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7 décembre 2013 6 07 /12 /décembre /2013 00:04

 

 

 

Les ashura sont des divinités bouddhiques de la mythologie japonaise. Ils puisent leur origines dans la mythologie hindouiste. Malgré les  fréquents clichés les décrivant comme des démons en raison de leur coté belliqueux,  les ashura ne sont en fait pas maléfiques, loin de là. De caractère ambigu (comme la plupart des yokai), les ashura japonais sont des gardiens de la loi du Bouddha. 

Les asura (hindouisme).

Les a-sura sont ceux qui se différencient des divinités (sura).

C’est pourquoi certains asura hindouistes sont parfois considérés, plus ou moins à tort, comme démoniaques. En fait ils sont des a-sura, c’est à dire non divins et non pas forcément ennemis des dieux. Il est vrai néanmoins que certains asura ont combattu des dieux . Cela a donné lieu à des récits mythologiques mémorables.  La divinité hindouiste  Indra, par exemple, a combattu un asura. Il semblerait aussi que les a-sura se différencient des dieux par le fait de ne pas avoir accès à certaines boissons réservées aux dieux.  Les asura de l’hindouisme nécessiteraient un article à eux seuls.  Ils présentent un certain nombre de différences par rapport aux Ashura japonais….

Les ashura japonais : description et caractéristiques

Les ashura japonais sont souvent représentés comme des guerriers armés jusqu’au dents, dotés de visages et bras multiples. Il s’agirait de guerriers morts au combat qui sont ensuite devenus des gardiens de la loi bouddhique. On trouve divers termes pour désigner ces yokai : sura, ashura ou encore asura… Dans son encyclopédie des yokai, Richard Freeman décrit les ashura comme les fantômes des guerriers tombés lors d’une bataille. Freeman écrit que sous le terme « shura » il s’agirait de l’esprit coléreux/vengeur des guerriers décédés. Il rajoute que le bruit de leurs batailles célestes est audible sur terre sous la forme du grondement du tonnerre. Sylvain Jolivalt les classe parmi les yokai « oni » (« démons «  japonais). Les ashura seraient des yokai adorant sans cesse se consacrer à la guerre. Ils vivent sous terre et dans les abysses. Toutefois Jolivalt nous rappelle que toutes les représentations des ashura ne sont pas belliqueuses : la  célèbre statue d’ashura du temple Kofuku-ji à Nara représente un ashura à visages et bras multiples, joignant deux de ses mains  avec un air serein.

L’ashurado et autres mondes

Dans son ouvrage , Jolivalt explique que les ashura japonais vivent dans l’ashurado .  Jolivalt nous rappelle que ce terme avec le suffixe –« do » signifie « la voie de l’ashura ».  Il y a donc ici probablement toute une connotation spirituelle. Il explique que cet ashurado fait partie des six mondes/voies servant de lieu de réincarnation à l’homme. Ces six voies forment le  rokudo  (roku : six, do : voie). Dans son chapitre sur les gaki (d’autres « yokai des enfers ») Jolivalt explique en quoi consistent ces six mondes. On trouve ainsi :

Jigokudo : voie des enfers

Gakido : voie des Onis affamés

Chikushodo : voie des bêtes sauvages

Ashurado : voie des onis belliqueux

Ningen do : voie des hommes

Tenjokai : monde céleste

Dans un autre passage de son ouvrage, Jolivalt décrit les divers enfers dans lesquels vivent les Oni. (Il existe aussi les enfers shinto) . Chaque enfer bouddhique se caractérisant par son propre type de supplice (physique mais je suppose qu’un certain nombre et type de tourments intérieurs sont également attribués à chacun de ces enfers bouddhiques). Jolivalt explique aussi que selon leur karma , selon ce qu’ils ont fait , les humains se réincarnent dans tel ou tel des six mondes du rokudo. Il explique aussi que pour les suppliciés et tourmentés, c’est leur karma qui détermine le type de tourment ou  de désavantage qu’ils auront lors de leur prochaine incarnation : par exemple, pour la vaste famille des « gaki », l’homme qui vivait de la vente de sake sera réincarné en gaki souffrant constamment de soif et de déshydratation (du moins si j’ai bien compris les explications de Jolivalt).

