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cestbeaulesreves

Bienvenu(e)s sur ce blog dédié aux mythes, contes et légendes classiques mais aussi à la fantasy et à la science fiction (notamment contes de SF et suites futuristes de légendes, dans mon livre "Les mémoires du Galaxytime").

Damasène, le guerrier géant (mythologie gréco-romaine)

Il s’agit probablement d’un des plus anciens sauroctones, tueurs ou dompteurs de dragons et autres  reptiles monstrueux.

Chez Nonnos, dans le chant 25 des dionysiaques (lisible ici http://remacle.org/bloodwolf/poetes/nonnos/diony25.htm version traduite en français par le comte Marcellus, Ed Firmin Didot 1856)  Damasen (ou Damasène) est présenté comme un géant né de la seule Terre (donc Gaia), doté de muscles des plus volumineux, d’une barbe épaisse et d’une très grande taille et élevé dès son plus jeune âge au son du glaive. Il serait venu au monde avec des armes et un bouclier à ses côtés. Vers les rives de l’Hermos arrosant la Mygdonie Tylos rencontre un dragon qui le fouette avec sa queue puis l’enserre, lui inflige des morsures venimeuses puis l’écrase et l’étrangle. Le monstre aurait pour habitude d‘avaler des arbres et des êtres humains. Morie veut venger son frère Tylos de l’horrible reptile qui l’a mortellement blessé. Elle montre la créature à Damasène. Ce dernier déracine un arbre puis l’utilise en guise d’arme improvisée. La bête serpentine s’enroule autour de Damaséne qui parvient à se dégager. Le guerrier géant transperce la créature en utilisant le chêne. Cet arbre devenu javelot reprend racine à l’endroit ou gît le corps du dragon vaincu. Ensuite la femelle de ce reptile prend une fleur de Jupiter et la prépare en la mâchant puis elle dépose cette substance sur les lèvres du dragon qui revient à la vie puis les deux reptiles retournent dans leur tanière. Morie mastique elle aussi la fleur de Jupiter et redonne ainsi vie à Tylos.

Nonnos de Panopolis (l’auteur de ce récit) vivait au 5ème siècle après J.C.

Dans « Histoire naturelle » de Pline l’ancien un passage (livre XXI, section XXXIII, lisible ici http://remacle.org/bloodwolf/erudits/plineancien/livre21.htm  traduction française par E. Littré, circa 1848-1850) mentionne une « flos jovis » (fleur de Jupiter). Elle y est décrite brièvement comme une fleur sans odeur uniquement appréciée pour des raisons esthétiques. Ce même ouvrage (dans le livre XXV-section IV) explique que Xanthus, dans son premier récit, nous conte l’histoire d’un dragon qui, au moyen d’une herbe répondant au nom de balis, ressuscita son enfant tué. Toujours selon Pline l’ancien s’appuyant sur Xanthus, un dénommé Thylon, occis par un dragon, aurait été ramené à la vie grâce à cette même plante (balis).

Le « Grand dictionnaire de mythologie grecque et romaine » (par J.C Belfiore, ed. Larousse) explique que Gaia enfanta Damasen à elle seule. Cet ouvrage mentionne une fleur de Zeus nommée balis et établit un lien entre Damasen et Asclépios. Ce dictionnaire nous indique en effet qu’Asclépios (divinité de la science médicale) est symbole de renouveau puisque le serpent lui servant d’emblème mue chaque année. Belfiore mentionne aussi une aventure mythologique d’Asclépios attaqué par un serpent : le dieu de la médecine se défend en tuant la bestiole ; Un autre serpent arrive alors et dépose une herbe sur le cadavre du premier reptile qui reprend vie. Asclépios utilise ensuite cette plante afin de redonner la vie à Glaucos. L’entrée « Asclépios » de cet ouvrage de Belfiore suggère ensuite de consulter l’entrée consacrée à Damasen.

Le « Nouveau dictionnaire d’histoire naturelle », 1817 (tome 11) présente la « fleur de Jupiter » comme une sorte de coquelourde. La note de bas de page numéro 31 de la traduction française de Nonnos (cf lien ci-dessus) indique « Dios anthos » au sujet de cette « fleur de Jupiter » en précisant qu’il semble s’agir d’œillet (dianthus).

En grec damazo/damaso signifie notamment dompter, apprivoiser. Plusieurs fois dans la Bible le terme « damaso » semble traduit par « dompter ».

Le « Dictionnaire universel de la langue française » (Pierre Claude Victoire Boiste, 1835) associe Damasène à Jupiter et, en guise d’explication étymologique, indique que « damaso » signifie « je dompte ».

