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30 septembre 2009 3 30 /09 /septembre /2009 15:47



       

 

 

     La légende qui va suivre se passe en Franche-Comté. 

Damvautier est censée avoir été une grande ville  célèbre pour sa rue commerçante très fréquentée et pour son église de grande taille.

 

Mais la prospérité économique de ses habitants commençait à déteindre sur leur comportement : un soir à l’avant-veille de la fête du patron local, une femme sale et vêtue de haillons arriva et frappa à la porte de toute les maisons pour y demander aide et refuge, tenant dans ses bras un enfant qui mourrait de faim. Tous les gens de Damvautier la rejetèrent. Les uns l’avaient congédiée pour éviter que ses souliers boueux ne salissent leur maison, d’autres firent semblant de ne pas l’avoir entendue, et d’autres encore lui jetèrent un morceau de pain rance tandis qu’ils savouraient un copieux gâteau sous ses yeux.

 

Ce sont des comportements qui restent hélas encore d’actualité de nos jours un peu partout sous diverses formes….

 

Bref, aucun des villageois ne fit preuve de réelle charité envers cette personne démunie et étrangère au village. Ruisselante de larmes,  elle quitta donc  cette localité et s’enfonça dans la forêt voisine.

 

 

 

Dans ces bois, elle aperçut un sapin de très grande taille vers lequel elle se dirigea, à sa base il y avait une énorme cavité :

un vieil ermite répondant au prénom de Point vivait dans le creux formé par les racines au cœur de cet énorme sapin. Il faisait sa prière du soir quand la femme arriva avec l’enfant. Point leur proposa immédiatement de les héberger et il leur offrit à chacun un repas, il alla se coucher uniquement après s’être assurés que ce repas les avait rassasiés.

Ce soir là, le vieux Point alla dormir sans manger  sur la mousse se trouvant sous une des branches : il savait bien que la conscience tranquille constituait le meilleur oreiller qui puisse être.

 

Le vieux sage dormit en effet longuement et profondément jusqu’au matin sans entendre le cataclysme qui se déroulait alentour.

Cette nuit là le vent de tempête soufflait comme jamais, la foudre martelait incessamment mais ce vacarme n’empêchait pourtant pas d’entendre au loin des cris plaintifs de supplications, de lamentations, de formulations de regrets, etc…

 

Puis l’orage céda la place à une nature redevenue très calme. L’ermite Point se réveilla au matin, pour aller prendre des nouvelles de ses invités : il trouva le lit vide, ils étaient partis sans même avoir touché au petit déjeuner que Point leur avait préparé la veille à l’avance.

 

Guidé par une intuition qu’il n’arrivait à cerner, Point alla à l’orée du bois. Il fut quasiment paralysé par la stupéfaction de voir une vaste étendue d’eau à l’emplacement du village….. Il comprit immédiatement ce qui s’était passé et pourquoi.

Dans un élan de tristesse et de compassion il supplia Dieu de pardonner à ces villageois.

C’est alors qu’il entendit l’enfant lui répondre : « comme tu as été charitable envers ma mère et moi, cette sanction divine prendra fin le jour ou quelqu’un de cette ville donnera sans hésiter du pain à un étranger ».

 

 

 

La légende raconte que pour cette raison  la ville réapparait pendant une heure tous les 300 ans, exactement comme elle était quelques heures avant le déluge : une ville pleine de commerce, grouillant de passants et de chalands. Soixante minutes plus tard cette ville située dans le vallon redevient un lac. Une fois, le pardon a failli avoir lieu : un berger qui s’était perdu arriva dans Damvautier qui était réapparue pour une heure. Cet homme voulut y demander de l’aide, mais l’attitude des gens de Damvautier lui fit si peur qu’il prit immédiatement ses jambes à son cou et détala vers la forêt...

 

Il est raconté que les pêcheurs cassent de temps à autre leur matériel de pêche , fils et filets qui s’accrochent au clocher enfoui au fond du lac. On dit aussi que le soir de la Toussaint on entend le son des cloches de l’église de Damvautier provenant plaintivement des profondeurs du lac.

Quand au vieil ermite, on  a donné son nom canonisé au plan d’eau au fond duquel se trouve ce village englouti : le lac de Saint Point.

