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6 septembre 2012 4 06 /09 /septembre /2012 16:08

 

 

 

La milloraine , créature du folklore normand, tend actuellement à sombrer dans l’oubli. Les documents sur cette créature sont assez rares.  Elle est souvent remplacée par de plus récentes « dames blanches » et autres « lavandières  nocturnes » ou encore par la banshee (son équivalent Outre-Manche), voire parfois assimilée à des fées ou des dames vertes.

   La milloraine est particulièrement rattachée au département de la Manche (même si relativement répandue dans les légendes des autres coins de Normandie).

D’aucuns pensent que la milloraine pourrait provenir des fées et être d’origine romane.

D’autres pensent que ces milloraines (plus rarement nommées « demoiselles) seraient d ’origine scandinave. Il s’agirait alors d’une sorte d’adaptation locale des walkyries des vikings (les « northmen » ) qui avaient conquis la Normandie.

Caractéristiques

Il s’agit d’une créature féminine de très grande taille vivant dans les arbres.

Les milloraines sont connues pour être inoffensives quand on ne leur dit rien, agressives si on leur adresse la parole. Elles se cachent dans les arbres si un homme cherche à s’approcher d’elles.  Le voyageur voit alors un courant d’air dans les branches, en guise de trace du passage de la milloraine. Toutefois certains affirment que si un homme se rend tous les jour à ce même endroit pendant huit ans, la milloraine finira par daigner lui parler.  Elle pousse un cri terrifiant. La milloraine adore surprendre les voyageurs en sautant des branches d’un arbre, se posant sur les épaules de l’homme qui se sent alors écrasé par un poids énorme. Assez souvent l’homme tombait sous le poids de la milloraine car en plus il se trouvait ainsi aveuglé par la milloraine qui venait de lui tomber dessus.  L’homme se retrouve d’autant plus effrayé qu’il ne peut alors ni toucher ni voir la milloraine. En cela la milloraine semble parfois assimilée à des sortes de formes spectrales ou de revenants. Les milloraines aiment s’attaquer aux voyageurs égarés dans les forêts humides locales.

Pour d’autres les milloraines sont des femmes fantômes de taille gigantesque, de couleur blanche , sans membre ni visages distincts. Dans ce cas la taille de la milloraine grandirait à mesure  que le voyageur s’approche d’elle. (source de cette variante de milloraine : « annuaire du département de la Manche, volume 4 »).

Parmi les choses que les légendes dévoilent pas ou peu : qu’ont à dire les milloraines aux rares humains à qui elles daignent parler ?

Ancêtre des « lavandières » et « dames blanches » locales ?

Si d’aventure un homme surprenait des milloraines chantant et formant une rondenon loin d’un lavoir, ces dernières l’obligeaient a laver leur linge et lui broyaient les os des bras et jambes  si ce dernier n’effectuait pas correctement le travail demandé. Ces milloraines laveraient la nuit le linceul des morts.  En cela les fameuses « lavandières de la nuit » de la région proviennent vraisemblablement des légendes plus anciennes de milloraines.

Les milloraines ont été citées par Barbey d’Aurevilly dans « Une vieille maitresse » : il les décrit comme d’anciennes « lavandières de la nuit ». Barbey D’aurevilly nommait les milloraines « Mille Loraine », pour lui elles seraient des femmes fées de grande taille.

Et si ces milloraines blanchâtres étaient en fait des adaptations locales des « elfes lumineux » ? (les « elfes lumineux » font partie du folklore scandinave, donc des légendes viking.  Les «elfes » sont le pendant féminin des « alfes », le nom scandinave ancien des « elfes lumineux « est  « iosalfar », source pour les elfes lumineux : « dictionnaire de mythologie et de symbolique nordique et Germanique », Robert jacques Thibaud, éditions Dervy poche ).

La  célèbre « dame blanche de Tonneville » emprunte manifestement  quelques caractéristiques des milloraines. Les hommes à cheval constituaient en effet une cible très prisée des milloraines  qui se plaisaient à monter en croupe sur leur cheval dans le but de les faire aller dans l’eau et les noyer. D’autres fois les milloraines aimaient tendre le piège suivant : se transformer en cheval avec selle et bride, se comporter de manière avenante face à un marcheur afin que ce dernier monte sur son dos, puis le cheval/milloraine se mettait à courrir très vite, entraînant son cavalier dans les ronces puis le faisant tomber dans l’eau avant de disparaître en laissant échapper un rire cruel et terrifiant. La  »dame blanche de Tonneville «  était à l’origine nommée « Demoiselle de Tonneville », il s’agit visiblement d’une Milloraine dont la légende fut transformée , avec le temps, en histoire de dame blanche.

