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3 mai 2013 5 03 /05 /mai /2013 21:15

 

 

L’antique mythe gréco-romain  d’Eros/Cupidon (l’amour) et Psyché (le psychisme, l’esprit) a inspiré bien des interprétations, artistes et auteurs divers.

Voici d’abord l’histoire en elle-même …

Le récit

Psyché est la fille d'un roi. Elle était d'une beauté si parfaite qu'elle excitait la jalousie d'Aphrodite, à laquelle on la comparait. Elle a deux sœurs aînées. Les trois jeunes femmes sont d'une extrême beauté, mais seules les deux sœurs de Psyché trouvent un époux. Les autres prétendants trouvent Psyché de toute beauté, ils lui vouent même des cultes, adorent la contempler mais ne la demandent jamais en mariage. En effet, la jeune princesse est tellement belle que des milliers de personnes viennent la contempler et l'adorer comme une divinité. Aphrodite, jalouse de la beauté de la jeune fille et offensée par un tel sacrilège, ordonne à Éros de la rendre amoureuse du mortel le plus méprisable qui soit. Cependant, alors que le dieu s'apprête à remplir sa mission, il tombe lui-même amoureux de Psyché en se blessant avec l'une de ses propres flèches.

Le père de Psyché, désespéré de voir que sa fille ne trouve pas d'époux (les deux autres sœurs de Psyché viennent chacune de se marier avec un roi), se rend à Delphes pour supplier Apollon de permettre à Psyché de se marier. La Pythie est catégorique : Psyché doit être abandonnée sur un rocher au sommet d'une colline, où viendra la chercher son futur époux, un monstrueux serpent volant. Apeuré mais résigné, le père de Psyché exécute les ordres divins et abandonne Psyché à son funeste destin. Cependant, Zéphyr, le doux vent de l'ouest, emporte la jeune femme jusqu'à une merveilleuse vallée. Il dépose délicatement la princesse dans l'herbe tendre, non loin d'un magnifique palais fait d'or, d'argent et de pierres précieuses. Psyché y pénètre et y découvre un savoureux festin qui l'attendait. Après ce repas, elle s'endort dans une chambre somptueuse.

Plus tard dans la nuit, son mystérieux époux (Éros) la rejoint, lui demandant de ne jamais chercher à connaître son identité, cachée par l'obscurité de la chambre (et il conseille aussi à Psyché de ne pas prêter attention aux « mises en garde » de ses sœurs qui ont rejoint le palais et tentent de monter leur sœur Psyché contre ce mystérieux époux). Toutes les nuits, il lui rend visite puis la quitte avant l'aurore. La jeune femme apprécie de plus en plus les étreintes et les mots doux qu'ils échangent alors. Rien ne manque au bonheur de Psyché, si ce n'est de connaître le visage et le nom de son amant nocturne, et de revoir sa famille. Ses deux sœurs, amenées au palais par Zéphyr, sont folles de jalousie face à tant de richesse et de bonheur. Elles cherchent à persuader Psyché que son époux n'est rien d'autre qu'un horrible monstre qui finira par la dévorer. Terrifiée à cette idée, elle profite du sommeil de son amant pour allumer une lampe à huile afin de percer le mystère (elle s’approche donc de son époux dormant, elle tient d’une main la lampe à huile et de l’autre un poignard car ses sœurs lui ont conseillé de couper la tête de ce supposé monstre dangereux). Elle découvre alors le jeune homme le plus radieux qu'elle ait jamais vu. Mais une goutte d'huile brûlante tombe sur l'épaule du dieu endormi, qui se réveille aussitôt et s'enfuit, furieux d'avoir été trahi.

 

 

 

 

Folle de chagrin et de remords, Psyché se jette dans une rivière. Mais la rivière, compatissante, la dépose sur la berge, où est assis le dieu Pan. Ce dernier conseille à Psyché de tout faire pour reconquérir l'amour d'Éros. Alors la princesse part à la recherche de son amant. Elle erre de temple en temple, sans succès. Psyché prie Cérès puis Junon qui ne peuvent hélas lui venir en aide. Enfin, elle parvient au palais d'Aphrodite, qui la soumet à toutes sortes d'épreuves, comme une esclave :

D'abord, elle doit trier, en une soirée, un énorme tas de grains de variétés différentes. Par bonheur, des fourmis, prises de pitié, l'aident à accomplir sa tâche, et le tas est trié à temps.