 

FIN DE L’HISTOIRE

 

Encore une des innombrables légendes de village englouti me direz vous.  Oui, mais il y a quelques différences et il s’agit ici d’un des villages engloutis qui réapparaissent à la surface de temps à autre -)

 

Il serait probablement intéressant de se pencher sur le point suivant :  les hommes du moyen âge semblaient  assez souvent croire que telle ou telle couche des fonds sous marins correspondaient aux enfers, au séjour des monstres et des suppliciés damnés. Peut-on faire le lien avec ces histoires de villages engloutis devenus des lacs d’eau douce ?

Si les cités englouties vous intéressent vous pouvez aller lire ici http://www.unblogreveur.net/article-29257209.html

   (avec un hameau bien réel  se trouvant au fond d’un lac dans le Jura) 

 

   Source : les "contes récits et légendes des pays de France (tome 2)  par C. Seignolle)

 


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Published by Benoitreveur - dans Légendes
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commentaires

SAD 02/10/2009 13:31


ta théorie sur la punition "divine" par l'eau date souvent du moyen âge. il faut se rapeller qu'à cet époque là, l'eau faisait partie des tortures de la question, de plus les gens, pour la très
grande plupart ne savaient pas nager et n'y voyais d'ailleurs aucun intérêt.c'est aussi l'époque où tout ce qu'on ne connaissait pas ce transformait en un monstre maléfique!!! Même les marins
avaient souvent ce problème et c'est pour cela qu'ils portaient des boucles d'oreilles. Car s'ils tombaient à l'eau, c'était une sorte d'assurance pour qu'on aille les repêcher!!!


Benoitreveur 03/10/2009 00:03


merci SAD pour ces infos: je ne savais pas pour le coup de la torture par la flotte.

je crois que les moyen ageux transformaient tout ce qu'il ne connaisaient pas en monstre car il y avait l'influence de certains obscurantistes qui tenaient très fort à leur part de bifteck....

l'antiquité me semble avoir produit plus d'esprit ouvertements critiques et desireux de savoir....

pour le coup des boucles d'oreilles je ne savais pas

A+


SAD 02/10/2009 13:25


j'ai un petit faible pour celle-ci, j'ai habité à Annecy pendant 15 ans!!! elles se ressemblent vraiment toutes!!!

La légende de la fée du Lac d’Annecy

... Il était une fois, il y a bien longtemps, un joli petit village situé sur une presqu'île au large de Duingt, sur les rives du Lac d'Annecy. Là, dans ce village, les gens menaient une vie simple
et heureuse : les hommes cultivaient la terre, allaient à la chasse et à la pêche, plantaient leur vigne, faisaient leur vin ; quant aux femmes, elles élevaient les enfants en soignant les bêtes et
faisaient marcher leur langue, comme il se doit...
Par un beau soir de la Noël, alors que chacun dans les maisons se prépare pour la messe de minuit et apprête la collation du retour, voici que, venant de la montagne toute proche, le Semnoz,
apparaît dans la neige qui recouvre la campagne, un étrange équipage : une pauvre vieille toute pliée en deux sur son bâton noueux, accompagnée d'un vieux chien pelé, baveux, galeux. Dans la bise,
ils se hâtent vers le village, malgré les éléments déchaînés.
La pauvre vieille pensait qu'il lui serait facile de trouver un asile pour la nuit et la voilà qui arrive à la première maison du village. Dans le pèle (la cuisine), la maîtresse de maison roule la
pâte des rissoles, les bras enfarinés jusqu'aux coudes. La vieille toque à la porte et la maîtresse de maison d'ouvrir :
- Holà, la vieille, que faites-vous à cette heure ? Les gens honnêtes ne courent pas les chemins le soir de la Noël !
- Hélas, ma bonne dame, je voudrais juste un quignon de pain et un coin de grange pour moi et mon chien ; nous venons du Semnoz et nous sommes fourbus par cette bourrasque...
Holà ! Passez votre chemin, il n'y pas de place pour vous ici !
Et voilà la pauvre vieille repartie plus loin, toute pliée en deux sur son bâton noueux, accompagnée de son chien pelé, baveux, galeux. Et, à la maison suivante, c'est le maître de maison qui
remonte de la cave, chargé d'un beau jambon fumé et de bonnes bouteilles qui accompagneront la collation du retour de la messe de minuit et qui la renvoie aussi rudement. La vieille et son chien
repartent encore plus loin.
De maison en maison, tous la renvoient. Même les enfants qui fourbissent les lanternes pour se rendre à l'église, la chassent à leur tour. Partout la mendiante est éconduite et renvoyée sans un
regard de pitié, ni un mot de consolation. Lorsque la dernière porte du village se referme sur elle, la pauvre vieille reprend le chemin de la montagne, accompagnée de son vieux chien, pelé,
baveux, galeux, en dépit de la bise et de la neige.
Cheminant dans la tourmente, la vieille atteint bientôt la crête du Semnoz. Au loin, tout près de l'étendue scintillante du lac d'Annecy, le village apparaît minuscule. Et déjà, sortant des
maisons, les familles joyeuses s'acheminent vers l'église qui accueille les premiers paroissiens, tandis que du clocher s'égrènent les douze coups de minuit. Mais, là-haut dans la montagne, s'opère
tout à coup une étrange métamorphose : la pauvre vieille se transforme soudain en une magnifique jeune femme, vêtue d'un manteau d'hermine et le pauvre chien pelé, baveux, galeux devient une
splendide bête puissante.
Et la Fée du Lac, car c'était elle, se retourne vers le village en criant :
- Gens méchants, soyez punis comme vous le méritez !
Aussitôt, il se produit un énorme cataclysme, un gigantesque raz-de-marée, qui gonfle les flots, puis les creuse en gouffre où disparaît le village, aspiré dans les sombres profondeurs. Quelques
instants plus tard, le lac recouvre à nouveau de ses flots paisibles ce qui avait été un village heureux...
Si un soir de la Noël, vous passez au large de Duingt, vers la Minuit, arrêtez-vous au bord du lac et écoutez... Vous entendrez quelque part, venant de l'onde, sonner les douze coups d'une cloche
lointaine. C'est la plainte éternelle et désespérée du village englouti.