En revanche les « milloraines de la Hague » semblent ne pas avoir subi de transformation en légende de lavandière ou dame blanche. Il en va de même pour la « Demoiselle d’Héauville «  qui  semble rester une légende de milloraine. Les récits locaux font d’elle une créature féminine d’une grande beauté (une milloraine à visage visible , selon les récits anciens collectés par Jean Fleury au 19ème siècle)

Milloraine et sorciers

Les milloraines seraient souvent commandées par les sorciers locaux (les « carats », « carots » ou encore « carimaras » qui , grâce à leur grimoire contrôlaient aussi d’autres créatures régionales dont les laitices, les fourolles , les réparats, les tarannes et parfois même certains gobelins… . Ces sorciers, souvent bergers,  étaient censés posséder bien d’autres pouvoirs , dont : déclencher des orages et tempêtes, changer le sens du vent, de faire apparaître dans un seau d’eau l’image du coupable d’un délit, envoyer des nuées de rats,  donner des maladies aux hommes et au bétail en jetant des sorts, etc..  En termes de puissance ils sont donc équivalents à un Gandalf ou à un Saroumane).  

Source : « sorcellerie normande » écrit par Georges Dubosc , publié en 1922 puis numérisé en 2004 par la médiathèque de Lisieux.

La milloraine créature sylvestre ??

Certes les milloraines sont souvent liées à des régions de lande et marécage de la Manche, mais elles sont aussi très liées aux champs et aux arbres (où elles aiment se réfugier) j’ignore dans quelle mesure elles peuvent ou non être liées aux légendes de « dames de la forêt », « dames vertes » et de fées forestières comme on en trouve dans le pays de Caux.

On notera aussi que la légende des « fèes de la vallée du Hubilan » décrit ces fées comme des lavandières….

Au sujet du caractère sylvestre des milloraines, certains, quand ils parlent de la similitude entre dame blanches locales et milloraines semblent la décrire comme blanche, évanescente et d’aspect faisant plus ou moins penser aux elfes.

En tous cas les légendes restent très évasives sur un point : ou se situe l’habitat des milloraines ? Dans les arbres ? Dans des grottes ? Ailleurs ??

En tous cas les « alfes lumineux » de la mythologie nordique vivent dans les domaines célestes d’AlfHeim et de Vidblain. Dans le cas où les milloraines seraient  bel et bien la version normande de  ces « elfes lumineux »  cela expliquerait-t-il pourquoi les milloraines sautent du haut des arbres, montent se réfugier dans les arbres et disparaissent dans les airs ?

Les « Demoiselles »

Tel est l’autre nom ancien des milloraines. On peut citer la légende de la demoiselle de Gruchy qui possède quelques traits communs à ses consoeurs nommées milloraines (haine des hommes, transformation en animaux), en voici un récit :

« LA DEMOISELLE DE GRUCHY 

Sa demeure se situait dans ce village de la commune de Gréville dans la Manche. C’était une magicienne cruelle et impitoyable, capable de se transformer en toutes sortes d’animaux. Elle attirait chez elle les jeunes gens, puis une fois lassée, les transformait en animal ou bien en plante. Sans pitié pour ceux qui essayaient de lui résister, elle les faisait éventrer et mettait leurs entrailles à sécher sur des haies d’aubépines.

Son pouvoir lui serait venu, dit-on, d’une peau magique ou d’une haire dont elle avait l’habitude de se revêtir. On disait qu’il lui suffisait simplement de la toucher pour devenir soudainement invincible. Cependant un matin, surprise dans son sommeil, ne pouvant s’emparer de sa haire, elle put enfin être emmenée sans résistance vers son funeste destin. »

Source http://www.normandie-heritage.com/spip.php?article314

Pour certains il sembleraient que certaines demoiselles présenteraient un point commun avec certaines dames blanches : fantome plaintif de femmes mortes sans tombeau chrétien . On retrouve d’ailleurs cela dans la légende « la chambre des Demoiselles » dont l’action se situe près d’Etretat.   

La « Demoiselle du pré Colas » à Jobourg ferait l’aumône sur la route et donnerait parfois une pièce d’or aux passants ou voyageurs qu’elle jugerait dignes de la recevoir (ce qui atténue un peu l’habituel coté maléfique de ces milloraines/Demoiselles)

La « Demoiselle D’Heauville » n’est pas toujours cent pour cent « vache » dans les mauvais tours qu’elle joue : pour attirer le voyageur vers l’eau elle y balance le sac de ce dernier, mais ensuite elle l’aide à ramasser le sac. 

La plus célèbre des milloraines : la « dame blanche/demoiselle de Tonneville »

Cette légende, transformée en histoire de dame blanche semble constituer un mélange entre une vieille histoire de milloraine/demoiselle et l’histoire d’une châtelaine locale ayant vraisemblablement existé.

