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18 juin 2009 4 18 /06 /juin /2009 11:29


                                  

LE CONTEXTE

Jean De l’Ours est un héros légendaire du Midi de la France. Selon les endroits cette légende varie. C’est ainsi que dans la version des régions du Sud-Est (soit divers pays comme la Provence, la Cote d’azur, les Alpilles,  la Camargue, etc..), on trouve une version plutôt « conte « de Jean de l’Ours. Ce dernier se retrouvant alors accompagné de trois acolytes qu’il rencontre au fur et à mesure et qui ont un certain impact sur le récit, tant dans la sémantique de leur nom que par leur rôle récurrent dans le conte.

Mais cet article traitera de la version languedoco-roussillonnaise de cette légende, car elle comporte plusieurs différences.  (Pour mon précédent article de conte de cette région, voir ici : lien sujet « le roi des poissons 3 »)

 

 

L’HISTOIRE

Un jour une pauvre veuve, prise de court par un orage alla se réfugier dans une grotte. Elle y tomba nez à nez avec un ours qui fit immédiatement le signe de croix en la voyant. Elle passa un an dans cette grotte en compagnie de l’ours. Quand elle retourna enfin dans son village, elle tenait par la main un enfant âgé de trois mois, mais déjà plus grand de taille que sa mère.

Malgré une morphologie humanoïde, sa chevelure formait une longue crinière de Samson,

 

 

 

 

 

Image de Samson (source web:     http://www.biblebios.com/judges/samson/samson.jpg     )

Samson, le héros biblique, est clairement mentionné dans cette version languedocienne, l’influence de Samson sur le « Jean de l’ours « du Languedoc-roussillon me paraît donc très claire. NB : Samson possédait une force surhumaine, due à sa longe chevelure. Le jour ou il révéla à sa femme Dalila le secret de sa force, elle  trahit betement son secret, il se retrouva  les cheveux coupés pendant son sommeil, ce qui causa la perte de Samson.

 

Jean de l’ours parlait , il était très musclé, ses reins étaient recouverts d’une peau d’ours, et il tenait un jeune peuplier en guise de bâton.

Des intrus avaient élu domicile dans la maison de sa mère, il les chassa immédiatement. Il fit ainsi connaissance, à sa plus grande joie, avec les gens du village et voulait débarrasser tout le pays des gens malintentionnés. Il faisait le signe de croix, car il était chrétien et bon avec sa mère.

Mais un jour il partit, sa très grande taille le fit franchir la rivière comme un homme normal aurait traversé un simple ruisseau.

Le nombre de ses exploits est élevé : il inversa le sens d’un torrent en soufflant dessus, un simple mouvement de lèvres lui permit d’éteindre un feu dans une montagne, d’un coup de poing il stoppa un tremblement de terre, il brandit la lune dans sa main, telle une lanterne. Un jour il affronta l’archidiable d’enfer : 

En chemin pour aller reconquérir le tombeau du Christ, il rencontra l’archidiable qui brandissait un trident et chevauchait un requin dont la bouche crachait du feu. Jean de l’ours fit un plongeon, et il retourna le requin ainsi que le diable, et désarma ce dernier. Mais sa peau commençant à prendre l’eau, Jean de l’ours jeta le trident à l’eau et s’en alla afin de ne pas sombrer. Il affronta plusieurs fois ce diable aux formes multiples, et finit par triompher en invoquant Saint Michel, dont l’arrivée causa la fuite du diable.

Jean de l’ours se mit à genoux puis  s’empara de la lance de Saint michel et déclara être désormais un homme.

 

 

 

Il fit la conquête du saint sépulcre. C’est alors qu’une voix l’enjoignit d’aller rendre justice à travers le monde.

Il était sans cesse accompagné d’une nuée d’oiseaux de proie flottant au dessus de lui.

Il traquait les monstres dans les forêts, les bandits dans les grottes, les tyrans jusque dans leurs donjons. Il était l’ami des petits poucets et l’ennemi des ogres. Il tua d’abord un ogre qui venait de tuer tous les prêtres et qui usurpait désormais leur rôle. Jean de l’ours tua un autre ogre : ce dernier avait tué tous les juges  et occis les plaideurs d’un procès.

