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27 juillet 2010 2 27 /07 /juillet /2010 20:02

 

 

Quel fan de fantasy et/ou de mythologie ne connaît pas le griffon ? (Idem pour son « demi-frère » : l’hippogriffe que je traiterai sans doute un jour dans un autre article…)

Le griffon est souvent représenté comme un lion ailé de très grande taille avec une tête d’oiseau rapace.

Des mythes antiques de Mésopotamie à la fantasy actuelle, en passant par le moyen-âge chrétien et l’antiquité greco-romaine, le griffon peut varier grandement selon les endroits et les époques.

Toutefois le mix « oiseau/lion » demeure une constante chez les divers griffons (avec leur lot de variantes).

 

QUELQUES TRAITS COMMUNS

Parmi les autres caractéristiques communes à tous les griffons on trouve:  des ailes d’une très grande envergure, une taille du corps environ huit fois supérieure à celle d’un aigle ou lion normal, une force surhumaine (environ égale à une demi-douzaine de bœufs), des serres et autres griffes à la fois énormes et très puissantes.

Généralement les griffons sont décrits comme vivant dans des nids reculés supposés abriter des trésors, ou du moins de l’or. Seuls quelques rares héros peuvent dompter les griffons. Le griffon constitue une créature redoutable face à laquelle la plupart des gens n’auraient aucune chance : avec ses serres ce monstre pourrait saisir deux gros bœufs attelés puis les décoller du sol sans problème. On attribue plusieurs habitats aux griffons : des déserts ou montagnes, selon, mais souvent des lieux reculés susceptibles de cacher un trésor. Il paraît fréquent de considérer que les griffons vivraient dans des grottes difficiles d’accès, leur tanière renfermant un trésor qu’ils gardent jalousement,  malheur à quiconque tenterait de s’emparer de cet or et/ou de ces pierres précieuses. Le griffon est réputé monogame. Sa nourriture va des humains à d’autres animaux plus costauds (bovins , chevaux,  etc..).

 

 

 

 

source image membres.multimania.fr/ianos01/newpage5.html 

 

 

  LES PLUS ANCIENS GRIFFONS

EN MESOPOTAMIE

Chronologiquement parlant, la première mention connue du griffon remonterait à la très ancienne antiquité de la région mésopotamienne. Sa description varie. Par exemple sur la « Frise des Griffons » décorant le palais de Darius 1er ( 6ème siècle av. JC ), le griffon possède une tête de lion , des cornes et un corps de taureau doté de grandes ailes. Le griffon était très présent dans l’iconographie babylonienne :  sur les tablettes économiques , les ornementations murales, etc..

 Certains archéologues pensent que le griffon pourrait avoir des origines dans le culte élamite. Cette créature aux aspects variables pourrait, selon certains, dater du 4ème millénaire av.JC.

Je présume que nombre des mythes mésopotamiens sur le thème du griffon ne sont pas parvenus jusqu’à nous, certaines tablettes restant sans doute perdues, certaines autres histoires ayant sans doute évolué ou disparu avec la tradition orale. (si certains lecteurs possèdent plus d’infos à ce sujet, je suis preneur….)

Toutefois, outre les traces graphiques du griffon mésopotamien, voici quelques probables indices :

 

-Certaines divinités des enfers de la mythologie Mésopotamienne étaient….des hommes aux pieds d’oiseau et à tête de lion…..

-          Selon certains le griffon aurait été lié à Gilgamesh (le célèbre héros mésopotamien). Hormis le célèbre passage de Gilgamesh affrontant le Taureau Céleste, je ne vois pas….. (et encore, je garde des réserves puisque malgré son nom,  je n’ai vu aucune représentation ailée de ce fameux Taureau Céleste )

-          Dans les mythes mésopotamiens des origines, Tiamat est une déesse maléfique que le dieu  Marduk a vaincue.