Voici la trame principale de cette légende :

« De nos jours, on trouve sur les cartes le nom d'un lieu-dit proche du bourg de Tonneville, L'Étang de Percy. Aujourd'hui asséché, le terrain aurait longtemps accueilli un étang, au milieu des landes qui couvraient une commune non encore urbanisée, à l'habitat dispersé. Et selon une légende locale, ce plan d'eau aurait été l'ultime sépulture de plusieurs voyageurs perdus, jetés là par les maléfices d'une dame blanche.

Ce fantôme serait celui d'une noble d'une XIIIe siècle, Blanche de Percy, aussi belle que dominatrice. Seule héritière des terres à la mort de ses parents, elle vit seule, éconduisant tout prétendant, et étudie la magie noire. Lorsque la possession d'une lande est contestée entre la paroisse de Tonneville et celle de Flottemanville, la châtelaine la réclame, déclarant : « Si, après ma mort, j'avais un pied dans le ciel, et l'autre dans l'enfer, je retirerais le premier pour avoir toute la lande à moi. »

A l'heure de sa mort, elle refuse les sacrements du prêtre et ne rétracte pas ses mots quant à la possession de la lande. Et, lors de son enterrement, le cercueil devient si lourd, qu'il est impossible de le sortir, malgré tous les efforts faits, au point qu'on décide de l'inhumer à l'endroit même, à l'entrée de la cour. Depuis, en accord avec sa déclaration, elle hante la lande et s'attaque aux promeneurs nocturnes.

Et lorsqu'en 1949, on a fait des travaux à l'emplacement du manoir démoli, on a retrouvé une tombe sans inscription, sous le seuil du pressoir, là où la légende situe depuis plusieurs siècles, la sépulture de la demoiselle de Tonneville. » source  wikimanche 

Dans d’autres versions :

«   Lorsque le curé voulut la conduire au cimetière, les porteurs du cercueil ne réussirent pas à franchir la barrière de la propriété tant le corps était devenu lourd. Volens, nolens, le curé décida de l’enterrer là. Tous espéraient que désormais l’orgueilleuse Demoiselle reposerait en paix pour l’éternité. On se trompait…. Le soir même, une belle demoiselle aux vêtements couleur de brouillard déclara au fermier du manoir de Tonneville qui rentrait chez lui : « je voulais que tu saches que maintenant la lande m’appartient ». Et elle s’envola, légère comme un papillon, riant d’un rire qui n’en finissait pas pour se fondre dans la nuit. » (source http://www.lahague.com/index.php?ThemeID=5&CatID=55&SousCatID=64 )

Dans certaines autres versions (dont celle rapportée par Marie Hélène Delval dans « Contes et légendes de Normandie », cette dame blanche locale se présente sous les traits d’une très belle femme, elle monte en croupe sur le cheval du voyageur (comme les milloraines) et approche ensuite sa tête du voyageur pour que ce dernier voie les dents longues et pointues de cette Demoiselle de la lande. Dès que le voyageur pousse un cri d’effroi, elle disparaît en poussant son rire terrifiant et au passage elle a entrainé l’homme en question dans l’étang sans qu’il s’en aperçoive, trop occupé par la découverte de l’aspect démoniaque de la dame blanche (c’est le seul cas de milloraine ou de dame blanche aux dents pointues que je connaisse). Mais il arrive aussi que cette dame blanche hantant la lande se transforme en cheval pour berner le voyageur pédestre (Là aussi l’origine milloraine de cette légende semble assez visible).

Une légende trop ancienne ?

La documentation sur les milloraines et beaucoup plus rare que sur d’autres créatures.

Depuis quelques années , les légendes de dame blanche évoluent souvent en légendes d’autostoppeuses fantômes. La légende de la  milloraine aux transformations équestres peut-elle survivre à la généralisation de l’automobile sur les routes ? Alors à quand des légendes de milloraines ou dames vertes qui,  perchées sur les branches d’arbres , sauteraient sur le capot ou pare brise des voitures pour que l’automobiliste ainsi aveuglé se plante dans le virage voisin ( ou dans le poteau électrique/étang/camion d’en face)?  (En tous cas il y a de fortes chances que ce genre d’accident automobile surnaturel figure dans un de mes récits fantasy en cours d’écriture…..).

A ma connaissance aucune milloraine n’a été signalée jusqu’à présent dans les œuvres de fantasy. (Dommage car la créature a bien du potentiel scénaristique).

Il reste sans doute d’autres choses à dire sur les milloraines, mais voilà du moins  ce que j’ai trouvé

 

 


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Published by Benoitreveur - dans Mon petit bestiaire
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