyché en se blessant avec l'une de ses propres flèches.

Le père de Psyché, désespéré de voir que sa fille ne trouve pas d'époux (les deux autres sœurs de Psyché viennent chacune de se marier avec un roi), se rend à Delphes pour supplier Apollon de permettre à Psyché de se marier. La Pythie est catégorique : Psyché doit être abandonnée sur un rocher au sommet d'une colline, où viendra la chercher son futur époux, un monstrueux serpent volant. Apeuré mais résigné, le père de Psyché exécute les ordres divins et abandonne Psyché à son funeste destin. Cependant, Zéphyr, le doux vent de l'ouest, emporte la jeune femme jusqu'à une merveilleuse vallée. Il dépose délicatement la princesse dans l'herbe tendre, non loin d'un magnifique palais fait d'or, d'argent et de pierres précieuses. Psyché y pénètre et y découvre un savoureux festin qui l'attendait. Après ce repas, elle s'endort dans une chambre somptueuse.

Plus tard dans la nuit, son mystérieux époux (Éros) la rejoint, lui demandant de ne jamais chercher à connaître son identité, cachée par l'obscurité de la chambre (et il conseille aussi à Psyché de ne pas prêter attention aux « mises en garde » de ses sœurs qui ont rejoint le palais et tentent de monter leur sœur Psyché contre ce mystérieux époux). Toutes les nuits, il lui rend visite puis la quitte avant l'aurore. La jeune femme apprécie de plus en plus les étreintes et les mots doux qu'ils échangent alors. Rien ne manque au bonheur de Psyché, si ce n'est de connaître le visage et le nom de son amant nocturne, et de revoir sa famille. Ses deux sœurs, amenées au palais par Zéphyr, sont folles de jalousie face à tant de richesse et de bonheur. Elles cherchent à persuader Psyché que son époux n'est rien d'autre qu'un horrible monstre qui finira par la dévorer. Terrifiée à cette idée, elle profite du sommeil de son amant pour allumer une lampe à huile afin de percer le mystère (elle s’approche donc de son époux dormant, elle tient d’une main la lampe à huile et de l’autre un poignard car ses sœurs lui ont conseillé de couper la tête de ce supposé monstre dangereux). Elle découvre alors le jeune homme le plus radieux qu'elle ait jamais vu. Mais une goutte d'huile brûlante tombe sur l'épaule du dieu endormi, qui se réveille aussitôt et s'enfuit, furieux d'avoir été trahi.

 

 

 

 

Folle de chagrin et de remords, Psyché se jette dans une rivière. Mais la rivière, compatissante, la dépose sur la berge, où est assis le dieu Pan. Ce dernier conseille à Psyché de tout faire pour reconquérir l'amour d'Éros. Alors la princesse part à la recherche de son amant. Elle erre de temple en temple, sans succès. Psyché prie Cérès puis Junon qui ne peuvent hélas lui venir en aide. Enfin, elle parvient au palais d'Aphrodite, qui la soumet à toutes sortes d'épreuves, comme une esclave :

D'abord, elle doit trier, en une soirée, un énorme tas de grains de variétés différentes. Par bonheur, des fourmis, prises de pitié, l'aident à accomplir sa tâche, et le tas est trié à temps.

Ensuite, elle est contrainte de rapporter à Aphrodite de la laine de moutons à la toison d'or, qui paissent dans un pré au-delà d'une dangereuse et profonde rivière. Un roseau, ému par l'infortune de la jeune femme, lui indique la marche à suivre.

Puis elle doit rapporter de l'eau du Styx, puisée à même la source. Cette dernière se situe au sommet d'une haute montagne gardée par des dragons. Cette fois, c'est l'aigle de Zeus (le roi des dieux) qui vient au secours de Psyché tandis qu'elle gravit la montagne. L'aigle va remplir une fiole avec de l'eau du Styx, et la remet à Psyché.