 Le dictionnaire Bailly de grec-français (par Anatole Bailly) indique « Damasen, - énos : Damasène, Géant » mais aussi « Damasi, mbrotos :1) qui dompte les mortels 2) qui fait périr les mortels  (lance) ». Ce même dictionnaire donne aussi « Damasippos, os on » (de damaso/dompter et hippos/cheval) puis indique : « qui dompte les chevaux » ou encore « Damasiphron, on , on,  onos : qui dompte la fierté (des coursiers) » mais aussi « Damasiphos ,-otos (ô, ê) : qui dompte les hommes (le sommeil) ». Plus loin ce même ouvrage mentionne également « Damastéos, on : qu’il faut dompter ». Dans ce même Bailly figure aussi « Damasomai, damasomen : dompter, soumettre au joug, dompter, soumettre, vaincre, tuer, faire périr ». Pour la forme simple « Damaso » le Bailly donne diverses acceptions : dompter, soumettre au joug, domestiquer, soumettre (parfois par la force), vaincre, frapper, tuer, faire périr.  

Le dictionnaire français-grec (Hatier, Paris, 1956) traduit le terme français « dompteur » par la forme grecque « ô damason -ontos » et « dompteuse » par « ê damasousa, es ». Sauf erreur de ma part l’acception du domptage est la seule à être commune au Bailly et à ce dictionnaire français-grec.

 Damasène peut donc désigner celui ou celle ayant « dompté l’animal », celui ou celle ayant apprivoisé son ego, celui ou celle qui domine ses travers. Ces significations semblent donc comparables à l’idée de victoire sur soi-même. Concernant les acceptions de victoire et de lance évoquées ci-dessus, elles se retrouvent évidemment dans le combat opposant Damasène au dragon. Tout cela pourrait constituer un thème similaire à celui d’autres figures sauroctones : l’idée de dominer la bête qui est en soi.

Puisque ce mythe de Damasène paraît très lié au renouveau, la résurrection du dragon symbolise-t-elle aussi la rédemption, le fait d’avancer en apprenant de ses erreurs ? La résurrection de sa victime représente-t-elle le pardon ou la clémence ? Le domptage métaphorique semble ici s’illustrer par le fait d’avoir d’abord vaincu, tué ce que la bête avait de négatif avant de la faire ressusciter en vue de jours meilleurs.

Konstantinos Spanoudakis dans « « Nonnus of Panopolis in context », établit un lien entre Damasène et des thèmes chrétiens. Par exemple il explique que la naissance de Damasène (que Gaia enfanta à elle seule) fait penser à l’immaculée conception.

Mais il écrit aussi que ce récit de Nonnos constitue une fusion entre des concepts chrétiens et d’autres de la Grèce antique.  Selon Spanoudakis, la naissance et l’enfance de Damasène avec armes et bouclier feraient allusion à la déesse Athéna. Il écrit également (dans « Nonnus in context » cf ci-dessus) que dans le texte de Nonnos l’imagerie du combat évoquerait la victoire sur le diable.

 Le fait de triompher en dominant les forces diaboliques est évidemment commun aux sauroctones (par exemple Sainte Marthe et la tarasque, Saint Clément et le graoully, etc). Je pense que la scène de Damasène déracinant l’arbre peut avoir inspiré le conte de Jean de l’ours (avec Tord-chêne). Jean de l’ours et Damasène sont tous deux dotés d’un physique hors normes (ils ont en commun le fait d'être très costauds et dotés d'un poil très fourni). Les aventures de ces deux personnages semblent véhiculer des thèmes chrétiens.

En outre je me pose une autre question sur ce mythe :

Cette renaissance du dragon servait-elle aussi à signifier que l’animalité ne disparait jamais vraiment mais peut se canaliser ? (L’évolution d’une violente bestialité vers une canalisation des pulsions pourrait constituer une forme de renouveau).    

La traduction française du texte de Nonnos présentée dans le lien ci-dessus utilise des termes associant le souffle à la résurrection. Cela peut donc faire penser au concept de la pneuma qui est souvent lié à celui de la résurrection. Dans cette version du texte de Nonnos traduit en français on peut aussi remarquer que la vie qui reprend peu à peu est assimilée à un feu réchauffant le corps. Ce passage peut présenter une analogie avec le concept stoïcien que Peter Carnley (dans « the reconstruction of resurrection belief », 2019) nomme « pneuma/warm breath » (donc traduisible par « pneuma/souffle chaud, souffle qui réchauffe »), notion qu’il estime essentielle dans la cosmologie des enseignements bibliques de Saint Paul, compte tenu de son audience grecque.  Selon Carnley le christ ressuscité, tel que relaté par Paul, devient un « life giving Spirit » (donc Esprit qui donne la vie) et un « Spirit of life » (Esprit de vie). Il évoque aussi une pneuma donnant la vie. On sait que le terme « pneuma » est souvent considéré comme désignant le souffle, l’esprit.

Il y aurait sans doute d’autres choses à dire sur le sujet, mais voilà pour le moment.
Bien entendu cet article n’est probablement pas dépourvu d’erreurs, approximations ou autres carences.

Article écrit par Benoit Rêveur, novembre 2019

En illustration ci-dessous, un lien montrant un Damasène

https://riordan.fandom.com/ru/wiki/Дамасен

 

 


 

 

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