Ensuite, elle est contrainte de rapporter à Aphrodite de la laine de moutons à la toison d'or, qui paissent dans un pré au-delà d'une dangereuse et profonde rivière. Un roseau, ému par l'infortune de la jeune femme, lui indique la marche à suivre.

Puis elle doit rapporter de l'eau du Styx, puisée à même la source. Cette dernière se situe au sommet d'une haute montagne gardée par des dragons. Cette fois, c'est l'aigle de Zeus (le roi des dieux) qui vient au secours de Psyché tandis qu'elle gravit la montagne. L'aigle va remplir une fiole avec de l'eau du Styx, et la remet à Psyché.

Enfin, la jeune femme doit mettre dans une boîte une parcelle de la beauté de Perséphone, la reine des Enfers. Épuisée, Psyché est à nouveau tentée de mettre fin à ses jours. Elle est sur le point de se jeter du haut d'une tour quand, soudain, la tour commence à lui parler, la convainc de rester en vie et lui indique même comment réussir cette épreuve. Ainsi, elle parvient à récupérer une parcelle de la beauté de Perséphone. Mais sa curiosité la perd : pensant que la beauté de la déesse l'aidera à reconquérir Éros, Psyché ouvre la boîte et, aussitôt, plonge dans un profond sommeil, pareil à la mort.

Entre-temps, Éros s'est échappé du palais d'Aphrodite, qui l'y avait enfermé. Toujours épris de Psyché, il la ranime doucement avec la pointe d'une de ses flèches. Puis il l'emmène devant Zeus en personne, qui convoque les dieux de l'Olympe (dont Aphrodite, enfin apaisée), et annonce publiquement le mariage d'Éros et Psyché. Celle-ci est invitée à consommer l'ambroisie, ce qui lui confère l'immortalité. Le dieu et la nouvelle déesse sont alors unis en présence de tout le Panthéon, et un merveilleux banquet s'ensuit.

Quelque temps plus tard, Psyché donne à Éros une fille, nommée Volupté. L'amour (Éros) et l'âme (Psyché) sont ainsi réunis pour l'éternité.

 

Fin du récit.

Ce résumé est un copié/collé de celui actuellement trouvable sur wikipédia auquel j’ai rajouté quelques éléments du « nouveau Larousse de Mythologie « (« Grand Dictionnaire de mythologie grecque et romaine », par Belfiore, éditions Larousse)  qui manquaient dans le résumé wikipédia.

Postérité du mythe :

La trame du mythe d’Eros et Psyché a donné naissance a deux contes: Le célèbre « la belle et la bête » et « le prince à tête de singe/pays des margriettes » (mes articles sur ce conte ici http://www.benoitreveur.info/article-30352700.htmlet ici http://www.benoitreveur.info/article-essai-d-analyse-du-conte-le-prince-a-la-tete-de-singe-109572608.html ).

Ce mythe peut aussi avoir inspiré un archétype récurrent dans certains contes : la belle-mère ou beau-père qui donne du fil à retordre en faisant passer des épreuves prétendues impossibles finalement effectuées grâce à l’aide d‘un deus ex machina.

Le mythe d’Eros et Psyché a inspiré bien des artistes, (notamment Raphaël, Antoine Coypel, Auguste Rodin, divers poètes,  etc..) et d’auteurs (dont La Fontaine, Molière et Corneille, Pierre Louys, etc…). L’audiovisuel s’est également inspiré de l’ »épreuve des fourmis » (il s’agit du premier conte, celui des diamants dans le superbe film « Princes et princesses » d’Ocelot)

ESSAIS D’ANALYSES

La version la plus connue de ce mythe a été écrite dans l’antiquité par Apulée dans un de ses ouvrages intitulés  métamorphoses.  Apulée était né en Numidie, il écrivait en latin. Pour certains de ces écrits il semble classé parmi les néo-platoniciens. J’ignore quelles traditions orales au total ont été les influences d’Apulée quand il a écrit Eros et Psyché. Dans le lot on croit sentir entre autres des origines grecques romaines, carthaginoises et phéniciennes. 

Diverses versions du mythe existent.