Enfin, la jeune femme doit mettre dans une boîte une parcelle de la beauté de Perséphone, la reine des Enfers. Épuisée, Psyché est à nouveau tentée de mettre fin à ses jours. Elle est sur le point de se jeter du haut d'une tour quand, soudain, la tour commence à lui parler, la convainc de rester en vie et lui indique même comment réussir cette épreuve. Ainsi, elle parvient à récupérer une parcelle de la beauté de Perséphone. Mais sa curiosité la perd : pensant que la beauté de la déesse l'aidera à reconquérir Éros, Psyché ouvre la boîte et, aussitôt, plonge dans un profond sommeil, pareil à la mort.

Entre-temps, Éros s'est échappé du palais d'Aphrodite, qui l'y avait enfermé. Toujours épris de Psyché, il la ranime doucement avec la pointe d'une de ses flèches. Puis il l'emmène devant Zeus en personne, qui convoque les dieux de l'Olympe (dont Aphrodite, enfin apaisée), et annonce publiquement le mariage d'Éros et Psyché. Celle-ci est invitée à consommer l'ambroisie, ce qui lui confère l'immortalité. Le dieu et la nouvelle déesse sont alors unis en présence de tout le Panthéon, et un merveilleux banquet s'ensuit.

Quelque temps plus tard, Psyché donne à Éros une fille, nommée Volupté. L'amour (Éros) et l'âme (Psyché) sont ainsi réunis pour l'éternité.

 

Fin du récit.

Ce résumé est un copié/collé de celui actuellement trouvable sur wikipédia auquel j’ai rajouté quelques éléments du « nouveau Larousse de Mythologie « (« Grand Dictionnaire de mythologie grecque et romaine », par Belfiore, éditions Larousse)  qui manquaient dans le résumé wikipédia.

Postérité du mythe :

La trame du mythe d’Eros et Psyché a donné naissance a deux contes: Le célèbre « la belle et la bête » et « le prince à tête de singe/pays des margriettes » (mes articles sur ce conte ici http://www.benoitreveur.info/article-30352700.htmlet ici http://www.benoitreveur.info/article-essai-d-analyse-du-conte-le-prince-a-la-tete-de-singe-109572608.html ).

Ce mythe peut aussi avoir inspiré un archétype récurrent dans certains contes : la belle-mère ou beau-père qui donne du fil à retordre en faisant passer des épreuves prétendues impossibles finalement effectuées grâce à l’aide d‘un deus ex machina.

Le mythe d’Eros et Psyché a inspiré bien des artistes, (notamment Raphaël, Antoine Coypel, Auguste Rodin, divers poètes,  etc..) et d’auteurs (dont La Fontaine, Molière et Corneille, Pierre Louys, etc…). L’audiovisuel s’est également inspiré de l’ »épreuve des fourmis » (il s’agit du premier conte, celui des diamants dans le superbe film « Princes et princesses » d’Ocelot)

ESSAIS D’ANALYSES

La version la plus connue de ce mythe a été écrite dans l’antiquité par Apulée dans un de ses ouvrages intitulés  métamorphoses.  Apulée était né en Numidie, il écrivait en latin. Pour certains de ces écrits il semble classé parmi les néo-platoniciens. J’ignore quelles traditions orales au total ont été les influences d’Apulée quand il a écrit Eros et Psyché. Dans le lot on croit sentir entre autres des origines grecques romaines, carthaginoises et phéniciennes. 

Diverses versions du mythe existent.

Psyché renvoie bien entendu au psychisme, Eros/Cupidon désigne l’amour.

Ce mythe abonde en symboliques et a fait l’objet de diverses études. Il me semblerait prétentieux de croire cerner tous les sens cachés de ce mythe, je vais donc me contenter de livrer mes actuelles recherches et impressions sur le sujet.