 Shigeru Mizuki nous explique que des lieux actuels portant le terme « gaki » dans leur nom étaient souvent des noms de lieux où s’effectuait le châtiment seigneurial.

 

Mizuki fait aussi état de diverses créatures de la famille des « abura » (sortes de « feux follets »). Ils semblent posséder  leur propre monde nommé « aburado ». les divers abura me semblent fonctionner sur un mode assez similaire aux ashura. En effet  aburado , selon les versions, désignerait tout un groupe d’esprits de moines feu follets, mais dans le cas précis des « aburagaeshi » relatés par Mizuki, aburado serait le fantôme d’un bonze qui a commis « le mal » . je présume donc que ce bonze est probablement devenu un abura en châtiment du crime commis. En tout cas son acte blâmable lui a fait intégrer le monde d’aburado (du moins si jamais aburado désigne effectivement un monde des abura et pas uniquement la famille des abura :  je ne suis pas certain d’avoir bien compris…. ). Cela m’a frappé de voir qu’ashura et abura présentaient une consonance phonétique ressemblante, ainsi qu’un mode de fonctionnement similaire. Je ne sais pas si aburado et les abura peuvent ou non faire partie du premier des six mondes du rokudo.

Il me semble avoir lu un jour dans les dicos yokai de Mizuki une page dédiée aux ashura, mais sous un autre nom qu’ashura. Il faudrait que je cherche à nouveau…

Sources  dans lesquelles j’ai collecté ces informations:

Shigeru Mizuki « yokai , dictionnaire des monstres japonais » (tome 1 et 2)

Sylvain Jolivalt : « esprits et créatures fabuleuses du Japon : rencontres à l’heure du bœuf ».

Richard Freeman « the great yokai encylopaedia »

W.J. Wilkins : « mythologie hindoue « 

Mes impressions :

Les ashura  ayant d’abord été des  guerriers humains morts sur le champ de bataille, je présume qu’ils sont alors devenus des combattants redoutables puisqu’ayant visiblement « solutionné «  leur peur de la mort. Il me semble s’agir d’une mort symbolique, et non physique.  Cet aspect des ashura me fait penser un peu a l’intéressant ouvrage nommé « Hagakure » (fragments de textes attribués à un jeune qui allait souvent parler  à un vieux guerrier bushi « banni » vivant en exil dans une hutte. Ce vieux guerrier lui livrait ses pensées. Le jeune garçon les compilait dans un livre. Le hagakure est né ainsi). L’édition française  du hagakure que je trouve la plus complète est celle de Budo éditions. Je crois me souvenir que dans l’avant-propos l’éditeur français explique que l’idée de mort tant évoquée dans le hagakure peut probablement symboliser l’idée de renaissance. Je crois que cette mort récurrente dans l’ouvrage est vraisemblablement symbolique : l’auteur présumé de ce vieil ouvrage est souvent considéré comme n’ayant probablement jamais été sur le champ de bataille. Ce dernier a vécu en exil après avoir reçu l’interdiction de se faire seppuku. Son exil me semble donc constituer sa mort symbolique. En effet il n’aurait pas vécu assez longtemps pour nous laisser cet ouvrage si sa mort par seppkuku avait eu lieu. En tous cas le livre me semble souvent mettre l’accent sur l’idée de ne rien avoir à perdre, exhortant le lecteur à pratiquer un dépouillement à l’extrême tout en allant très en profondeur dans les recoins obscurs de l’âme humaine. Il faut avoir le cœur bien accroché pour lire ce genre d’ouvrage car le lecteur se retrouve vite confronté à sa propre peur de la mort et à ses éventuelles » morbidités » plus ou moins refoulées. L’ouvrage questionne également tout un pan de l’agressivité humaine.  C’est un ouvrage déstabilisant par endroits .  Il  me semble donc s’adresser au lecteur averti.   Mais  c’est très intéressant.  A mon avis les ashura sont problablement animés par un état d’esprit du même genre. Je trouve intéressant de  tenter de mettre les questionnements du hagakure en comparaison avec certaines thématiques des ashura. Il reste libre à chacun de tenter de comparer les « cotés obscurs de l’âme «  du hagakure avec les « enfers » bouddhiques , avec  l’ashurado et le rokudo……