-           Ci-dessous cette célèbre image antique de Tiamat représentée en griffon semble quelque peu inhabituelle par rapport aux récits décrivant souvent Tiamat comme un dragon ou un monstre marin

 

 

 

 

source image : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/2c/Marduks_strid_med_Tiamat.jpg

 

 

 EGYPTE ANTIQUE

Les scènes de chasse de Beni Hasan (époque du moyen empire) montrent divers monstres hybrides aux coté de l’animal du dieu Seth. Parmi ces créatures on voit un griffon  nommé Seferer (c’est un félin à tête d’oiseau, portant une paire d’ailes à laquelle s’ajoute parfois une tête humaine). Ce griffon égyptien remonte donc au 2ème ou 3ème millénaire av – JC. Etant ultérieur au griffon mésopotamien, on reste libres d’imaginer une influence culturelle du griffon de Mésopotamie.

 

 

 

LE GRIFFON DES MYTHOLOGIES GRECQUES ET ROMAINES

Ce griffon gréco-romain  possède un corps de lion, des ailes (confirmé par Hérodote),  et….(nouveauté pour l’époque ?) …. une tête d’aigle. Les griffons protégeaient le trésor d’Apollon dans le pays imaginaire d’ Hyperborée. Ils avaient pour réguliers adversaires, une peuplade voisine imaginaire :  les Arimaspes (sortes de cyclopes archers essayant sans cesse de ravir ce trésor aux griffons). Selon Hérodote, il semblerait que ces griffons monteraient la garde aux frontières de ce gigantesque et maritime pays d’Hyperborée : les griffons veillent sans relâche sur  leur or si convoité et si abondant en pays hyperboréen . La guerre entre les Arimaspes et l’Hyperborée paraît interminable.

Les griffons hyperboréens habiteraient vraisemblablement dans des cavernes montagneuses… (nb : le palais d’Hyperborée a suscité l’imagination de nombreux écrivains auxquels nous devons la mythologie…).

 

Eschyle, dans sa pièce opposant Prométhée à Zeus,  dépeint des griffons ailés qui joueraient un rôle de « chiens de traîneau » tirant le char volant de Zeus (bien avant les vaisseaux spatiaux et autres aéronefs chers à la SF actuelle). Cette pièce attribuée à Eschyle nous met en scène Prométhée, enchaîné sur un rocher, il y rencontre successivement les divers personnages et créatures passant près de ce rocher. Au sujet des griffons, Eschyle dit « les chiens de Zeus qui n’aboient jamais et au bec d’oiseau ».

 

On entend souvent, selon certains, qu’Alexandre le grand aurait volé une ou deux fois, tracté par des griffons lui venant en aide.

 

Némésis, déesse archaïque méconnue,  est parfois décrite comme se déplaçant sur un char auquel sont attelés des griffons. Les grecs antiques assimilèrent ensuite  Némésis aux Erinyes, la différence restant que Némésis applique froidement sa vengeance et ses châtiments, et non de façon aveugle comme les Erinyes. Il s’agit chez Némésis d’un sens du châtiment et de la colères mesurés et proportionnels au méfait.  Chez Homère et Hésiode, Némésis représente la « Juste colère » : une des émotions les plus nobles selon eux, empêchant ainsi l’humain de devenir totalement mauvais.  Némésis  restait donc avec les hommes et ne séjourna jamais en olympe. Dans le mythe de Narcisse, c’est à Némésis que fut confiée la mission de punir Narcisse : comme il n’aimait pas les autres et les blessait ainsi, le châtiment consistait à faire en sorte que Narcisse n’aime que lui-même…

 

Selon Pline les serres du griffon sont suffisamment fortes pour attraper et soulever les hommes. Mais je trouve important de signaler que Pline ne croyait pas à l’existence des griffons….. 

 

 

 

 LE GRIFFON DU MOYEN AGE CHRETIEN

Le moyen-âge marque une transition majeure dans la carrière du griffon : désormais doté de deux pattes ,   toujours les ailes et la tête d’aigle , mais le griffon médiéval représente souvent une figure du Christ : c’en est fini (ou presque) de l’antique image « démoniaque » du griffon. Le griffon demeure  très présent dans l’art religieux du moyen-âge chrétien, de nombreux auteurs de cette époque mentionnèrent cette créature ailée. 