Apparence, beauté, laideur et regard

Je crois clair que ce mythe véhicule toute une réflexion sur la place des apparences, sur le regard de l’autre (Joel Schmidt dans son Larousse dictionnaire de mythologie grecque et romaine emploie d'ailleurs le terme méfiance" pour caracteriser le début de la relation entre Eros et Psyché, ce terme "mefiance" me semble renvoyer clairement aux étapes des méfiance puis de reconaissance; confiance, etc)) . Au début du mythe psyché aime l’homme malgré sa laideur car elle apprécie ses qualités d’âme, le drame survient quand elle s’aperçoit qu’en fait cette créature possède aussi l’apparence d’un bel homme, est ce une façon d’évoquer une subjectivité et une superficialité des notions de laideur et beauté ? Avant cette découverte , Cupidon redoute de se voir réellement confronté au regard de Psyché.  (Ce thème est particulièrement développé dans « le prince à la tête de singe/pâys des margriettes «  et dans « la belle et la bête »). A ce sujet on peut sentir poindre ici certains thèmes chers au « banquet «  de Platon (sur la beauté  et la profondeur durable d’une affinité  d’âmes et sur la rareté d’une « belle âme »).Edith hamilton parle d'ailleurs (dans son ouvrage "la mythologie, ed Marabout)  d'une fusion "amour et âme  en fin de récit, cela me semble pouvoir aller dans le sens d'une conception platonicienne. 

 

Vie, Mort renaissance et épreuves.

Eros désigne en psychanalyse la « pulsion de vie «  par opposition à thanatos la pulsion de » mort ».  Psyché dans ses multiples épreuves se trouve souvent tiraillée entre vie et mort,  je suppose que la psychanalyse moderne est plus complexe que cela, mais dans le mythe ce qui a permis a Psyché de tenir le coup à chaque fois, outre les divers « deus ex machina »,  c’est l’idée de l’amour/attraction, une sorte de présence virtuelle de l’esprit d’Eros (à moins que ce

ne soit alors  Antéros, l’attraction mutuelle, mais aussi le jeu « attraction/répulsion ») parfois personnifiée par le frère d’Eros. Il se peut donc aussi qu’il s’agisse là des tiraillements de Psyché entre amour/attraction et répulsion. Le « banquet » de Platon traite le concept d’ »amour » comme une sorte de « force de vie »(du moins Phèdre au début, puisqu’un autre orateur du banquet explique que l’amour/attraction peut aller très loin indifféremment  dans le « beau/bien » mais aussi très  loin dans le « laid »). Au début du « banquet » quand le jeune Phèdre commence sondiscours sur Eros (traitant alors du beau et de l’émulation liée à l’action belle qui selon lui constituent des composantes d’Eros)  cela me semble pouvoir désigner de façon large l’amour de ce que l’on aime, du sens qu’on donne à notre vie, de la félicité éprouvée à faire ce qu’on aime le plus, probablement plus ou moins similaire à la « Lebenswille/volonté de vivre«  de Schopenhauer. Cette idée du concept d’Eros (voire d’Antéros) comme jouant le rôle de  « liant « dans toute la trame du récit est très présente dans le conte du « pays des margriettes ».

il semblerait qu’Hésiode aurait présenté le concept d’Eros comme  possédant un grand pouvoir , une grande emprise dans un tas d’affaires du monde (puisque les gens font souvent telle ou telle chose par amour de ceci ou de cela). Toutefois je crois qu Antéros  peut également largement remplir cette fonction….

On peut se demander si , quand Psyché se jette à l’eau et se retrouve ensuite confrontée à une nouvelle épreuve sur une berge d’un nouveau monde, il s’agirait en fait d’un cycle de « mort » et renaissance des étapes psychologiques de l’héroïne du mythe (remise en cause du couple qu’elle formait avec Eros, remise en cause d’elle-même, etc… ).Le dico de Belfiore ("grand dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, par JC Belfiore, ed larousse) écrit d'ailleurs "ce conte symbolique retrace le parcours intiatique de l'âme, laquelle, à condition d'avoir été purifiée par des épreuves, dont celle d'avoir connu la mort, pourra accéder à l'amour et à l'immortalité divine. 

La « mort » me paraît ici plutôt symbolique (et le terme « mort » sans doute pas très approprié)   car cela  ne me semble pas du tout désigner la mort physique de l’héroïne Psyché , mais plutôt un apaisement de ses tensions mentales, les moments ou elle « lâche prise » quand elle se  jette dans l’eau ou encore quand elle s’endort en cessant de réfléchir  (en cela rejoignant probablement l’état d’annihilation des tensions tel que décrit par Freud pour la  pulsion de « mort »). Du moins je crois comprendre ces épisodes du mythe comme une résignation/acceptation «  du problème plutôt que forcément comme un désespoir morbide. J’ai l’impression que dans ces moments Psyché «tue «  ses anciennes conceptions, son ancienne façon de voir et que la nouvelle Psyché naît alors. Mais il se peut aussi que ces passages de la potentielle « mort » symbolique de Psyché expriment en fait le  pendant d’Eros : son frère Antéros. il s’agirait dans ce cas d’un jeu d’aller-retours entre Eros (attraction ) et Antéros (attraction mutuelle/répulsion). 