Psyché renvoie bien entendu au psychisme, Eros/Cupidon désigne l’amour.

Ce mythe abonde en symboliques et a fait l’objet de diverses études. Il me semblerait prétentieux de croire cerner tous les sens cachés de ce mythe, je vais donc me contenter de livrer mes actuelles recherches et impressions sur le sujet.

Apparence, beauté, laideur et regard

Je crois clair que ce mythe véhicule toute une réflexion sur la place des apparences, sur le regard de l’autre (Joel Schmidt dans son Larousse dictionnaire de mythologie grecque et romaine emploie d'ailleurs le terme méfiance" pour caracteriser le début de la relation entre Eros et Psyché, ce terme "mefiance" me semble renvoyer clairement aux étapes des méfiance puis de reconaissance; confiance, etc)) . Au début du mythe psyché aime l’homme malgré sa laideur car elle apprécie ses qualités d’âme, le drame survient quand elle s’aperçoit qu’en fait cette créature possède aussi l’apparence d’un bel homme, est ce une façon d’évoquer une subjectivité et une superficialité des notions de laideur et beauté ? Avant cette découverte , Cupidon redoute de se voir réellement confronté au regard de Psyché.  (Ce thème est particulièrement développé dans « le prince à la tête de singe/pâys des margriettes «  et dans « la belle et la bête »). A ce sujet on peut sentir poindre ici certains thèmes chers au « banquet «  de Platon (sur la beauté  et la profondeur durable d’une affinité  d’âmes et sur la rareté d’une « belle âme »).Edith hamilton parle d'ailleurs (dans son ouvrage "la mythologie, ed Marabout)  d'une fusion "amour et âme  en fin de récit, cela me semble pouvoir aller dans le sens d'une conception platonicienne. 

 

Vie, Mort renaissance et épreuves.

Eros désigne en psychanalyse la « pulsion de vie «  par opposition à thanatos la pulsion de » mort ».  Psyché dans ses multiples épreuves se trouve souvent tiraillée entre vie et mort,  je suppose que la psychanalyse moderne est plus complexe que cela, mais dans le mythe ce qui a permis a Psyché de tenir le coup à chaque fois, outre les divers « deus ex machina »,  c’est l’idée de l’amour/attraction, une sorte de présence virtuelle de l’esprit d’Eros (à moins que ce

ne soit alors  Antéros, l’attraction mutuelle, mais aussi le jeu « attraction/répulsion ») parfois personnifiée par le frère d’Eros. Il se peut donc aussi qu’il s’agisse là des tiraillements de Psyché entre amour/attraction et répulsion. Le « banquet » de Platon traite le concept d’ »amour » comme une sorte de « force de vie »(du moins Phèdre au début, puisqu’un autre orateur du banquet explique que l’amour/attraction peut aller très loin indifféremment  dans le « beau/bien » mais aussi très  loin dans le « laid »). Au début du « banquet » quand le jeune Phèdre commence sondiscours sur Eros (traitant alors du beau et de l’émulation liée à l’action belle qui selon lui constituent des composantes d’Eros)  cela me semble pouvoir désigner de façon large l’amour de ce que l’on aime, du sens qu’on donne à notre vie, de la félicité éprouvée à faire ce qu’on aime le plus, probablement plus ou moins similaire à la « Lebenswille/volonté de vivre«  de Schopenhauer. Cette idée du concept d’Eros (voire d’Antéros) comme jouant le rôle de  « liant « dans toute la trame du récit est très présente dans le conte du « pays des margriettes ».

il semblerait qu’Hésiode aurait présenté le concept d’Eros comme  possédant un grand pouvoir , une grande emprise dans un tas d’affaires du monde (puisque les gens font souvent telle ou telle chose par amour de ceci ou de cela). Toutefois je crois qu Antéros  peut également largement remplir cette fonction….

On peut se demander si , quand Psyché se jette à l’eau et se retrouve ensuite confrontée à une nouvelle épreuve sur une berge d’un nouveau monde, il s’agirait en fait d’un cycle de « mort » et renaissance des étapes psychologiques de l’héroïne du mythe (remise en cause du couple qu’elle formait avec Eros, remise en cause d’elle-même, etc… ).Le dico de Belfiore ("grand dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, par JC Belfiore, ed larousse) écrit d'ailleurs "ce conte symbolique retrace le parcours intiatique de l'âme, laquelle, à condition d'avoir été purifiée par des épreuves, dont celle d'avoir connu la mort, pourra accéder à l'amour et à l'immortalité divine. 

