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15 décembre 2011 4 15 /12 /décembre /2011 17:31

 

 

 

Ce conte normand me paraît moins connu que celui du « prince à la tête de singe/pays des margriettes » (article ici  http://benoitreveur.over-blog.com/article-30352700.html, conte du Cotentin)

« Pimpernelle » nous vient en revanche du Pays d’Auge.

Voici l’histoire de ce soldat Pimpernelle :

Il était une fois, un soldat qui revenait chez lui. Il n'avait qu'un sou et s'appelait Pimpernelle ( le nom d’une jolie rose très épineuse). C'était aussi un militaire très aimable, de bon coeur, sans souci, mais un peu malin. Il cheminait par la grande route, au soleil, et chantait une chanson de régiment où l'on disait beaucoup de mal de la misère et de la mort ; il était fier.

C'est probablement pourquoi certains en veulent au soldat. Vint à passer un homme, beau et gracieux, accompagné de trois autres, ils n’étaient autres que Jésus et les apôtres saint Jean le bien-aimé, le porte-clefs saint Pierre et le grand convertisseur saint Paul. Ces quatre voyageurs étaient couverts de poussière ; ils demandèrent l'aumône au soldat Pimpernelle qui donna une pièce à chacun d’eux. Alors Jésus-Christ voulut récompenser la charité du soldat.

- « Mon ami, tu es pauvre et  généreux ; tu sera récompensé. Je suis le Seigneur Jésus-Christ et je te donne à choisir entre le Paradis et le pouvoir de faire entrer dans ton sac tout ce que tu souhaiteras ».

 Pimpernelle, encore très attaché à la  verte terre  campagnarde; choisit la première option ( après tout, il avait bien le temps encore de songer à la vie après sa mort) – « Vas en paix, qu'il soit fait comme tu le veux «  lui dit alors  le Seigneur

Pimpernelle qui vagabondait  arriva à la ville prochaine. Les enseignes des échoppes et auberges diverses le charmaient,  Mais il avait encore plus faim que soif et restait indécis.  Il aperçut alors un succulent gigot de mouton à l'étal d'un boucher et sans bien penser à la promesse du Seigneur, il se dit en son for intérieur : « Oh ! si je le tenais dans mon sac ! » Tout à coup le gigot se trouva dans le sac. Alors Pimpernelle eut la foi.

La petite et joyeuse voix des enseignes et des bouchons chantait sa musique ; la bouteille de vin du cabaretier, la tourte du boulanger suivirent la même route, et Pimpernelle se délectait de divers mets et boissons. L'histoire ne dit pas comment le boucher, le cabaretier, le boulanger furent payés, mais Notre-Seigneur ne peut faire que bien les choses. En bon militaire, la halte faite, Pimpernelle se remit en route, sifflant la marche de son régiment. Il arriva le soir dans une autre ville et le plus près de son village, où il allait surprendre parents et amis. A l'auberge où il entra, il n'y avait pas de place. - « Nous n'avons, dit l'aubergiste, qu'une chambre où nous n'osons mettre personne, car il y revient. »- « Qu'est-ce que cela fait, dit Pimpernelle, j'ai couché en plus mauvais lieu. » On le mit dans la chambre hantée et l'on cru que Pimpernelle venait alors de signer son arrêt de mort.- « Mais ce n'est qu'un soldat, avait dit l'aubergiste, un mauvais gueux comme vous le voyez.» Pinpernelle mangea à s’en faire péter la panse et dormait déjà de ce bon petit sommeil suivant tout bon festin digne de ce nom, quand il entendit du bruit dans la cheminée. On trimballait la crémaillère.- « Bon, cela commence, dit-il, j'ai bien envie de voir comment cela finira. »