 

 

 

 

 

 

 

Le physiologos est un bestiaire chrétien devenu célèbre au moyen âge. De par son histoire, cet ouvrage constitue une transition (un probable « chaînon manquant » ) entre la culture antique puis celle médiévale en Europe. Les symboliques chrétiennes sont quasiment omniprésentes dans les bestiaires médiévaux d’Europe, puisque le but de ces ouvrages consistait entre autres à christianiser  les habitants de l’Europe du moyen-âge.

 Il est écrit dans le Physiologos :

 « Le griffon est un oiseau qui est d’une taille supérieure à tous les oiseaux du ciel.........  le griffon déploie ses ailes et capte l’incandescence du soleil pour éviter que la terre habitée ne soit entièrement brûlée »     (le griffon médiéval semble revêtir ici un rôle de protecteur des hommes).

L’ouvrage développe ensuite  «  Un second griffon l’accompagne..... toi qui donnes la lumière, donne au monde la lumière »    (le Physiologos veut donc confier au griffon une fonction de prophète)

 Ensuite le Physiologos explicite plus clairement cette parabole dans le second paragraphe en écrivant :

 «  De la même façon la divinité est accompagnée de deux griffons en marche, autrement dit l’archange Michel et la sainte mère de Dieu, et ils captent l’incandescence du soleil, autrement dit la colère de Dieu, pour éviter qu’il ne dise à tous les hommes « je ne vous connais pas », et que sa colère ne les brûle entièrement ».

( petite remarque perso : Je crois intéressant de mettre le thème de la colère de Némésis en perspective avec le thème ici évoqué ........)

 Je crois que ces passages du Physiologos soulèvent probablement diverses questions………… :

 

 

  

Selon Marco Polo , dans le « livre des merveilles », le griffon est une gigantesque créature ailée pouvant , avec ses serres soulever un éléphant du sol et l’entraîner haut dans les airs avant de le tuer en lâchant le pachyderme une fois en altitude. Le griffon mangerait ensuite sa défunte proie éléphantine.  Marco Polo situe le pays des griffons dans une île au large de l’Afrique. Il s’agit ici de récits que des personnes voyageant en Orient firent à Marco Polo. Ce dernier les crut volontiers.

 

Dans « le roman d’Alexandre »  (que l’on doit à Alexandre de Bernay) le griffon engloutit un mouton entier par repas, les griffons servent de bêtes attelées au char volant qui va emmener Alexandre vers le royaume divin : il tend des morceaux de viande aux griffons qui, en essayant de les attraper, font ainsi avancer le véhicule…. Il semblerait que vers la fin du récit Alexandre se brûle en approchant de trop près le soleil (Je trouve intéressant de comparer cette histoire avec la version du Physiologos, mais aussi avec le mythe grec d’Icare ou encore avec l’histoire de Gilgamesh qui voulait devenir immortel). Cet Alexandre aura au moins réussi à dompter les griffons…..

 

Chez le griffon du physiologos, sont combinés les ailes de l’oiseau ainsi que les champs sémantiques du soleil et de la brûlure. C’est pourquoi Certains comparent la figure médiévale du griffon à celle du phénix.



Je me suis donc amusé à chercher ce que dit Guillaume Clerc Dans son « BESTIAIRE DIVIN » au sujet du phénix et de l’aigle, puisque curieusement ce clerc médiéval ne mentionne pas le griffon dans son bestiaire.

-          Concernant le phénix il y est expliqué que cet oiseau incandescent retourne tous les 500 ans à Héliopolis (=ville du soleil) pour s’y consumer, un prêtre s’occupe ensuite d’extraire de ces cendres un tout nouveau phénix qui s’envole et reviendra 500 ans plus tard se consumer puis renaître de ses cendres….

-          Pour l’aigle ( composant du griffon médiéval) il affirme que ce roi des oiseaux, lors de sa vieillesse, voit ses yeux et ses ailes brûlés par le soleil avant d’aller se régénérer et rajeunir en se baignant trois fois dans une fontaine, ce renouveau spirituel lui permettant de voir ensuite le « vrai soleil »…. L’aigle de Guillaume possède une vue perçante et ne reconnaît parmi ses petits uniquement ceux qui peuvent fixer le soleil en face sans être éblouis….