Eternité et profondeur de l’esprit

Je vous épargne une redite sur cet aspect de l’interprétation du mythe expliquée par Belfiore dans le nouveau Larousse de Mythologie Grecque et romaine (j’en ai déjà parlé ailleurs sur le blog (dans l’article « essai d’analyse du prince à tête de singe »). Mais concernant ce concept d’éternité de l’esprit/psyché, l’ambroisie de fin de récit symbolise clairement l’idée de vie éternelle.

Il est possible que le mythe d’Eros et Psyché poserait aussi le thème des pièges de l’ego humain via les diverses difficultés rencontrées formant les moments clés du récit (Joel Schmidt dans son Larousse dictionnaire de mythologie grecque et romaine écrit "Psyché est le symbole de l'âme humaine purifiée par les passions et les malheurs"). De plus le thème du regard me semble renvoyer clairement au thème du jugement et de l’ego. De même lorsque Psyché veut acquérir une partie de la beauté d’Aphrodite, je suppose qu’il y a là une vraisemblable parabole sur le narcissisme.  Je crois vraisemblable l’idée selon laquelle la « fusion » finale d’Eros et Psyché ainsi que la vie éternelle de Psyché en fin de récit symboliserait l’âme devenue éternelle une fois qu’elle s’est délestée de ce qu’il y a d’excessif dans son ego. Il me semble donc également probable que le cycle « mort /renaissance » de Psyché au cours des diverses épreuves symbolise en fait l’abandon de l’ego de Psyché, qui une fois libérée de cet ego et n’ayant gardé que sa nature profonde d’âme peut donc accéder enfin à la vie éternelle.

Volupté, corps et esprit

Cupidon et Psyché , enfin furent enfin réunis après être passés par les étapes du regard qui doute puis de la reconnaissance de l’autre. Ils donnèrent alors naissance à Volupté. Cette osmose érotique entre corps et esprit survient une fois que Cupidon/Eros et Psyché ont surmonté les étapes du regard et des apparences, quand psyché à réussi les diverses épreuves et quand la confiance a été établie entre Psyché et Eros

Tout cela reste me semble assez hypothétique et il reste sans doute un tas de choses à dire sur ce mythe, mais voilà grosso modo l’état actuel de mes recherches sur le sujet. Je ne crois pas que ce mythe ait été adapté au cinéma (ou en téléfilm), ce mythe pourrait pourtant faire l’objet un (télé)film péplum mythologique grandiose.

 

    Bibliograhpie : JOel Schmidt : dictionnaire de Mythologie grecque et romaine (larousse)

J.C Belfiore : grand dictionnaire de la mythologie grecque et romaine (larousse)

Edith Hamilton : la mythologie (Marabout)

 

 

 

Psycheabduct

 

 

L'Enlèvement de Psyché, par William Bouguereau. (source image wikipédia)

 

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8 décembre 2012 6 08 /12 /décembre /2012 17:11

 

 

Cadmos est un héros méconnu de la mythologie grecque. Ce mythe d’origine phénicienne a influencé la création de ce mythe grec.

VERSION GRECQUE

Les débuts

Cadmos (parfois nommé « Thasos ») est fils du roi phénicien Agénor et , selon les uns de Téléphassa, selon les autres sa mère serait Argiopé.
Agénor dit à Cadmos d’aller délivrer sa sœur Europe (kidnappée par Zeus, et, je crois,  emmenée en Crète mais en fait Appolodore nous apprend qu’elle avait été enlevée par un taureau et tous les enfants d’Agénor et pas seulement Cadmos étaient chargés de retrouver Europe). les recherches de Cadmos s’avérant vaines, ce dernier se rend à Delphes pour demander conseil à l’oracle d’Apollon. Cadmos suivra donc le conseil de l’Oracle : suivre une vache portant sur ses flancs un disque ressemblant à la lune et fonder une ville là ou la bestiole se posera. Il trouvera cette vache en Phocyde et il la suivit jusqu’en Béotie, ainsi fut créée la ville de Thèbes (en s’inspirant de la Thèbes d’Egypte  et Commelin explique que cette ville fut tout d’abord nommée la Cadmée).