La « mort » me paraît ici plutôt symbolique (et le terme « mort » sans doute pas très approprié)   car cela  ne me semble pas du tout désigner la mort physique de l’héroïne Psyché , mais plutôt un apaisement de ses tensions mentales, les moments ou elle « lâche prise » quand elle se  jette dans l’eau ou encore quand elle s’endort en cessant de réfléchir  (en cela rejoignant probablement l’état d’annihilation des tensions tel que décrit par Freud pour la  pulsion de « mort »). Du moins je crois comprendre ces épisodes du mythe comme une résignation/acceptation «  du problème plutôt que forcément comme un désespoir morbide. J’ai l’impression que dans ces moments Psyché «tue «  ses anciennes conceptions, son ancienne façon de voir et que la nouvelle Psyché naît alors. Mais il se peut aussi que ces passages de la potentielle « mort » symbolique de Psyché expriment en fait le  pendant d’Eros : son frère Antéros. il s’agirait dans ce cas d’un jeu d’aller-retours entre Eros (attraction ) et Antéros (attraction mutuelle/répulsion). 

Eternité et profondeur de l’esprit

Je vous épargne une redite sur cet aspect de l’interprétation du mythe expliquée par Belfiore dans le nouveau Larousse de Mythologie Grecque et romaine (j’en ai déjà parlé ailleurs sur le blog (dans l’article « essai d’analyse du prince à tête de singe »). Mais concernant ce concept d’éternité de l’esprit/psyché, l’ambroisie de fin de récit symbolise clairement l’idée de vie éternelle.

Il est possible que le mythe d’Eros et Psyché poserait aussi le thème des pièges de l’ego humain via les diverses difficultés rencontrées formant les moments clés du récit (Joel Schmidt dans son Larousse dictionnaire de mythologie grecque et romaine écrit "Psyché est le symbole de l'âme humaine purifiée par les passions et les malheurs"). De plus le thème du regard me semble renvoyer clairement au thème du jugement et de l’ego. De même lorsque Psyché veut acquérir une partie de la beauté d’Aphrodite, je suppose qu’il y a là une vraisemblable parabole sur le narcissisme.  Je crois vraisemblable l’idée selon laquelle la « fusion » finale d’Eros et Psyché ainsi que la vie éternelle de Psyché en fin de récit symboliserait l’âme devenue éternelle une fois qu’elle s’est délestée de ce qu’il y a d’excessif dans son ego. Il me semble donc également probable que le cycle « mort /renaissance » de Psyché au cours des diverses épreuves symbolise en fait l’abandon de l’ego de Psyché, qui une fois libérée de cet ego et n’ayant gardé que sa nature profonde d’âme peut donc accéder enfin à la vie éternelle.

Volupté, corps et esprit

Cupidon et Psyché , enfin furent enfin réunis après être passés par les étapes du regard qui doute puis de la reconnaissance de l’autre. Ils donnèrent alors naissance à Volupté. Cette osmose érotique entre corps et esprit survient une fois que Cupidon/Eros et Psyché ont surmonté les étapes du regard et des apparences, quand psyché à réussi les diverses épreuves et quand la confiance a été établie entre Psyché et Eros

Tout cela reste me semble assez hypothétique et il reste sans doute un tas de choses à dire sur ce mythe, mais voilà grosso modo l’état actuel de mes recherches sur le sujet. Je ne crois pas que ce mythe ait été adapté au cinéma (ou en téléfilm), ce mythe pourrait pourtant faire l’objet un (télé)film péplum mythologique grandiose.

 

    Bibliograhpie : JOel Schmidt : dictionnaire de Mythologie grecque et romaine (larousse)

J.C Belfiore : grand dictionnaire de la mythologie grecque et romaine (larousse)

Edith Hamilton : la mythologie (Marabout)

 

 

 

Psycheabduct

 

 

L'Enlèvement de Psyché, par William Bouguereau. (source image wikipédia)

 

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Published by Benoitreveur - dans Mythes
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