Benoitreveur 03/10/2009 00:01


Merci Sad pour cette légende que je ne conaissais pas: il y a au moins une ou deux histoires de cité engloutie par région.... c'est vraiment fascinant.

Annecy est une superbe ville, mais je ne connais pas les environs mentionnés par cette légende, en tous cas c'est la première fois que j'entends qu'une fée et non un dieu aurait décidé de cette
punition par innondation....

Quand à ce très ovidien concept de la punition des non charitables par l'innnondation, peut être faut il y voir l'influence de concepts de certains philosophes grecs qui posaient déjà les bases des
concepts de charité et d'"amour du prochain" qui semble ensuite avoir été  repris et developpés par Jesus Christ quand il a commencé à prêcher auprès des futurs apôtres....

Dans certaines histoires de village englouti c'est le "libertinage" des moines et la cupidité des prêtres qui est punie ("lac des damnés" à Flers par exemple), et dans d'autres c'est la non
charité des gens (lac de Saint Point , lac d'Issarlés , la légende que tu viens de citer, entre autres exemples )


Pour le coup des cloches qui sonnent certaines nuits bien précises en venant des profondeurs du village englouti : oui une historie de village englouti sans ses cloches qui reviennent sonner à
minuit ne me semble pas digne de ce nom -)




SAD 02/10/2009 13:10


j'adore tes articles sur les légendes... c'est marrant ça doit être récurent comme thème... connais-tu l'histoire de Philémon et Baucis??? outre la ville qui réapparait,dans le principe, tout est
là et ça date d'Ovide!!!


Benoitreveur 02/10/2009 23:51


SaluT SAD,
tu as parfaitement raison de mentionner ce celèbre mythe , en effet dans "le lac de Saint Point" on y sent comme l'archétype de ce mythe mais version  "remasterisée" pour les chrétiens du
moyen age....

Mais je crois qu'il n'y a pâs que ça, mais sans doute un mélange de plein d'autres choses.....(j'y reviendrai un autre jour, quand tout le monde aura lu cet article.....)

En attendant, d'un point de vue historique:  

l'origine antique de cette légende de Saint Point et l'influence du mythe de Philémon me semblent faire aucun doute ou presque: certains pensent que Dampvautier aurait existé aux alentours du 4 e
siècle , quand cette région du doubs était sous occupation romaine.... Point aurait été un des moines ermites chretiens de cette époque, le lac actuel est alimenté par le doubs....
une innondation du doubs à cette époque sur certains villas ou rues romaines semble donc possible...(l'histoire de saint point remonterait au 4 eme siècle,) certaines versions expliquent que par la
suite le petit garçon serait devenu un grand guerrier et que lorsqu'il devint un homme influent il transforma la cabane forestière du vieux Point en chapelle en hommage à cet ermite, chapelle qui
devint un prieuré puis entraîna la construction de villages alentour....


J'avais fait exprès d'en dire le moins possible dans l'article, histoire de vous laisser compléter dans les com's, donc merci SAD de ton intéressante participation...



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