 

La rencontre avec le monstre

Cadmos et ses compagnons voulaient sacrifier le bovin à Zeus, pour accomplir le rituel ils allèrent chercher de l’eau  dans un bois dédié à Arès et tombèrent sur une source au bord de la laquelle se tenait une caverne. Un dragon  (fils de Mars/Arès et Vénus/Aphrodite) sortit de cette cavité.  Ce monstre possédait une crête de couleur dorée et ses yeux semblaient lancer de la foudre.  Il possédait trois rangées de crocs et sa langue avait trous fourches (comme trois langues de serpent  qui seraient juxtaposées). Le monstre cracha un gaz empoisonné sur les compagnons de Cadmos, les étrangla comme le ferait un boa constrictor et les dévora un à un.

Cadmos ne se trouvait pas sur les lieux et commençait à trouver leur escapade longuette. Il décida donc de suivre leurs traces de pas afin de voir si tout allait bien pour eux. Il tomba nez-à nez avec le dragon. Cadmos sortit victorieux du combat et tua le dragon (selon les versions : avec un javelot et une pierre blanche ou , selon d’autres, avec un glaive et un bloc de marbre). C’est alors que surgit Athéna (La version d’Appolodore précise qu’Athéna fit ainsi pour venir en aide à Cadmos qui , seul, ne parviendrait pas à fonder une ville), elle lui dit de labourer la terre et d’y semer les dents du dragon. Ces « graines  improvisées » se transformèrent en hommes armés qui surgirent de terre (dans la version du dico de Joel Schmidt ces guerriers sont en fait des géants)  et , se croyant ennemis les uns des autres, commencèrent à se battre en eux à mort en laissant Cadmos à l’écart de cette bataille. Un des 5 seuls survivants de ce combat se nommait Echion et proposa de cesser les hostilités. Ces 5 soldats sortis de terre aidèrent donc Cadmos à fonder Thèbes dont Cadmos devint le roi (dans la version d’Appolodore, c’est Cadmos qui a persuadé ces 5 guerriers de lui venir en aide pour fonder une ville).

 Ensuite Cadmos épousa Harmonie/Hermione qui était , selon les versions soit  fille d’Arès et D’Aphrodite Soit fille de Zeus et d’Electre.  Tous les dieux étaient invités au banquet. 0 ce moment Cadmos offrit 0 son épouse le péplos  que lui avait donné Héphaistos (Vulcain chez les romains). Hermione et Cadmos eurent plusieurs enfants : Polydore, Autonoé, Ino,  Sémelé, Agavé. Lors des noces, Aphrodite donna à Hermione un talisman qui allait porter malheur aux générations suivantes (ce qui fut le cas pour toutes les filles de Cadmos et Hermione). Dans la version relatée par Commelin, Mars voulait se venger d’une infidélité de Vénus et donna ainsi à Hermione un vêtement portant toute sorte de crimes, et ainsi les enfants d’Hermione et Cadmos commirent des méfaits qui les vouèrent au malheur.

Cadmos était vénéré par les lybiens comme le fondateur de cent villes. Puis un jour un oracle annonce à Cadmos un malheur planant sur ses enfants. Il se demande si ce n’est pas les dieux, plus particulièrement Arès (dans la version relatée par Belfiore), qui ne chercherai(en)t pas à venger la mort du dragon/serpent. Cadmos dit alors que si tel est le cas , il préfère se voir changer en serpent. Aussi dit aussitôt fait : Cadmos fut ainsi métamorphosé en serpent. Hermione , témoin impuissant de cette scène supplia les dieux d’être à son tour changée en serpent, ce qui fut exaucé…. Les deux nouveaux serpents vécurent ensemble dans la forêt. Toutefois après leur mort ils furent acceptés aux Champs-Elysées Cadmos de son vivant était globalement considéré comme un roi sage et juste).

