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cestbeaulesreves

Bienvenu(e)s sur ce blog dédié aux mythes, contes et légendes classiques mais aussi à la fantasy et à la science fiction (notamment contes de SF et suites futuristes de légendes, dans mon livre "Les mémoires du Galaxytime").

La caverne du Stegnis, conte de SF

 

 

 

Il était une fois une agréable vallée qui devint fort désolée. Cela faisait la troisième fois en deux semaines que des maisons et des habitants avaient été mystérieusement calcinés, et quelques-uns déchiquetés, pendant la nuit.

 Nukabrok devisait un midi avec ses amis, les abreuvant de son incessant flot de paroles. « J’irai trouver l’auteur de ces tristes forfaits et je vais les lui faire regretter. Je n’aurai aucune peine à cela. Ce monstre mais aussi toute la région se souviendront de moi, croyez m’en ! » affirma-t-il sur un ton rempli d’arrogance. Cet homme rendait parfois des services à ses voisins. Certaines fois il agissait par compassion, d’autres fois il était animé par le désir de susciter l’admiration. Ce bûcheron se croyait meilleur que ses collègues de travail. Ces derniers déploraient sa fâcheuse habitude d’abattre sans distinction tout obstacle gênant son passage. Rien ni personne ne semblait lui résister. Nukabrok aimait dominer les gens et les situations.

« Reptile ou être humain, la créature qui a mis le feu et a lacéré des villageois mérite de se faire appeler monstre, je te l’accorde. Mais pour le reste on n’en sait rien » lui répondit un de ses compères.

 Les anciens du bourg et des localités voisines se souvenaient d’une très vieille histoire : celle d’Almarak. Cet homme mis au ban de la société alla rencontrer un Stegnis (pseudo dinosaure cracheur de feu doté de tentacules rétractiles). Le monstre semait la désolation dans la région. Ce guerrier en disgrâce voulut ainsi redorer son blason auprès du peuple. L’imposante créature ne fit pas peur à Almarak. Ce dernier concocta un piège : il mit un grand ver de terre au bout d’un hameçon relié à un fil attaché au plus gros arbre de la région. Le Stegnis mordit à l’hameçon. Occupée à forcer sur le fil afin de déraciner l’énorme chêne, la créature piquée à la gueule ne pouvait plus cracher de flammes et ne pensait plus à utiliser ses tentacules. Almarak en profita pour occire la bestiole avec son sabre. Animé par la jubilation d’avoir tué la bête, le vainqueur fit un geste dominateur en levant son bras, adressant insolemment son arme au firmament. En guise de trophée il sectionna ensuite la langue du monstre et la prit dans sa main. Poussant des cris de joie, Almarak avait la bouche ouverte. La langue coupée ruisselait de sang et le héros la brandit au-dessus de sa tête afin de la montrer aux villageois. L’hémoglobine du saurien, redoutable poison, coula et tomba directement dans la gorge du guerrier qui périt en se réjouissant du trépas du reptile. Selon les uns cette légende servait juste à effrayer les enfants, selon les autres une part de vérité pouvait se cacher dans ce récit.

« Je ne vais pas faire la même erreur que le héros de folklore ! j’ai tout prévu : combinaison ignifugée, masque à gaz, fusil laser. Le nouveau monstre va vite regretter ses agissements ! » assura Nukabrok, sur un ton satisfait de se montrer aussi prévoyant.

La nuit tomba. Notre Artaban, fermement engoncé dans un scaphandre et dans ses certitudes, se rendit d’un pas altier vers « la caverne du Stegnis », cavité rocheuse locale rendue célèbre par la légende d’autrefois. Quelques habitants tentèrent de regarder la scène nocturne au loin, en prenant soin de se dissimuler dans les sombres bosquets. Un silence pesant fit bientôt place à la stupeur générale : une trombe incandescente souffla sur l’homme en scaphandre. Crachat brûlant du Stegnis selon les uns, lance-flammes d’un bandit selon les autres, cela ne sembla pas affoler celui qui riposta en tirant avec son fusil laser. Quelques éclairs et déflagrations plus tard, la roche s’illumina. Nukabrok venait en effet d‘allumer une énorme lampe sortie de son sac et s’écriait comme ceci : « je l’ai eu ! Je l’ai eu ! C’est moi le meilleur ! ». Il exultait de joie en espérant susciter la déférence chez les villageois cachés dans les buissons qu’il regardait de haut. Les rares témoins situés plus loin commencèrent à redoubler d’inquiétude lorsqu’une pluie de pierres s’abattit sur le prétendu héros du jour qui périt sur le coup, écrasé par le lourd tribut de sa condescendance. Les habitants colportèrent et déformèrent récits et témoignages. Les premiers pensaient que Nukabrok avait tué un Stegnis, probable descendant du légendaire monstre d’antan, mais avait été broyé par des rochers lancés par la veuve ou le fils du reptile dans le but de venger le père. Les seconds supposaient qu’il s’agissait tout simplement d’individus armés ayant dressé un varan de Komodo équipé d’un lance-flammes. Ces bandits auraient utilisé la catapulte électronique afin de répliquer après le trépas de leur mascotte. Telles étaient les deux principales manières de relater les événements.