 




Hercule/Heraclès (source web: http://perseus.mpiwg-berlin.mpg.de/Herakles/Hicons/fronth.gif )

ces régions là du Midi comprenant le « golfe du lion « (cf le lion de Némée et Heraklès), et Heraklès/Hercule étant vêtu d’une peau de lion (tout comme Jean possède un pelage d’ours),  de par cette proximité thématique de « l’homme-animal à la grande force », certains affirment  que « Jean de l’ours » serait une version chrétienne d’Hercule, avec, comme on le voit, de nombreuses différences par rapport au Hercule gréco-romain……

 

 

 

Il était doux avec les femmes, il tua un jour une salamandre (animal récurrent des bestiaires médiévaux chrétiens….) afin de donner ses yeux de diamant à une jeune fille pauvre qui aimait un homme riche.

Un jour il rencontra le juif errant, et Jean  lui demanda si il restait des injustices à punir. Le juif errant lui répondit que non. Jean , satisfait, s’en alla.

Il voulut repartir chez sa mère et congédia les oiseaux en agitant son tronc d’arbre vers eux. Seuls restèrent les corbeaux et l’un d’eux voulut lui faire croire qu’il fallait punir des gens n’ayant en vérité rien fait de mal. Jean de l’ours refusa, car pas dupe.

Jean de l’ours retourna à la caverne ou il était né, afin d’aller y mourir, conformément à sa promesse formulée en quittant la caverne quand il était enfant. Il apprit que sa mère était décédée. Il planta son « peuplier canne » en terre et s’endormit. Le corbeau revint alors pour lui dévorer les yeux, mais la prairie se referma alors et abrita ainsi Jean avec un tapis de fleurs et d’herbes.

 

La légende dit que Jean de l’ours dormirait encore et que sous le peuplier devenu immense les enfants viennent souvent tenter de le réveiller en criant très fort son nom.

 

Fin de l’histoire.

 

 

 

 

 

CONJECTURES :

je crois que dans les mythes, tout héros, quel qu’il soit,  finit toujours par se retrouver confronté à ses points faibles et limites. ( Cela permet sans doute une adhésion plus aisée du lecteur en  rendant ainsi l’imaginaire un peu plus « réaliste » car qui n’a jamais eu besoin de connaître un jour ses propres limites ?)

Je crois important de remarquer ici que Jean de l’ours déclare être devenu un homme le jour il a déjà par plusieurs fois pris conscience de  ses propres limites….

Un des « talons d’Achille »  d’Heraklès est visiblement sa difficulté à canaliser ses « pulsions animales » qu’il subit plutôt qu’autre chose et qui lui font parfois faire des choses qu’il ne veut pas. Jean de l’ours est n’est ni invincible ni infatigable, et il semble plus maître de lui-même que ne l’était  Hercule. A la différence de ce  dernier , Jean de l’ours ne s’est jamais mis en opposition face aux divinités lui étant supérieures. On sent aussi dans cette légende de Jean de l’Ours une forte influence de l’époque médiévale, particulièrement venant de la chevalerie. Et on croit sentir par moments chez Jean de l ’ours comme une obsession d’obéissance aveugle à l’idée de vouloir imposer ce qu’il lui a été appris comme étant juste, une sorte de justicier fanatique ? Dans cette région et époque où les massacres perpétrés contre les cathares furent nombreux, la légende de Jean de l’ours servait-elle alors de propagande à des fins de fanatisme ? Ou alors Jean de l’ours symbolise-t-il tout simplement la justice impartiale, mesurée et faisant preuve de discernement ?  ( cf le passage où Jean de ne laisse pas duper par le corbeau)

 Ce passage final de Jean faisant preuve de discernement, est-il une allusion à la différence existant entre bigoterie et dévotion ? Jean de l’ours était il également un héros légendaire pour les cathares ?