Il existe aussi un vase grec représentant Cadmos comme un homme ailé à queue de serpent, probablement en souvenir du dragon qu’il a tué.

Impact culturel du mythe :

Cadmos illustre clairement l’influence de la civilisation phénicienne sur celle grecque antique. Autant Hercule constitue le héros bucolique qui permet à l’homme de découvrir des techniques lui permettant d’utiliser la nature à son avantage (irrigation, élevage, etc..), d’aucuns expliquent que  le mythe de Cadmos semble symboliser l’arrivée de l’écriture dans la Grèce antique.

Dieux, enjeux et symboliques :

Concernant les versions faisant d’Hermione/Harmonie  la fille d’Arès (le conflit et les diverses formes d’agressivité) et d’Aphrodite (la beauté, l’érotisme les forces créatrices de vie), il me semble important de noter qu’elle est donc sœur de Deimos (la terreur) , d’Eros (l’amour), de Phobos (la crainte au sens large et la peur de mourir) , d’Antéros (attraction et répulsion), etc…

Inutile de rappeler la célèbre opposition existant de toute manière entre Arès (père d’Hermione ) et Athéna. Bien entendu ce passage avec les dents du dragon donnant naissance à des  guerriers s’entretuant se retrouvera plus tard dans le mythe de Jason et la toison d’or.  Certains expliquent qu’Athéna donna 50 % des dents du dragon à Cadmos et garda les 50 autres pourcent pour Jason. Athéna avait-elle des intérêts personnels dans la réussite ou l’échec de la quête de Cadmos ? Cherchait-elle à ridiculiser une fois de plus Arès mais cette fois par l’intermédiaire du gendre de ce dernier ? (Arès Symbolisant la fureur belliqueuse et Athéna les qualités du  fin stratège guerrier, ce n’est pas une découverte , elle se plaisait à jouer de malins tours à Arès dès qu’elle en avait l’occasion).

Ce passage des dents de dragon qui servent de graine donnant naissance à des guerriers me semble pouvoir symboliser l’arrivée de l’agriculture puis des forces militaires dans les civilisations humaines, activités de survie qui sont probablement arrivées après celles de la chasse, cueillette et élevage.  En revanche quand wikipedia affirme que Cadmos symbolise l’arrivée de l’écriture (car Hérodote attribue à Cadmos l’introduction de l’alphabet en Grèce), cela manque de nuance car le dico de Belfiore explique clairement que :

Soit Cadmos aurait introduit l’alphabet phénicien en Grèce après avoir volé cette invention à linos (que Cadmos aurait tué au passage).

Soit Cadmos aurait inventé l’alphabet grec en traçant des hiéroglyphes (piquées à celles des égyptiens ? le nouveau Larousse ne le précise pas , dommage..) .

Donc Cadmos n’est pas forcément le héros mythologique ayant inventé l’écriture.

Commelin explique que Cadmos apporta aussi en Gréce le culte d’autres dieux phéniciens tandis qu’Hermione apporta l’art en Grèce.

Ethique ?

On sent le jeu subtil entre amour et conflit dans ce mythe, mais je crois que le passage des soldats sortis de terre peut comporter une éthique en soulevant des questions du type : comment ne pas se tromper d’ennemi ? comment être certain que le conflit est inévitable ? Quel est le but de cet éventuel conflit ?   y existe-il un message du type » si tu veux la paix durable dans Thèbes sois déjà prêt à faire la guerre « ?  Il me semble clair que ces guerriers sortis de terre ont finalement préféré construire ensemble et s’entraider plutôt que s’entretuer au noms de leurs intérêts personnels. En termes modernes et économiques on dirait sans doute que cela montre la supériorité de l’émulation sur la compétition.

analyse de la fin du héros :