( libre à chacun de comparer ou non avec les passages du Physiologos précédemment cités…)

 

 

 

De manière globale :    

 Il semble souvent considéré par certains spécialistes de bestiaires que le griffon médiéval conjuguerait le symbolisme du lion et de l’aigle (force et courage)  et serait donc selon eux une créature du bien. Mais d’autres, plus rares, pensent que le griffon médiéval européen peut totaliser tout ce qu’il y a de plus agressif  et colérique (par extension de plus  « maléfique » ) chez l’aigle et le lion.

La plupart des hybrides médiévaux sont maléfiques ou ambigus de par leur double nature suscitant la méfiance, cela n’est généralement pas le cas du griffon des bestiaires du moyen-âge.

Les hommes du moyen âge assimilant généralement le griffon aux vertus morales et physiques de leur époque, il n’est pas surprenant de voir que le griffon était également présent dans certaines armoiries.

Contrairement au Physiologos, chez d’autres auteurs de bestiaires médiévaux, moins nombreux,  ces allégories du guide peuvent aussi évoquer le risque de « syndrome du faux prophète » représentable par l’image d’un griffon qui se mettrait à dissimuler le soleil aux hommes afin de les induire en erreur. C’est ainsi que les bestiaires italiens associaient généralement le griffon au diable. Pierre de Beauvais partageait lui aussi cette opinion.

-

 

 

V)   LE GRIFFON  DANS LE FANTASTIQUE MODERNE

 

Je vais vous épargner l’interminable liste des griffons dans les œuvres (ou support vidéo) fantastiques modernes des 20ème et 21ème siècles. Je me contenterai d’évoquer les griffons  suivants :

 

 - Dans le jeu de rôles Warhammer : aspect physique similaire à celui des mythes antiques, mais alignement chaotique. De plus le griffon warhammerien serait né des mutations des forces du chaos (donc origine scientifique selon l’univers Warhammer). En tous cas ce griffon warhammerien est assez balèze : un personnage de classe B ou C a pas ou peu de chances de s’en sortir seul face à un griffon, ceux de classe A en revanche ont toutes leurs chances.

 

-  Le griffon dans Harry Potter est l’ emblème de Griffondor : une des maisons de magie du collège de Poudlard : Harry fait partie de Griffondor qui forme en quelque sorte le « groupe des gentils ».

 

 

V)   UNE HYPOTHESE MODERNE DES PALEONTOLOGUES

 

Selon certains paléontologues, la tête du griffon pourrait provenir d’un dinosaure, en l’occurrence le  protocératops, (un dinosaure découvert dans les années 1920 dans le désert de Gobi)   je vous laisse juger de cette hypothèse en images….

 

 

 

 

 

 

 

un squelette de protocératops  (source image : www.dinosoria.com/.../)

 

 Et pour finir, quelques points de vue perso :

 

Je reste curieux de savoir quels sont les trésors mythologiques du Griffon Mésopotamien ayant vraisemblablement disparu depuis.

Comme tout mythe, le griffon a changé selon les lieux et les époques, je crois que dans le cas du griffon  la « balance historique » des thèmes perdus et des nouveaux ajouts est particulièrement riche.... Quelles évolutions futures du griffon seraient encore possibles ? 

 

 

Bibliographie (non exhaustive) :

 

-Le physiologos (l'édition avec sa pertinente analyse faite par A Zucker)

-« dictionnaire de la mythologie grecque et romaine » (larousse)

-Guillaume Clerc de Normandie «  bestiaire divin »  (ca. 1210)

-          notre meilleur ami wiki

 

 

 

 

 

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Published by Benoitreveur - dans Mon petit bestiaire
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commentaires

cendre 21/02/2012 19:29

Merci pour cet article très bien documenté.
Pour ce qui est des origines mésopotamiennes, je suis comme vous: beaucoup entendu parler mais jamais vu;)

Benoitreveur 03/03/2012 19:18



Merci Pour la lecture et le commentaire. 


Effectivement, dans la Mésopotamie antique, le  Lamasu (quadripode ailé cornu) semble bien  plus fréquent qu'un hypothétique griffon au sens propre (en tous cas il semble avoir
 pris modèle sur cet  archétype... ), votre témoignage me rassure -) 


Benoit



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