L’idée de « renaissance » telle qu’évoquée par Takuan Soho dans son ouvrage sur  Tai-a  (« le sabre incomparable ») me semble  un peu différente dans la mesure ou Takuan porte un autre regard sur les notions de mort et de sepukku (notamment dans son « clair son des joyaux »).  Takuan , lui aussi très intéressant, me paraît moins « morbide »  que l’auteur du hagakure. Tous deux abordent  chacun à leur manière le problème de la peur de la mort.  La « renaissance «  selon Takuan me semble intéressante  si on la compare au sort des guerriers morts au combat  qui se sont transcendés en devenant des ashura. (Je vous épargne un long « points ressemblants et différences » à ce sujet…..).

Je ne crois pas que le coté belliqueux  des ashura japonais soit incompatible avec leur rôle de gardien de préceptes bouddhistes de compassion. En effet , ayant connu la violence, les ashura/asura/sura sont probablement bien placés pour saisir l’intérêt de la compassion. 

Il me paraît également intéressant de chercher quelle sont les symboliques de l’élément « feu » dans la culture japonaise…….

Je présume que les têtes à multiples visages et le corps aux innombrables mains des ashura  peuvent vraisemblablement  présenter des points plus ou moins analogues à la divinité bouddhique  Kannon/Avalokiteshvara.  Je me souviens avoir lu un texte dans lequel Takuan (maître de bouddhisme et adepte du sabre ayant vécu au 17ème siècle) expliquait que « Kannon   au mille bras » serait une parabole qu’il ne faut pas prendre à la lettre…. 

Je ne suis pas expert en culture japonaise, ni en spiritualité. Il se peut donc que je me trompe. Tout cela n’est qu’hypothèses et impressions personnelles,  mais voilà l’état actuel de mes recherches sur le sujet.

Par Bunowa Rêveur

Le 06 décembre 2013

Un ashura  (source web http://shiruban.over-blog.com/25-index.html  je crois que ce dessin est de S. Jolivalt)

 

petitsengokuashura.jpg

 

 

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Published by Benoitreveur - dans Mythes
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commentaires

funky japan 28/04/2014 23:38

Article très intéressant sur les ashura ! Je ne savais pas que la mythologie japonaise pouvait aussi se baser sur le bouddhisme.

Je pensais que cela venait surtout de l'ouvrage Kojiki qui met en avant les Kami de la mythologie japonaise.

Le passage sur le rokudo est intéressant, surtout quand on lit le manga Naruto où le "fondateur de la Terre" serait le rikudo sennin (le sage des six chemin).

Merci pour cette lecture !

Benoitreveur 29/04/2014 15:18



Merci pour la lecture et votre avis de nipponophile et mangaphile.   Certes il y a beaucoup de shinto dans la mythologie Japonaise, mais il existe d'autres influences concernant certains de
ces mythes (il n'y qu'à regarder par exemple Fudoo MYo, Kannon etc divinités très souvent évoquées dans les écrits zen/martiaux de Takuan). Une des forces de la culture japonaise est
d'absorber/réadapter ce qui vient d'ailleurs.   Oui pour le "rokudo " on pourra noter que "do" c'est le chemin, la voie, etc ".....   avec tout ce que cela comporte en niveaux de
lectures divers...        A bientôt peut-être                  Bunowa Rêveur   PS: très sympa votre site que je viens de
regarder en coup vent, j'y retournerai plus tard plus longuement. 



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