Cadmos et Hermione connaissent uNE fin relativement tragique, comme bien des héros mythologiques. On peut trouver cela dommage ou injuste…. Mais c’est pourtant volontairement voulu si ces récits terminent ainsi : Marie Louise Von Frantz (ancienne assistante du psychnalyste CG Jung) explique que les héros de mythe ou légende ont pour fonction symbolique d’aider l’humain à gérer certains passages difficiles dans sa psyché, rien de plus. Mais l’homme ne doit surtout pas s’identifier à ce héros qu’il n’est pas, ce héros reste un moyen transitoire…. C’est pourquoi la fin tragique des héros servirait à empêcher l’identification du lecteur au héros et permettrait ainsi de le faire échapper à la fin tragique du héros (cette fin tragique représentant l’inéluctable conséquence de la démesure dans laquelle les héros baignent constamment). En quelque sorte cette fin tragique typique de bien des héros mythologiques sert à ce que l’homme reste conscient de ses propres limites. (source « les modèles archétypiques dans les contes de fées « , par Marie Louise von Frantz).

Concernant le fait que les deux époux finissent par se rejoindre dans cette fin (jugée tragique par les uns, mais les autres estiment que la métamorphose en serpent reste un honneur qui leur fut concédé), il y existerait sans doute un tas de choses à dire sur l’archétype des deux époux ou amants se rejoignant dans une fin tragique. Cet archétype est justement présent dans le mythe grec d’Atalante (cf anciens articles du blog) mais aussi dans le mythe de Pyrame et Thisbé (  qui  a très vraisemblablement inspiré « Tristan et Yseut » ainsi que « Roméo et Juliette »).   Edith Hamilton explique que la fin de Cadmos et Hermione illustre la souffrance injuste que les personnes innocentes peuvent elles aussi subir.

Parmi les lointains descendants de Cadmos, il y a le célèbre Œdipe.

Voilà du moins mes impressions (il se peut que je sois à coté de la plaque dans cette tentative de décryptage et il reste sans doute d’autres choses à dire sur ce mythe)

Sources :

« Grand dictionnaire de la mythologie grecque et romaine » Jean –claude Belfiore (éditions Larousse.

« les modèles archétypiques dans les contes de fées « Marie Louise von Frantz

« dictionnaire de mythologie grecque et romaine » (Joel schmidt)

« La mythologie » (Edith Hamilton, pour la version d’Appolodore)

« mythologie grecque et romaine » (Commelin)

 

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2 novembre 2012 5 02 /11 /novembre /2012 21:41

 

 

 

    Dans la mythologie grecque, les lestrygons sont des géants qu’Ulysse rencontra lors de son odyssée.

Il s’agit de géants anthropohages, descendants de Poséidon.

Les Lestrygons avaient pour roi Antiphatès (lors de l’épisode les opposant à Ulysse).

Selon les versions, les lestrygons vivraient en Sardaigne, en Campanie ou en Sicile.

Certains supposent que Lamos fit partie des autres rois qu’eurent les lestrygons. Ce dénommé Lamos aurait fondé Formies au sud du Latium.  

Le passage de l’Odysée confrontant Ulysse aux lestrygons se situe juste après celui d’Eole et précède le séjour d’Ulysse chez la magicienne Circé (mon article circé la magicienne ici http://www.benoitreveur.info/article--circe-la-magicienne-40931902.html).

Certains pensent qu’Ulysse faisait une escale de repos près de Formies , en Campanie, quand lui et son équipage furent attaqués par les lestrygons. Selon d’autres la flotte d’Ulysse arriva sur l’ile des Lestrygons car poussée par l’outre des vents d’Eole.

Ulysse et ses compagons arrivèrent au pays des lestrygons. Homère raconte qu’il Ils avaient un palais nommé Télépyle qui dominait la ville habitée par les lestrygons. C’était un peuple de bergers qui pratiquaient le cannibalisme rituel et défendaient furieusement leur port.
Wikipédia donne quelques hypothèses concernant une possible origine historique du mythe des lestrygons (un peuple local ancien qui aurait été en conflit avec d’autres peuples et aurait défendu son port d’une main de fer).