 

Le fait que Jean ne soit pas resté en terre sainte mais soit parti rendre la justice selon sa « revélation divine » est il une discrète critique des nombreuses croisades perpétrées à l’époque ? ( autre exemple me suscitant cette question : Jean semblant tolérant envers les autres religions de par son dialogue avec le juif errant)

Dans la même veine : certains bestiaires chrétiens du moyen âge mettent en garde face aux faux prophètes et autres charlatans : l’ogre qui avait tué tous les prêtres symbolise-t-il ici une sorte de « gourou médiéval » ?

Concernant le thème de « l’homme –animal », j’ai trouvé sur le web des suppositions élaborées par certains qui feraient de Jean de l’Ours une sorte de « yeti » : il s’agirait d’ un homme ours à la force immense qui viendrait de la partie pyrenéenne du roussillon. J’ignore quel est le degré de solidité de cette hypothèse, mais au fond pourquoi pas…..

Ce mythe du héros qui ne serait pas totalement mort mais endormi pour de nombreux siècles avant un réveil tant attendu de tous me fait clairement penser à des légendes alsaciennes de guerriers et chevaliers eux aussi endormis pour de nombreux siècles, (à la différence que certains de ces héros là des légendes alsaciennes dorment l’épée à la main et se réveillent vite fait une fois tous les 300 ou 1000 ans avant de se rendormir).

 

DE NOS JOURS :

Dans l’heroic fantasy postmoderne, on pourrait citer le jeu de rôles « Warhammer » : ce jeu et son « background geographico-mythologique » ont été inventés par des anglais en 1986 . Ils ont ainsi donné naissance à Sigmar Heldenhammer , héros devenu divinité patronale de l’Empire, le registre légendaire de « Warhammer » explique que la « légende » (dans le jeu) voudrait que Sigmar ne soit pas mort , mais juste parti ou endormi ( je ne me souviens plus trop) pour quelques siècles, mais qu’un jour il reviendra. (Et ils ont fait pareil avec une autre déesse en « hibernation a durée indéterminée « dont nul ne saurait à quel endroit elle est en train de dormir »).  Donc l’heroic fantasy invente –elle parfois des choses cent pour cent nouvelles ??? 

 

 

NB : je n’ai trouvé aucune image web représentant Jean de l’ours

 

 

 

 

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Published by Benoitreveur - dans Légendes
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commentaires

Caliope 01/07/2009 11:00

Je crois que je n'en connais aucune de chez moi. Mais je connais quelques personnages de légende du pays de ma mère. Baba Yaga, la sorcière du fond des eaux...

Benoitreveur 03/07/2009 17:41


Si on prend par exemple Jean de 'lours, c'est en fait tout le midi de la france, et pas une seule région, mais desfois dans certains contes et légendes il y a dcomme des emprunts et reprises d'une
région à l'autre.. et ce entre deuxn régions très éloignées l'une de l'autre, donc pas toujours facile de savoir  à coup sûr quelle histoire vient d'où à la base


Nilumel 23/06/2009 22:37

Bien que je sois du midi, je ne connaissais pas ce conte. Décidément j'apprends toujours sur ton blog. Dans le même genre, je collectionne les images, icônes, peintures sur Saint Georges et le dragon, et j'en trouve dans beaucoup de pays! Un jour je les montrerai sur mon petit blog.

Benoitreveur 24/06/2009 13:38



je crois que c'est impossible de connaitre toutes les histoires d'une région donnée.

content de voir que Jean de l'Ours t'a plu, un jour je posterai peut-être la version provencale.

oui je suis curieux de voir la suite de tes images sur ton blàog qui n'est pas petit.
Saint georges et autres saints, me semblent en effet assez proches d'un Jean de l'ours certes non canonisé mais à fortes ibnfluences religieuses et eux aussi triomphant de monstres....

A+
Benoit



Caliope qui passe ^-^ 20/06/2009 17:13

Superbe article très instructif ! Je ne connaissais pas ce Jean de l'Ours.

Benoitreveur 20/06/2009 17:26


SaluT Caliope et merci,
merci d'autant plus que moi je  connais vraiment pas bien les légendes de ta région à toi.... mais bon personne ne peut tout connaitre....

A+
benoit


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