 Selon certains l’imprudence constituait le véritable poison ayant autrefois causé la perte d’Almarak. Nukabrok n’avait pas compris que la langue coupée et brandie par le héros légendaire pouvait symboliser les dangers de l’arrogance.  

La région devenait de plus en plus dévastée. Des torrents de flammes inondaient encore la contrée. Nul ne parvenait à savoir s’il s’agissait d’un Stegnis ou tout simplement d’un gang de pyromanes dotés d’équipement high-tech. On pouvait entendre ces deux hypothèses en diverses occasions.

Balrak ne cherchait pas à surpasser ses voisins : conscient de ses propres limites et imperfections, il préférait l’émulation. Cet ancien garde-chasse devenu paysan savait que maintes fois dans les champs et dans les bois il avait dû sa survie et ses récoltes à des amis l’ayant aidé au bon moment. Il ne voulait donc point dominer ses pairs ni briller à leurs dépens. Il avait autrefois été amené à composer avec les imprévus et à déjouer les pièges tendus par les brigands et braconniers forestiers. Ce modeste paysan décida d’aller un soir devant l’antre du Stegnis. Conscient que rien ne pourrait le rendre invulnérable, notre ami prit le chemin de la tanière du monstre en étant seulement muni de son courage. Tapis dans les obscurs buissons voisins en tentant d’observer discrètement la scène à une distance raisonnable, les habitants ne virent ni n’entendirent rien. Au bout de quelques minutes le cultivateur sortit de la caverne et revint vers les villageois en marchant prudemment dans le sentier. « N‘ayez plus peur. J’ai fait le nécessaire : à partir de maintenant ça se passera bien ! » expliqua Balrak sans rajouter un autre mot. Les uns imaginèrent qu’il avait amadoué toute la supposée famille Stegnis censée résider dans la cavité rocheuse, d’autres crurent qu’il venait de parlementer avec de probables pyromanes armés jusqu’aux dents. De toute façon le calme revint durablement dans la contrée. Les incendies et les massacres cessèrent depuis cette fameuse nuit. La vallée redevint agréable et se repeupla.

Comme de nombreux héros d’antan, Balrak ne chercha pas à réprimer « la bête ». Avait-il totalement domestiqué le « monstre » qui sommeillait dans les recoins de son âme ? Des chroniqueurs écrivirent qu’il faisait partie des personnes les plus clairvoyantes.

Selon certains récits Balrak prit ensuite un pseudonyme. Il devint un célèbre dompteur de reptiles. Il fut embauché dans un cirque dans lequel il resta célèbre en créant et animant des spectacles de varans et de crocodiles. Notre ami était souvent décrit comme un homme serviable mais parfois aussi désagréable. Au cours de ses tournées, Il aurait voyagé partout, y compris sur Mars. Son nouveau métier dans le cirque lui permit de devenir moins taciturne qu’autrefois. Par la suite il aurait dressé des reptiles de combat destinés à servir lors d’un probable conflit contre les armées d’hommes cybernétiques de Saturne. Toutefois certains chroniqueurs contestèrent cette période de la vie de Balrak. Selon ces derniers aucun éventuel témoin ne connaissait vraiment le devenir du cultivateur après son aventure dans le supposé repaire du monstre.

Quelles différences et similitudes pouvaient bien exister entre ce que les personnes virent et perçurent dans la caverne et les diverses interprétations faites par les autres individus ?

FIN

Récit écrit en 2018 par Benoit Rêveur

Dans ce lien ci-dessous en illustration de cet article il est question de langues de reptiles    

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Candice 13/02/2019 02:21

Très bel article, très intéressant et bien écrit. Je reviendrai me poser chez vous. A bientôt.

Benoitreveur 13/02/2019 13:36

Merci