Wikipédia explique aussi : « Ayant accosté, Ulysse envoie des éclaireurs qui rencontrent la fille d'Antiphatès, le roi des Lestrygons. Celle-ci leur désigne la demeure de son père, mais sitôt qu'ils y entrent, la reine ameute son mari qui tue et dévore plusieurs hommes. Les survivants regagnent les navires, poursuivis par des milliers de Lestrygons qui provoquent un grand massacre parmi les compagnons d'Ulysse. Celui-ci parvient à fuir dans un vaisseau, avec quelques survivants. »  (source wikipédia)
Dans ce célèbre épisode les lestrygons lancèrent de très gros  rochers sur les navires d’Ulysse et dévorèrent nombre de ses compagnons. Selon Appollodore les lestrygons auraient détruit tous les navires de la flotte d’Ulysse sauf un. Les géants attrappaient les compagons des autres navires d’Ulysse avec leurs mains immenses et les portaient à leur bouche pour dévorer les hommes d’ulysse. Ils coulèrent et détruisirent de nombreux navires de la flotte d’Ulysse. Il semblerait que seul le navire d’Ulysse soit parvenu à échapper à cette hécatombe.

Cet épisode me paraît résumé plus clairement ici : « Après plusieurs jours d'errance, Ulysse parvient au pays des Lestrygons et, alors que les autres nefs s'amarrent dans le port, il maintient son propre bateau en dehors, attaché à une roche.

Les hommes envoyés en reconnaissance par Ulysse ne tardent pas à rencontrer des Lestrygons, semblables aux Géants, qui se jettent sur eux pour les dévorer. Les rescapés fuient à toutes jambes vers le port, poursuivis par les Lestrygons. Ceux-ci jettent des pierres énormes en direction des bateaux qu'ils coulent, et harponnent leurs occupants. Seul Ulysse, amarré plus au large, parvient à en réchapper avec son équipage.

«  (source web http://www.latein.ch/f/alte_sprachen/odysseus/odysseus.php?item=5)

le fameux passage de l’Odyssée (Odyssée, X, 80- 132) est lisible ici http://www.mediterranees.net/mythes/ulysse/epreuves/lestrygons.html 

les lestrygons poursuivant les compagnons d’Ulysse dans leur ville

source image ralentirtravaux.com

CHEZ LUCIEN

Dans « histoire véritable » (tomes 1 et 2) Lucien de Samosate nomme « bataille des îles « un combat naval opposant des armées de géants sur des navires et îles flottantes » qui se lançaient de gros projectiles. Lucien n’ayant jamais caché qu’il parodiait Homère, je me demande si cette « bataille des iles » représente une parodie du passage de l’odyssée dans lequel les géants lestrygons balancent des rochers sur la flotte navale d’Ulysse.  (mon article sur Lucien ici http://www.benoitreveur.info/article-lucien-de-samosate-de-la-science-fiction-antique-58222747.html)

DANS LA SCIENCE FICTION

Ulysse 31 contre Antiphatès source image booknode.com   

DaNS « Ulysse 31 » , l’épisode numéro 10 intitulé « les lestrygons », met en scène cet Ulysse du 31ème siècle arrivant sur une planête de pêcheurs de taille humaine normale nommés « lestrygons ». Il sont asservis par le tyran local nommé Antiphatès. Ce dernier est de taille humaine normale. Son grand hobby consiste à retenir en captivité et collectionner des êtres vivants qu’il a réduits à la taille d’un jouet. Un prisme magique permet a antiphatès de réduire les êtres vivants à la taille qu’il veut.

Ulysse et son équipage se retrouvent aux prises avec Antiphatès, une fois que ce dernier les a réndus aussi grands que des liliputiens. Bien entendu Ulysse , Télémaque , Thémis et Nono le robot ont plus d’un tour dans leur sac…..

 

HERCULE ET LES LESTRYGONS

Non il ne s’agit pas d’un titre de péplum estival ni d’un film de Série B.

Le dernier « Larousse de mythologie grecque et romaine » (écrit par Jean Claude Belfiore) nous apprend que le célèbre Hercule/Héraclès qui convoyait alors les boeufs de Géryon rencontra ces géants sur sa route et tua un grand nombre de lestrygons.  Voici la source donnée par le dico de Belfiore : Lycophron, Alexandra (662-663 et Scolie , 956, 957 , et scolie).

Sources:

« Grand dictionnaire de la mythologie grecque et romaine «  (Jean Claude Belfiore, éditions Larousse)

Homère, l’Odyssée

Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine ( Joel Schmidt)

 

 

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Published by Benoitreveur - dans Mythes
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