En levant la tête, il vit un petit diablotin, gros comme un fort criquet, qui le regardait d'un oeil vert et semblait guetter l'ennemi : « Toi, tu vas passer dans mon sac, tu y trouvera une paire de souliers que tu vas décrotter. » Le diablotin fit bien une grimace mais il obéit, toujours par la grâce de Dieu et de Notre-Seigneur. Un autre ose encore paraître : « Toi, saute dans mon sac et tu vas bourrer ma pipe. » Et le petit démon fit la chose comme s'il n'avait fait que cela toute sa vie. Un troisième diable se montrait encore : « Va dans mon sac et m'y chante une chanson d'enfer pour me désennuyer d'être tout seul ; ce n'est pas ma coutume. » Mais à cette musique, voilà qu'il arrive une enfilée de diablotins le long de la crémaillère, que c'en était gênant : Fichez-moi tous le camp dans mon sac, tas de canailles, crapules et mauvais sujets, et je vais vous hacher menu comme chair à pâté. » Au jour, il descendit dans la salle de l'auberge, où il fit voir ce que personne n'avait jamais vu : des diables dans un sac. Il se rendit chez un forgeron, se saisit de l’enclume et écrasa le sac. On entendit, tels des souris ainsi écrasées, le couinement des diablotins, le craquement de leurs  os ; mais chose étrange, il ne coulait pas de sang ; (on dit que les diables n'en ont pas). Quand on ouvrit le sac il ne restait plus qu'un seul diablotin vivant qui demanda grâce à Pimpernelle, qui la lui accorda, et ce diablotin lui dit qu'il y avait une cuve pleine d'or sous l'escalier de l'auberge. Pimpernelle n'en voulu pas prendre une seule pièce. Cet argent ne lui aurait de toute façon pas servi à grand chose, puisqu'il pouvait tout faire entrer dans son sac à sa guise.

Lorsque Pimpernelle mourut - il n'avait pas pensé à enfermer la mort dans son sac – (l’histoire ne précise pas à quel âge cela lui arriva) il s'en alla vers le paradis. Arrivé à la porte, il trouva saint Pierre, et avec politesse et bonne grâce il demanda l'entrée. Saint Pierre lui rappela qu'il n'avait pas opté pour le paradis, et lui dit qu'il était fâché de ne pouvoir ouvrir à un si brave homme. Pimpernelle alla donc frapper à la porte de l'Enfer. Aussitôt on le reconnut et on cria de toutes parts : « C'est Pimpernelle ! » Les diables avaient tellement peur de lui que personne n'osa lui ouvrir. Un diablotin glissa sa tête sur la porte et Pimpernelle le cloua à terre par l'oreille, lui faisant pousser d'horribles cris. Pimpernelle aurait pu les mettre tous dans son sac et régner seul dans l'Enfer, en faisant bombance toute l'éternité, mais il avait une bien meilleure idée. Il alla retrouver saint Pierre. Le vénérable portier à barbe blanche était à son poste. Impossible de tromper sa consigne. Pimpernelle fit observer à saint Pierre que son sac n'était pas un homme et il obtint de le jeter dans le Paradis. « Je me souhaite dans mon sac, » s'écria Pimpernelle. Saint Pierre fut tenté de se fâcher, mais ce qui est dans le Paradis n'en sort pas….. Le rusé Pimpernelle se trouvait désormais à jamais au paradis, alors qu’au départ il avait choisi l’option du sac magique….

FIN

Autour de ce conte :

Il existe plusieurs versions de ce conte, variant à peu de détails près. (il s’agit ici de ma retranscription résumée).

Sources : http://www.bmlisieux.com/normandie/contes10.htm

et http://www.le-petit-manchot.fr/le-supplement-du-mercredi/sup-n33-pimpernelle/les-chroniques/

Et "contes et légendes de Normandie "(par Marie-Hélène Delval)

On y sent évidemment le vieux cliché du normand rusé. Je suppose que l’insouciance de Pimpernelle sert entre autres fonctions à illustrer une idée antique du type « carpe diem souviens toi que tu es mortel ».

Je me demande également si la fin du récit ne cherche pas à véhiculer une idée chère au proverbe « mieux vaut servir au paradis que régner en enfer ». Je trouve d’ailleurs intéressant de voir que pimpernelle, à la fin , semble inverser les rôles lorsqu’il passe de son statut habituel de « metteur dans le sac » à celui de « personne mise dans le sac ». Je présume aussi qu’en lui donnant ce choix entre le paradis ou le sac magique, Pimpernelle  se retrouvait en fait testé en ce qui concerne son rapport à  la propriété, à la possession et au nécessaire, lui qui venait de réussir l’ épreuve de la générosité (puisqu’il refuse l’or que lui proposait le diablotin).  Mais  Je vous épargne une lourde séance de mise en parrallèle avec le manuel d’Epictète et avec les stoïciens….

Désolé par avance pour les éventuelles erreurs, imprécisions ou omissions qui se sont probablement glissées dans cet article.

 

 

 

 

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Published by Benoitreveur - dans Contes
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